Il existe un « savoir d’abeille » ou savoir de somnambule : un savoir-faire prodigieux et très précis, logé dans les mains et les habitudes, mais qui n’est pas pensé, n’éclaire pas celui qui l’exerce et ne lui donne pas la liberté de juger, comparer, inventer et critiquer, à la différence du savoir de l’homme cultivé.
Key Arguments
- Alain introduit une comparaison avec l’animal : « L’abeille sait très bien construire des cellules hexagonales ; l’araignée des jardins est un prodigieux ingénieur pour tendre ses fils d’un arbre à l’autre ; les castors font très bien une digue. » ; ces savoirs animaux sont remarquablement efficaces.
- Il qualifie ce savoir : « Étrange savoir ! Savoir qui est dans les pieds, dans les mains, partout excepté dans la tête. Savoir de somnambule, savoir animal, savoir qui n’éclaire point. » ; il s’agit d’un automatisme corporel, non d’une connaissance consciente.
- Il reconnaît que les artisans et praticiens humains partagent ce type de maîtrise : « Un artisan sait des choses merveilleuses dans son métier. Le menuisier reconnaît les bois, mesure les angles, et sait si la colle se refroidit ; un nègre forgeron vous fabrique une épée qui vaut les fameuses lames de Tolède. Le paysan interroge le ciel et prévoit la pluie. » ; leur savoir-faire est aussi admirable que celui de l’abeille.
- Il insiste sur la valeur de ce savoir pratique même pour les gens cultivés : « Il n’est pas d’homme cultivé qui ne trouve à s’instruire dans la compagnie des praticiens. » ; le cultivé peut apprendre des détails techniques auprès d’eux.
- Cependant, Alain marque une hiérarchie nette : « Malgré tout, c’est l’homme cultivé qui juge, qui compare, qui invente, qui critique, qui a l’esprit libre ; eux, non. En vérité leur métier est comme une chaîne de plus. » ; le savoir-faire enferme celui qui le possède dans une spécialité, il ne lui donne pas l’esprit libre.
- La métaphore de la « chaîne » prolonge la thèse sur l’apprentissage compatible avec l’esclavage : ce savoir d’abeille peut maintenir dans une condition servile, faute de réflexion globale.
Source Quotes
Mais il y a savoir et savoir. L’abeille sait très bien construire des cellules hexagonales ; l’araignée des jardins est un prodigieux ingénieur pour tendre ses fils d’un arbre à l’autre ; les castors font très bien une digue. Étrange savoir !
L’abeille sait très bien construire des cellules hexagonales ; l’araignée des jardins est un prodigieux ingénieur pour tendre ses fils d’un arbre à l’autre ; les castors font très bien une digue. Étrange savoir ! Savoir qui est dans les pieds, dans les mains, partout excepté dans la tête. Savoir de somnambule, savoir animal, savoir qui n’éclaire point. Comment comprendre ce que c’est que ce savoir d’abeille ?
C’est pourtant un fait. Un artisan sait des choses merveilleuses dans son métier. Le menuisier reconnaît les bois, mesure les angles, et sait si la colle se refroidit ; un nègre forgeron vous fabrique une épée qui vaut les fameuses lames de Tolède. Le paysan interroge le ciel et prévoit la pluie. Il n’est pas d’homme cultivé qui ne trouve à s’instruire dans la compagnie des praticiens.
Le paysan interroge le ciel et prévoit la pluie. Il n’est pas d’homme cultivé qui ne trouve à s’instruire dans la compagnie des praticiens. Malgré tout, c’est l’homme cultivé qui juge, qui compare, qui invente, qui critique, qui a l’esprit libre ; eux, non.
Il n’est pas d’homme cultivé qui ne trouve à s’instruire dans la compagnie des praticiens. Malgré tout, c’est l’homme cultivé qui juge, qui compare, qui invente, qui critique, qui a l’esprit libre ; eux, non. En vérité leur métier est comme une chaîne de plus. D’où vient cela ?
Key Concepts
- L’abeille sait très bien construire des cellules hexagonales ; l’araignée des jardins est un prodigieux ingénieur pour tendre ses fils d’un arbre à l’autre ; les castors font très bien une digue.
- Étrange savoir ! Savoir qui est dans les pieds, dans les mains, partout excepté dans la tête. Savoir de somnambule, savoir animal, savoir qui n’éclaire point.
- Un artisan sait des choses merveilleuses dans son métier. Le menuisier reconnaît les bois, mesure les angles, et sait si la colle se refroidit ; un nègre forgeron vous fabrique une épée qui vaut les fameuses lames de Tolède. Le paysan interroge le ciel et prévoit la pluie.
- Il n’est pas d’homme cultivé qui ne trouve à s’instruire dans la compagnie des praticiens.
- Malgré tout, c’est l’homme cultivé qui juge, qui compare, qui invente, qui critique, qui a l’esprit libre ; eux, non. En vérité leur métier est comme une chaîne de plus.
Context
Première moitié du développement de LXXV : après avoir évoqué les métiers des esclaves, Alain généralise la notion de savoir-faire en la rapprochant du savoir animal, puis oppose le praticien, admirable mais enchaîné à son métier, à l’homme cultivé qui possède le jugement et la liberté intellectuelle.