En situation de péril public, l’État possède légitimement un droit de réquisition des outils et des talents des citoyens, au‑delà de leurs droits ordinaires (y compris le droit de grève), faute de quoi la société se détruit et « c’est la guerre » ; il faut donc réfléchir à ces limites d’avance, et non dans la panique.
Key Arguments
- Après avoir reconnu la validité du principe courant (refus d’une partie rompt le contrat), Alain introduit la spécificité de l’État : « Mais l’État demande plus ; il veut qu’un citoyen puisse être contraint de collaborer à un service public. L’État méprise donc le droit ? » ; il formule l’objection apparente que cette contrainte serait un mépris du droit.
- Tout l’argument suivant vise à montrer que cette contrainte peut être juste dans certains cas, parce qu’aucun droit n’est illimité et que l’égalité des droits commande aussi des devoirs partagés.
- Il conclut explicitement : « En somme, il y a un droit de réquisition qui peut être exercé par l’État dans un péril public. » ; ce « droit de réquisition » est présenté comme une conséquence systématique des analyses précédentes.
- Il précise la portée de ce droit : « Chacun doit alors donner ses outils et ses talents ; ou bien alors c’est la guerre. » ; soit les citoyens coopèrent en mettant leurs moyens au service du bien commun, soit le refus généralisé mène au conflit et à la destruction de l’ordre social.
- Il ajoute enfin une exigence de prudence rationnelle : « Mais il faut réfléchir d’avance à ces choses, » ; il recommande que les limites du droit de grève et la portée du droit de réquisition soient pensées avant la crise, et non improvisées sous la pression du péril.
- Cet argumentaire permet de répondre implicitement à la question « L’État méprise donc le droit ? » : non, l’exercice d’un droit de réquisition en péril public s’inscrit dans une conception du droit fondée sur l’égalité et la coopération, non sur des droits individuels absolus.
Source Quotes
Tout contrat de travail est rompu par le refus d’une des parties ; et ce principe suffit dans les cas ordinaires. Mais l’État demande plus ; il veut qu’un citoyen puisse être contraint de collaborer à un service public. L’État méprise donc le droit ? La difficulté vient de ce que l’on pose des droits sans limites ; et je ne sais pourquoi l’on se fait ces idoles.
C’est pourquoi je ne comprends pas comment le droit de grève serait absolu, sans conditions, sans limites, alors que le droit de circuler, le droit de posséder, le droit de vivre même, ont des conditions et des limites. En somme, il y a un droit de réquisition qui peut être exercé par l’État dans un péril public. Chacun doit alors donner ses outils et ses talents ; ou bien alors c’est la guerre.
En somme, il y a un droit de réquisition qui peut être exercé par l’État dans un péril public. Chacun doit alors donner ses outils et ses talents ; ou bien alors c’est la guerre. Mais il faut réfléchir d’avance à ces choses,
Chacun doit alors donner ses outils et ses talents ; ou bien alors c’est la guerre. Mais il faut réfléchir d’avance à ces choses,
Key Concepts
- Mais l’État demande plus ; il veut qu’un citoyen puisse être contraint de collaborer à un service public. L’État méprise donc le droit ?
- En somme, il y a un droit de réquisition qui peut être exercé par l’État dans un péril public.
- Chacun doit alors donner ses outils et ses talents ; ou bien alors c’est la guerre.
- Mais il faut réfléchir d’avance à ces choses,
Context
Chute du propos XCIII : après avoir examiné le droit de grève et la question des droits absolus, Alain introduit la figure de l’État et justifie l’existence d’un « droit de réquisition » en cas de péril public. Il conclut en appelant à une réflexion anticipée sur ces tensions entre droit individuel (dont le droit de grève) et exigences du service public pour éviter que les crises ne se résolvent par la guerre.