Alain critique la mode psychologique de son époque : la définition courante de la psychologie comme observation de soi, relayée par l’enseignement et surtout par les romans psychologiques, ne fait que nourrir une complaisance rêveuse qui fabrique des « malheureux imaginaires » et les conduit à la mélancolie.
Key Arguments
- Il constate que « Notre époque, dans l’histoire des idées, sera celle des psychologues. Et la psychologie, tout manuel le dit et tout le monde le sait, consiste à s’observer soi-même. » : il cible explicitement la définition dominante de la psychologie comme introspection.
- Les collégiens s’y exercent, mais cela les ennuie : « Nos collégiens s’y exercent dès leurs dix-huit ans ; dans le fait cela les ennuie assez, et ils aiment bien mieux les raisonnements assurés, comme ceux que l’on fait sur les mécaniques. » ; l’introspection apparaît ainsi comme une pratique artificielle, peu féconde intellectuellement.
- Les romans modernes renforcent cette tendance à l’auto‑observation : « Mais les romans les ramènent dans ces sentiers de rêverie, de paresse et de complaisance. Tous les romans sont psychologiques ; et les meilleurs sont tristes. » : la littérature psychologique entretient les habitudes de rêverie auto‑centrée.
- La tristesse des romans ne vient pas tant des événements que de la rumination sur soi : « Non pas tristes par les événements ; mais par ce rabâchage sur soi-même : "Est-ce que j’aime ? Est-ce que je hais ? Suis-je triste ou gai ?" » ; Alain dénonce une esthétique de l’introspection infinie.
- Il établit un parallèle entre le « Malade Imaginaire » et les « Malheureux Imaginaires » : « Le Malade Imaginaire se découvre toujours quelque petit mal, qu’il augmente par l’attention. Mais nous avons des Malheureux Imaginaires, qui réussissent encore bien mieux à tomber dans la mélancolie. » ; l’attention obsessionnelle à soi amplifie et fabrique le malheur au lieu de le dissiper.
Source Quotes
III Notre époque, dans l’histoire des idées, sera celle des psychologues. Et la psychologie, tout manuel le dit et tout le monde le sait, consiste à s’observer soi-même.
III Notre époque, dans l’histoire des idées, sera celle des psychologues. Et la psychologie, tout manuel le dit et tout le monde le sait, consiste à s’observer soi-même. Nos collégiens s’y exercent dès leurs dix-huit ans ; dans le fait cela les ennuie assez, et ils aiment bien mieux les raisonnements assurés, comme ceux que l’on fait sur les mécaniques.
Nos collégiens s’y exercent dès leurs dix-huit ans ; dans le fait cela les ennuie assez, et ils aiment bien mieux les raisonnements assurés, comme ceux que l’on fait sur les mécaniques. Mais les romans les ramènent dans ces sentiers de rêverie, de paresse et de complaisance. Tous les romans sont psychologiques ; et les meilleurs sont tristes.
Mais les romans les ramènent dans ces sentiers de rêverie, de paresse et de complaisance. Tous les romans sont psychologiques ; et les meilleurs sont tristes. Non pas tristes par les événements ; mais par ce rabâchage sur soi-même : « Est-ce que j’aime ?
Tous les romans sont psychologiques ; et les meilleurs sont tristes. Non pas tristes par les événements ; mais par ce rabâchage sur soi-même : « Est-ce que j’aime ? Est-ce que je hais ? Suis-je triste ou gai ? » Le Malade Imaginaire se découvre toujours quelque petit mal, qu’il augmente par l’attention. Mais nous avons des Malheureux Imaginaires, qui réussissent encore bien mieux à tomber dans la mélancolie.
Suis-je triste ou gai ? » Le Malade Imaginaire se découvre toujours quelque petit mal, qu’il augmente par l’attention. Mais nous avons des Malheureux Imaginaires, qui réussissent encore bien mieux à tomber dans la mélancolie. Pourquoi ?
Key Concepts
- Notre époque, dans l’histoire des idées, sera celle des psychologues.
- Et la psychologie, tout manuel le dit et tout le monde le sait, consiste à s’observer soi-même.
- Mais les romans les ramènent dans ces sentiers de rêverie, de paresse et de complaisance.
- Tous les romans sont psychologiques ; et les meilleurs sont tristes.
- Non pas tristes par les événements ; mais par ce rabâchage sur soi-même : « Est-ce que j’aime ? Est-ce que je hais ? Suis-je triste ou gai ? »
- Mais nous avons des Malheureux Imaginaires, qui réussissent encore bien mieux à tomber dans la mélancolie.
Context
Ouverture du Propos III : Alain situe son époque comme celle des psychologues et critique la pratique de l’auto‑observation enseignée et popularisée par les romans psychologiques, qu’il accuse de produire une mélancolie artificielle.