Dans l’histoire, la justice finit toujours par vaincre parce que la véritable force politique n’est pas la possession d’un « droit » extérieur (sur un territoire, une cause), mais l’organisation interne d’un peuple « selon le droit » : la justice est la force même.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Alain formule explicitement sa thèse comme un axiome historique : « La Justice vaincra toujours, parce que la Justice c’est la force même. Voilà le théorème qui domine l’histoire. »
  • Il répond d’avance à l’objection des « esprits historiens » qui invoquent des peuples ayant succombé malgré un « droit bien clair » : ces peuples pouvaient avoir un droit externe (« sur quelque territoire ») sans posséder la force intérieure que donne la justice dans les mœurs et les institutions.
  • Il distingue donc deux sens du droit : « Un peuple peut avoir un droit sur quelque territoire sans avoir en même temps la force ; cela ne veut pas dire qu’un tel peuple ait le droit à l’intérieur de lui-même, comme une armature, dans ses mœurs et dans sa constitution. »
  • La cause de la force n’est pas le titre juridique externe mais « la vie selon le droit, l’organisation selon le droit » : « Ce n’est pas le droit sur ceci ou sur cela qui donne la force, c’est assez clair ; mais c’est la vie selon le droit, l’organisation selon le droit qui donne la force. »
  • Il illustre positivement sa loi par des exemples historiques où la montée en puissance militaire coïncide avec le progrès du droit et de l’égalité : « Considérez, dans le fait, que la puissance militaire du Japon s’est montrée en même temps que le progrès industriel et l’esprit égalitaire. »
  • Il cite la République romaine qui a « mis le Droit au-dessus des Dieux » comme autre confirmation : « La puissance de la République Romaine, qui mit le Droit au-dessus des Dieux, fait apparaître, à une époque bien différente, toujours la même loi. »
  • Les victoires révolutionnaires sur les armées de l’Ancien Régime illustrent encore ce théorème : « L’esprit révolutionnaire a balayé les armées monarchiques ; et, plus tard, quand la fortune change de camp, n’est-ce pas encore, au fond, la liberté allemande qui s’affirme contre la tyrannie française ? »
  • Enfin, si l’Allemagne est à son tour « écrasée par une tyrannie militaire », cela ne contredit pas, mais confirme la thèse : une puissance fondée sur l’injustice interne est moins forte qu’elle ne paraît, ce qui signifie inversement que les peuples plus égaux et libres sont « bien plus forts qu’on ne croit ».

Source Quotes

XL La Justice vaincra toujours, parce que la Justice c’est la force même. Voilà le théorème qui domine l’histoire. Sur quoi je suis assuré que les esprits historiens vont dire non tous ensemble, et vouloir soutenir justement le contraire, faisant voir que les peuples qui ont succombé avaient fort souvent un droit pour eux, un droit bien clair, et qui n’a pas tenu devant les armes.
Sur quoi je suis assuré que les esprits historiens vont dire non tous ensemble, et vouloir soutenir justement le contraire, faisant voir que les peuples qui ont succombé avaient fort souvent un droit pour eux, un droit bien clair, et qui n’a pas tenu devant les armes. Mais entendons-nous. Un peuple peut avoir un droit sur quelque territoire sans avoir en même temps la force ; cela ne veut pas dire qu’un tel peuple ait le droit à l’intérieur de lui-même, comme une armature, dans ses mœurs et dans sa constitution. Ce n’est pas le droit sur ceci ou sur cela qui donne la force, c’est assez clair ; mais c’est la vie selon le droit, l’organisation selon le droit qui donne la force.
Un peuple peut avoir un droit sur quelque territoire sans avoir en même temps la force ; cela ne veut pas dire qu’un tel peuple ait le droit à l’intérieur de lui-même, comme une armature, dans ses mœurs et dans sa constitution. Ce n’est pas le droit sur ceci ou sur cela qui donne la force, c’est assez clair ; mais c’est la vie selon le droit, l’organisation selon le droit qui donne la force. Concevons un peuple divisé en factions, où la loi est méprisée, où l’inégalité règle les rapports entre les citoyens selon les passions des plus audacieux.
Et comment voulez-vous qu’un peuple qui se sera instruit et fortifié en même temps, et qui aura conquis par l’armement moderne l’égalité militaire des citoyens, n’ait pas en même temps l’égalité politique et ne marche pas à l’égalité économique ? Considérez, dans le fait, que la puissance militaire du Japon s’est montrée en même temps que le progrès industriel et l’esprit égalitaire. La puissance de la République Romaine, qui mit le Droit au-dessus des Dieux, fait apparaître, à une époque bien différente, toujours la même loi.
Considérez, dans le fait, que la puissance militaire du Japon s’est montrée en même temps que le progrès industriel et l’esprit égalitaire. La puissance de la République Romaine, qui mit le Droit au-dessus des Dieux, fait apparaître, à une époque bien différente, toujours la même loi. L’esprit révolutionnaire a balayé les armées monarchiques ; et, plus tard, quand la fortune change de camp, n’est-ce pas encore, au fond, la liberté allemande qui s’affirme contre la tyrannie française ?

Key Concepts

  • La Justice vaincra toujours, parce que la Justice c’est la force même. Voilà le théorème qui domine l’histoire.
  • Mais entendons-nous. Un peuple peut avoir un droit sur quelque territoire sans avoir en même temps la force ; cela ne veut pas dire qu’un tel peuple ait le droit à l’intérieur de lui-même, comme une armature, dans ses mœurs et dans sa constitution.
  • Ce n’est pas le droit sur ceci ou sur cela qui donne la force, c’est assez clair ; mais c’est la vie selon le droit, l’organisation selon le droit qui donne la force.
  • Considérez, dans le fait, que la puissance militaire du Japon s’est montrée en même temps que le progrès industriel et l’esprit égalitaire.
  • La puissance de la République Romaine, qui mit le Droit au-dessus des Dieux, fait apparaître, à une époque bien différente, toujours la même loi.

Context

Début du propos XL : Alain énonce un « théorème » historique selon lequel la justice est identique à la vraie force politique et répond à l’objection des historiens positivistes en distinguant le droit externe (titres, revendications territoriales) du droit intérieur (organisation juste et égale de la cité), puis il illustre sa loi par des exemples historiques (Japon, Rome, Révolution française, Allemagne).