Dans une société juste, l’école ne doit pas prêcher la morale aux pauvres mais être le seul lieu où ils ne sont pas méprisés : il faut y éviter de faire rougir les enfants, parler de ce qui appartient à tous (nature, nombres, monde commun) et réserver les sermons moraux aux riches et à soi-même, c’est‑à‑dire à ceux qui disposent de quelque chose au‑delà du nécessaire et d’un peu de loisir pour diriger leur vie.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Alain pose la question : « Comment faire ? » et répond d’abord négativement : « Ne point prêcher. » ; il récuse la prédication morale adressée aux pauvres.
  • Il propose une morale d’action discrète plutôt que de paroles : « Laver ceux qui sont sales, si on peut. Habiller ceux qui sont en guenilles, si on peut. Pratiquer soi-même la justice et la bonté. » ; l’exemple et l’aide concrète remplacent les sermons.
  • Il insiste sur la protection de la dignité des enfants pauvres : « Ne pas faire rougir les enfants. Ne pas appuyer maladroitement sur leurs maux. Ne pas flatter, sans le vouloir, ceux qui ont la bonne chance d’être proprement vêtus et d’avoir des parents sobres. » ; l’école ne doit ni humilier les uns ni flatter les autres.
  • Il oriente le contenu de l’enseignement vers l’universel : « Réellement, il vaut mieux parler d’autres choses, de ce qui est à tout le monde, du soleil, de la lune, des étoiles, des saisons, des nombres, du fleuve, de la montagne, de façon que celui qui n’a point de chaussettes se sente tout de même citoyen » ; ces objets communs fondent une citoyenneté partagée.
  • Il définit l’idéal politique de l’école : « de façon que la maison d’école soit le temple de la Justice, et le seul lieu où les pauvres ne soient pas méprisés. » ; l’école doit être un sanctuaire d’égalité et de respect.
  • Dès lors, « Gardons nos sermons pour les riches ; et d’abord pour nous-mêmes. Dès que l’on a quelque chose au delà du nécessaire, et un peu de loisir, c’est alors qu’on peut diriger sa vie, combattre les maux imaginaires, et préférer la lecture au jeu de cartes, et la citronade à l’absinthe. » ; la véritable adresse de la morale est la classe qui a des ressources et du temps pour faire des choix (lecture vs cartes, citronnade vs absinthe).
  • Il conclut en rappelant que, « dans ces vies harcelées, l’avenir est déjà présent ; on ne penserait qu’à l’irréparable » : la pression du besoin et du souci rend impossible ce travail moral de direction de vie, qui suppose au contraire un certain loisir réflexif.

Source Quotes

Il y a des discours qui vous restent dans les dents. Comment faire ? Ne point prêcher. Laver ceux qui sont sales, si on peut. Habiller ceux qui sont en guenilles, si on peut. Pratiquer soi-même la justice et la bonté. Ne pas faire rougir les enfants.
Pratiquer soi-même la justice et la bonté. Ne pas faire rougir les enfants. Ne pas appuyer maladroitement sur leurs maux. Ne pas flatter, sans le vouloir, ceux qui ont la bonne chance d’être proprement vêtus et d’avoir des parents sobres. Non.
Ne pas flatter, sans le vouloir, ceux qui ont la bonne chance d’être proprement vêtus et d’avoir des parents sobres. Non. Réellement, il vaut mieux parler d’autres choses, de ce qui est à tout le monde, du soleil, de la lune, des étoiles, des saisons, des nombres, du fleuve, de la montagne, de façon que celui qui n’a point de chaussettes se sente tout de même citoyen, de façon que la maison d’école soit le temple de la Justice, et le seul lieu où les pauvres ne soient pas méprisés. Gardons nos sermons pour les riches ; et d’abord pour nous-mêmes.
Réellement, il vaut mieux parler d’autres choses, de ce qui est à tout le monde, du soleil, de la lune, des étoiles, des saisons, des nombres, du fleuve, de la montagne, de façon que celui qui n’a point de chaussettes se sente tout de même citoyen, de façon que la maison d’école soit le temple de la Justice, et le seul lieu où les pauvres ne soient pas méprisés. Gardons nos sermons pour les riches ; et d’abord pour nous-mêmes. Dès que l’on a quelque chose au delà du nécessaire, et un peu de loisir, c’est alors qu’on peut diriger sa vie, combattre les maux imaginaires, et préférer la lecture au jeu de cartes, et la citronade à l’absinthe. Mais dans ces vies harcelées, l’avenir est déjà présent ; on ne penserait qu’à l’irréparable
Dès que l’on a quelque chose au delà du nécessaire, et un peu de loisir, c’est alors qu’on peut diriger sa vie, combattre les maux imaginaires, et préférer la lecture au jeu de cartes, et la citronade à l’absinthe. Mais dans ces vies harcelées, l’avenir est déjà présent ; on ne penserait qu’à l’irréparable

Key Concepts

  • Comment faire ? Ne point prêcher. Laver ceux qui sont sales, si on peut. Habiller ceux qui sont en guenilles, si on peut. Pratiquer soi-même la justice et la bonté.
  • Ne pas faire rougir les enfants. Ne pas appuyer maladroitement sur leurs maux. Ne pas flatter, sans le vouloir, ceux qui ont la bonne chance d’être proprement vêtus et d’avoir des parents sobres.
  • Non. Réellement, il vaut mieux parler d’autres choses, de ce qui est à tout le monde, du soleil, de la lune, des étoiles, des saisons, des nombres, du fleuve, de la montagne, de façon que celui qui n’a point de chaussettes se sente tout de même citoyen, de façon que la maison d’école soit le temple de la Justice, et le seul lieu où les pauvres ne soient pas méprisés.
  • Gardons nos sermons pour les riches ; et d’abord pour nous-mêmes. Dès que l’on a quelque chose au delà du nécessaire, et un peu de loisir, c’est alors qu’on peut diriger sa vie, combattre les maux imaginaires, et préférer la lecture au jeu de cartes, et la citronade à l’absinthe.
  • Mais dans ces vies harcelées, l’avenir est déjà présent ; on ne penserait qu’à l’irréparable

Context

Fin du propos XXXVI : Alain tire des exemples précédents une éthique pédagogique et sociale pour l’école républicaine, définie comme temple de la justice où les pauvres ne sont pas humiliés, et il renverse l’orientation habituelle de la morale en réservant les sermons aux riches (et à lui-même) qui seuls disposent des conditions matérielles pour exercer une véritable liberté morale.