Des mouvements ou figures extra‑ecclésiaux comme Tolstoï ou le positivisme ont, un moment, incarné une fonction de « pape » ou de religion universelle, mais ils ont échoué à constituer un véritable pouvoir spirituel durable, faute de continuité, d’organisation et de fidélité pratique à leurs propres principes, parce qu’ils se sont à leur tour compromis avec la richesse et le pouvoir temporel.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Alain affirme que « Tolstoï fut le vrai pape un moment. » ; il reconnaît à l’écrivain russe un rôle éminent de guide spirituel universel.
  • Il diagnostique cependant l’échec de ce ‘pontificat’ : « Mais la continuité manqua, et l’organisation aussi, sans lesquelles il n’est pas de grands soulèvements de conscience ; surtout la sagesse collective qui doit les modérer et les conformer à l’ordre humain. » ; sans institutions et sagesse collective, les soulèvements de conscience restent éphémères ou désordonnés.
  • Il généralise ensuite au positivisme : « Les Positivistes forment une immense religion, mais trop oublieuse, aussi, de ses principes, corrompue sans doute par une participation étroite à la richesse et au pouvoir temporel. » ; le positivisme est bien une « religion » de fait, mais il retombe dans le même travers que l’Église historique.
  • En relevant que cette « participation étroite à la richesse et au pouvoir temporel » corrompt une doctrine pourtant conçue comme réforme de l’esprit humain, Alain montre que le contact non critique avec les forces matérielles mine toute prétention au pouvoir spirituel.
  • La remarque sur le manque d’« organisation » et de « sagesse collective » indique que, pour lui, une réforme spirituelle ne peut se maintenir sans structures stables qui orientent et modèrent les mouvements de conscience.

Source Quotes

On peut en rire ; mais trouvez mieux. Tolstoï fut le vrai pape un moment. Mais la continuité manqua, et l’organisation aussi, sans lesquelles il n’est pas de grands soulèvements de conscience ; surtout la sagesse collective qui doit les modérer et les conformer à l’ordre humain.
Tolstoï fut le vrai pape un moment. Mais la continuité manqua, et l’organisation aussi, sans lesquelles il n’est pas de grands soulèvements de conscience ; surtout la sagesse collective qui doit les modérer et les conformer à l’ordre humain. Les Positivistes forment une immense religion, mais trop oublieuse, aussi, de ses principes, corrompue sans doute par une participation étroite à la richesse et au pouvoir temporel.
Mais la continuité manqua, et l’organisation aussi, sans lesquelles il n’est pas de grands soulèvements de conscience ; surtout la sagesse collective qui doit les modérer et les conformer à l’ordre humain. Les Positivistes forment une immense religion, mais trop oublieuse, aussi, de ses principes, corrompue sans doute par une participation étroite à la richesse et au pouvoir temporel. Je lisais ces jours-ci une noble déclaration d’Auguste Comte, dans la leçon finale où il considère ses immenses travaux. « Le fondateur de la Religion Universelle, disait-il à peu près, est aujourd’hui le seul, en Orient comme en Occident, qui n’ait pas fait, même tacitement, la moindre concession dégradante aux idées et aux passions régnantes. » Je me rappelle avoir vu, au temps de l’affaire Dreyfus, un positiviste vêtu d’une redingote usée, coiffé d’un chapeau à ressort, et qui portait tranquillement une affiche jaune au bout d’un bâton.

Key Concepts

  • Tolstoï fut le vrai pape un moment.
  • Mais la continuité manqua, et l’organisation aussi, sans lesquelles il n’est pas de grands soulèvements de conscience ; surtout la sagesse collective qui doit les modérer et les conformer à l’ordre humain.
  • Les Positivistes forment une immense religion, mais trop oublieuse, aussi, de ses principes, corrompue sans doute par une participation étroite à la richesse et au pouvoir temporel.

Context

Milieu de CLXXV : après avoir montré la faillite de l’Église catholique comme pouvoir spirituel, Alain examine des substituts possibles (Tolstoï, positivisme) et insiste sur les conditions institutionnelles et morales nécessaires à une véritable autorité spirituelle durable.