Alain analyse le mécanisme psychologique par lequel un châtiment agit : ce n’est pas la violence en soi, mais le souvenir vif de la peine, intimement lié au souvenir de la faute, qui modère le désir ; de ce point de vue, la peine de mort (comme l’emprisonnement perpétuel) est moins « instructive » que des peines répétables comme le fouet, puisqu’elle ne forme pas ce lien mnésique chez ceux qu’elle frappe.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Il explique ce qui « manque » à la peine de mort en la comparant au fouet : « Je vois bien ce qui manque à la peine de mort ; c’est justement ce qui explique la puissance du fouet ; c’est le souvenir de la peine, qui se lie si bien, par sa vivacité, au souvenir de la faute que celui qui a été puni une fois ne peut plus penser à la faute sans penser au fouet. »
  • Ce lien associatif diminue l’attrait de la faute : « Par ce mécanisme, la faute n’est plus aussi attrayante qu’elle était ; le désir est tempéré par la crainte ; voilà pourquoi le chien flaire le rôti sans y toucher. »
  • Il souligne au contraire l’inefficacité directe de la guillotine sur ceux qu’elle atteint : « Il est trop clair que la guillotine n’instruit pas ceux qu’elle touche. »
  • Il élargit immédiatement l’objection à une autre peine extrême : « Cette objection, remarquez-le, vaut contre l’emprisonnement perpétuel aussi. »

Source Quotes

Pourquoi voulez-vous que les châtiments ne puissent pas aider la raison ? Je vois bien ce qui manque à la peine de mort ; c’est justement ce qui explique la puissance du fouet ; c’est le souvenir de la peine, qui se lie si bien, par sa vivacité, au souvenir de la faute que celui qui a été puni une fois ne peut plus penser à la faute sans penser au fouet. Par ce mécanisme, la faute n’est plus aussi attrayante qu’elle était ; le désir est tempéré par la crainte ; voilà pourquoi le chien flaire le rôti sans y toucher.
Je vois bien ce qui manque à la peine de mort ; c’est justement ce qui explique la puissance du fouet ; c’est le souvenir de la peine, qui se lie si bien, par sa vivacité, au souvenir de la faute que celui qui a été puni une fois ne peut plus penser à la faute sans penser au fouet. Par ce mécanisme, la faute n’est plus aussi attrayante qu’elle était ; le désir est tempéré par la crainte ; voilà pourquoi le chien flaire le rôti sans y toucher. Il est trop clair que la guillotine n’instruit pas ceux qu’elle touche.
Par ce mécanisme, la faute n’est plus aussi attrayante qu’elle était ; le désir est tempéré par la crainte ; voilà pourquoi le chien flaire le rôti sans y toucher. Il est trop clair que la guillotine n’instruit pas ceux qu’elle touche. Cette objection, remarquez-le, vaut contre l’emprisonnement perpétuel aussi. Seulement il faut voir comment l’homme est fait.

Key Concepts

  • Je vois bien ce qui manque à la peine de mort
  • c’est justement ce qui explique la puissance du fouet
  • c’est le souvenir de la peine, qui se lie si bien, par sa vivacité, au souvenir de la faute que celui qui a été puni une fois ne peut plus penser à la faute sans penser au fouet.
  • Par ce mécanisme, la faute n’est plus aussi attrayante qu’elle était ; le désir est tempéré par la crainte ; voilà pourquoi le chien flaire le rôti sans y toucher.
  • Il est trop clair que la guillotine n’instruit pas ceux qu’elle touche. Cette objection, remarquez-le, vaut contre l’emprisonnement perpétuel aussi.

Context

Milieu du Propos CX : après avoir défendu, en général, l’efficacité des peines, Alain distingue entre types de châtiments et met l’accent sur le rôle du souvenir de la peine dans la prévention de la récidive, montrant que la peine de mort et l’emprisonnement à vie échappent en partie à ce mécanisme pour ceux qui les subissent.