Face à cette folie du pouvoir qui veut la soumission des esprits, Alain prescrit une morale politique de la séparation radicale des pouvoirs : maintenir un pouvoir spirituel indépendant, obéir absolument de corps aux ordres légitimes tout en résistant absolument d’esprit aux opinions qui demandent l’adhésion, de sorte que le vrai citoyen exécute les ordres mais refuse les applaudissements et met son honneur à mépriser les procédés qui avilissent à la fois la Force et la Pensée.
Key Arguments
- En réponse à la volonté des pouvoirs de fusionner commandement et direction des consciences, Alain énonce le principe normatif : « Contre quoi il faut maintenir la séparation des pouvoirs, et garder le Pouvoir Spirituel indépendant de l’autre. » ; il transpose la séparation classique des pouvoirs au registre de la distinction entre spirituel et temporel.
- Il condense sa doctrine dans la maxime : « Obéir de corps ; ne jamais obéir d’esprit. Céder absolument, et en même temps résister absolument. » ; il s’agit de distinguer rigoureusement l’exécution matérielle des ordres, nécessaire à l’ordre social, et la liberté intérieure de jugement, à défendre sans concession.
- Il observe que cette vertu est « rarement pratiquée » parce que « une nature servile n’obéit pas assez et respecte trop » : les âmes serviles combinent une soumission insuffisante aux règles pratiques (indiscipline) avec un excès de révérence pour les pouvoirs (adoration), donc l’inverse de la bonne attitude.
- Alain décrit l’« autre espèce de citoyen » qui « commence seulement à se montrer » : en présence d’un ordre, ce citoyen « exécute, mettant toute sa pensée à l’intérieur de l’ordre reçu en quelque sorte, et s’appliquant seulement à comprendre et à réaliser. » ; il obéit pleinement en acte, en cherchant le mieux à faire ce qui est demandé.
- Mais en présence d’« une opinion qui se donne comme évidente, qui quête l’approbation, qui invoque des témoignages pour en obtenir d’autres et, pour tout dire, qui cherche les applaudissements », ce citoyen « résiste absolument ; plus on le presse, plus il se défie » : il oppose une résistance maximale aux tentatives d’obtenir son assentiment enthousiaste.
- Alain précise la réaction exigée lorsque le pouvoir passe de l’argument à la contrainte : « si, comme il est ordinaire, le tyran passe de l’argument à la menace, le libre citoyen met son honneur d’homme à faire voir alors le plus entier et le plus profond mépris pour de tels procédés, qui avilissent ensemble la Force et la Pensée. » ; l’honneur commande d’afficher un mépris ostensible pour les chantages mêlant arguments et menaces.
- Il conclut que si cette « morale virile » était pratiquée, « le tyran serait épouvanté d’une obéissance sans amour » : une obéissance dépourvue de respect et d’adhésion intérieure ôterait à la tyrannie son aliment spirituel, et ferait perdre au tyran ce qu’il cherche avant tout, la domination des consciences.
Source Quotes
Voilà la folie du tyran. Contre quoi il faut maintenir la séparation des pouvoirs, et garder le Pouvoir Spirituel indépendant de l’autre. Obéir de corps ; ne jamais obéir d’esprit.
Contre quoi il faut maintenir la séparation des pouvoirs, et garder le Pouvoir Spirituel indépendant de l’autre. Obéir de corps ; ne jamais obéir d’esprit. Céder absolument, et en même temps résister absolument. Vertu rarement pratiquée ; une nature servile n’obéit pas assez et respecte trop.
Céder absolument, et en même temps résister absolument. Vertu rarement pratiquée ; une nature servile n’obéit pas assez et respecte trop. L’autre espèce de citoyen commence seulement à se montrer.
L’autre espèce de citoyen commence seulement à se montrer. En présence d’un ordre, il exécute, mettant toute sa pensée à l’intérieur de l’ordre reçu en quelque sorte, et s’appliquant seulement à comprendre et à réaliser. Mais, en présence d’une opinion qui se donne comme évidente, qui quête l’approbation, qui invoque des témoignages pour en obtenir d’autres et, pour tout dire, qui cherche les applaudissements, notre citoyen résiste absolument ; plus on le presse, plus il se défie ; et si, comme il est ordinaire, le tyran passe de l’argument à la menace, le libre citoyen met son honneur d’homme à faire voir alors le plus entier et le plus profond mépris pour de tels procédés, qui avilissent ensemble la Force et la Pensée.
En présence d’un ordre, il exécute, mettant toute sa pensée à l’intérieur de l’ordre reçu en quelque sorte, et s’appliquant seulement à comprendre et à réaliser. Mais, en présence d’une opinion qui se donne comme évidente, qui quête l’approbation, qui invoque des témoignages pour en obtenir d’autres et, pour tout dire, qui cherche les applaudissements, notre citoyen résiste absolument ; plus on le presse, plus il se défie ; et si, comme il est ordinaire, le tyran passe de l’argument à la menace, le libre citoyen met son honneur d’homme à faire voir alors le plus entier et le plus profond mépris pour de tels procédés, qui avilissent ensemble la Force et la Pensée. Si cette morale virile était pratiquée, le tyran serait épouvanté d’une obéissance sans amour,
Mais, en présence d’une opinion qui se donne comme évidente, qui quête l’approbation, qui invoque des témoignages pour en obtenir d’autres et, pour tout dire, qui cherche les applaudissements, notre citoyen résiste absolument ; plus on le presse, plus il se défie ; et si, comme il est ordinaire, le tyran passe de l’argument à la menace, le libre citoyen met son honneur d’homme à faire voir alors le plus entier et le plus profond mépris pour de tels procédés, qui avilissent ensemble la Force et la Pensée. Si cette morale virile était pratiquée, le tyran serait épouvanté d’une obéissance sans amour,
Key Concepts
- Contre quoi il faut maintenir la séparation des pouvoirs, et garder le Pouvoir Spirituel indépendant de l’autre.
- Obéir de corps ; ne jamais obéir d’esprit. Céder absolument, et en même temps résister absolument.
- Vertu rarement pratiquée ; une nature servile n’obéit pas assez et respecte trop.
- En présence d’un ordre, il exécute, mettant toute sa pensée à l’intérieur de l’ordre reçu en quelque sorte, et s’appliquant seulement à comprendre et à réaliser.
- en présence d’une opinion qui se donne comme évidente, qui quête l’approbation, qui invoque des témoignages pour en obtenir d’autres et, pour tout dire, qui cherche les applaudissements, notre citoyen résiste absolument ; plus on le presse, plus il se défie ;
- et si, comme il est ordinaire, le tyran passe de l’argument à la menace, le libre citoyen met son honneur d’homme à faire voir alors le plus entier et le plus profond mépris pour de tels procédés, qui avilissent ensemble la Force et la Pensée.
- Si cette morale virile était pratiquée, le tyran serait épouvanté d’une obéissance sans amour,
Context
Seconde moitié du Propos CXXXV : après avoir montré que les pouvoirs politiques tendent à exiger l’adhésion intérieure et l’amour, Alain énonce sa morale du citoyen libre, fondée sur la séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, l’obéissance matérielle combinée à la résistance intellectuelle, et la nécessité d’afficher un mépris viril pour les procédés tyranniques qui cherchent à acheter l’approbation.