Alain redéfinit la punition de manière fonctionnaliste comme un procédé consistant à verser « un peu de douleur dans le plaisir » pour diminuer la puissance de ce plaisir sur un être faible, c’est‑à‑dire incapable de se représenter par la pensée les plaisirs ou douleurs lointains incompatibles avec son plaisir immédiat.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Alain substitue à la question de la justice celle de la définition opératoire : « Qu’est-ce que punir ? C’est verser un peu de douleur dans le plaisir, afin de rendre le plaisir moins puissant sur l’homme faible. » ; la punition est un mélange calculé de douleur dans une expérience agréable.
  • L’exemple de l’enfant qui se ronge les ongles illustre ce mécanisme : « Voilà un enfant qui se ronge les ongles ; c’est son plaisir préféré ; je lui frotte les doigts avec la queue d’un artichaut ; je mêle ainsi à son plaisir une amertume insupportable ; eh bien cette précaution est réellement une punition. » ; l’enfant associe désormais son plaisir à une amertume qui le gâte.
  • Il justifie ce type de punition par la faiblesse de l’enfant face au plaisir prochain : « c’est justement parce que cet enfant est sans force contre le plaisir prochain, parce qu’il ne sait pas imaginer avec force un plaisir lointain, inconciliable avec le plaisir prochain, ou une douleur lointaine qui résultera d’un plaisir prochain. » ; le défaut n’est pas moral mais cognitif et imaginatif.
  • La punition n’est donc pas réponse à une faute librement choisie, mais un instrument pédagogique ou psychologique pour suppléer à l’incapacité de prévoir les conséquences à long terme, en rendant ces conséquences sensibles par une douleur immédiatement mêlée au plaisir.
  • En parlant d’« homme faible » et en mettant sur le même plan enfant, jeune violent et chien, Alain souligne que la punition s’adresse à des sujets dominés par des tendances physiologiques ou des plaisirs présents, et que son rôle est de modifier leurs associations sensibles plutôt que de leur opposer un discours rationnel.

Source Quotes

Ainsi vous ne puniriez que l’erreur d’un Sage ? Disons donc qu’il y a des punitions utiles et des punitions inutiles. Qu’est-ce que punir ? C’est verser un peu de douleur dans le plaisir, afin de rendre le plaisir moins puissant sur l’homme faible. Voilà un enfant qui se ronge les ongles ; c’est son plaisir préféré ; je lui frotte les doigts avec la queue d’un artichaut ; je mêle ainsi à son plaisir une amertume insupportable ; eh bien cette précaution est réellement une punition.
C’est verser un peu de douleur dans le plaisir, afin de rendre le plaisir moins puissant sur l’homme faible. Voilà un enfant qui se ronge les ongles ; c’est son plaisir préféré ; je lui frotte les doigts avec la queue d’un artichaut ; je mêle ainsi à son plaisir une amertume insupportable ; eh bien cette précaution est réellement une punition. Et si j’use d’un tel moyen, c’est justement parce que cet enfant est sans force contre le plaisir prochain, parce qu’il ne sait pas imaginer avec force un plaisir lointain, inconciliable avec le plaisir prochain, ou une douleur lointaine qui résultera d’un plaisir prochain.
Voilà un enfant qui se ronge les ongles ; c’est son plaisir préféré ; je lui frotte les doigts avec la queue d’un artichaut ; je mêle ainsi à son plaisir une amertume insupportable ; eh bien cette précaution est réellement une punition. Et si j’use d’un tel moyen, c’est justement parce que cet enfant est sans force contre le plaisir prochain, parce qu’il ne sait pas imaginer avec force un plaisir lointain, inconciliable avec le plaisir prochain, ou une douleur lointaine qui résultera d’un plaisir prochain. Un jeune homme est naturellement porté à la guerre ; les travaux pacifiques lui donnent la nausée ; il ne trouve du plaisir qu’à développer sa puissance et à la mettre à l’épreuve.

Key Concepts

  • Disons donc qu’il y a des punitions utiles et des punitions inutiles. Qu’est-ce que punir ? C’est verser un peu de douleur dans le plaisir, afin de rendre le plaisir moins puissant sur l’homme faible.
  • Voilà un enfant qui se ronge les ongles ; c’est son plaisir préféré ; je lui frotte les doigts avec la queue d’un artichaut ; je mêle ainsi à son plaisir une amertume insupportable ; eh bien cette précaution est réellement une punition.
  • c’est justement parce que cet enfant est sans force contre le plaisir prochain, parce qu’il ne sait pas imaginer avec force un plaisir lointain, inconciliable avec le plaisir prochain, ou une douleur lointaine qui résultera d’un plaisir prochain.

Context

Début du développement de XCVI : après avoir abandonné la quête d’une punition « juste », Alain propose une définition strictement utilitaire de la punition, illustrée par l’exemple d’un enfant qui se ronge les ongles qu’on dégoûte de ce plaisir en y mêlant une amertume ; il articule cette définition avec sa théorie générale de la faiblesse de l’imagination face aux plaisirs immédiats.