La douleur morale provient essentiellement de notre habitude de ressusciter le passé et d’inventer l’avenir ; si l’on se guérit de regretter et de prévoir, il ne reste presque rien de cette souffrance qui, comme le supplice de Sisyphe, est constamment réactivée par la pensée.
Key Arguments
- Alain distingue nettement douleur physique et douleur morale : à propos du malade qui a mal à la jambe, il dit que « la sagesse ne peut pas beaucoup ; car on ne peut toujours pas supprimer la douleur présente. » ; ce que la sagesse peut atteindre, c’est donc autre chose que la douleur corporelle immédiate.
- Il pose alors la question décisive pour la douleur morale : « Mais s’il s’agit d’une douleur morale, qu’en restera-t-il si l’on se guérit de regretter et de prévoir ? » ; suggérant qu’en supprimant le travail de regret et d’anticipation, l’essentiel de la douleur morale disparaît.
- L’exemple de « Cet amoureux maltraité, qui se tortille sur son lit au lieu de dormir, et qui médite des vengeances corses » illustre une souffrance entièrement nourrie par des pensées sur le temps : Alain demande « que resterait-il de son chagrin s’il ne pensait ni au passé, ni à l’avenir ? » ; la réponse implicite est : presque rien.
- Même structure pour « Cet ambitieux, mordu au cœur par un échec » : Alain demande « où va-t-il chercher sa douleur, sinon dans un passé qu’il ressuscite et dans un avenir qu’il invente ? » ; la douleur morale est ici explicitly rattachée à l’acte de ressusciter et d’inventer temporellement.
- La comparaison finale avec Sisyphe renforce l’idée de supplice auto-entretenu : « On croit voir le Sysiphe de la légende, qui soulève son rocher et renouvelle ainsi son supplice. » ; comme Sisyphe, le sujet moral remonte sans cesse la pierre de sa souffrance en la réactivant par la mémoire et l’imagination.
- Ainsi, la guérison de la douleur morale passe par l’arrêt de ce mouvement mental de ressusciter le passé et d’inventer l’avenir ; la souffrance psychique est moins un fait imposé qu’un supplice que l’on renouvelle soi-même.
Source Quotes
Il est évident qu’ici la sagesse ne peut pas beaucoup ; car on ne peut toujours pas supprimer la douleur présente. Mais s’il s’agit d’une douleur morale, qu’en restera-t-il si l’on se guérit de regretter et de prévoir ? Cet amoureux maltraité, qui se tortille sur son lit au lieu de dormir, et qui médite des vengeances corses, que resterait-il de son chagrin s’il ne pensait ni au passé, ni à l’avenir ?
Mais s’il s’agit d’une douleur morale, qu’en restera-t-il si l’on se guérit de regretter et de prévoir ? Cet amoureux maltraité, qui se tortille sur son lit au lieu de dormir, et qui médite des vengeances corses, que resterait-il de son chagrin s’il ne pensait ni au passé, ni à l’avenir ? Cet ambitieux, mordu au cœur par un échec, où va-t-il chercher sa douleur, sinon dans un passé qu’il ressuscite et dans un avenir qu’il invente ?
Cet amoureux maltraité, qui se tortille sur son lit au lieu de dormir, et qui médite des vengeances corses, que resterait-il de son chagrin s’il ne pensait ni au passé, ni à l’avenir ? Cet ambitieux, mordu au cœur par un échec, où va-t-il chercher sa douleur, sinon dans un passé qu’il ressuscite et dans un avenir qu’il invente ? On croit voir le Sysiphe de la légende, qui soulève son rocher et renouvelle ainsi son supplice.
Cet ambitieux, mordu au cœur par un échec, où va-t-il chercher sa douleur, sinon dans un passé qu’il ressuscite et dans un avenir qu’il invente ? On croit voir le Sysiphe de la légende, qui soulève son rocher et renouvelle ainsi son supplice. Je dirais à tous ceux qui se torturent ainsi : Pense au présent ; pense à ta vie qui se continue de minute en minute ; chaque minute vient après l’autre ; il est donc possible de vivre comme tu vis, puisque tu vis.
Key Concepts
- Mais s’il s’agit d’une douleur morale, qu’en restera-t-il si l’on se guérit de regretter et de prévoir ?
- Cet amoureux maltraité, qui se tortille sur son lit au lieu de dormir, et qui médite des vengeances corses, que resterait-il de son chagrin s’il ne pensait ni au passé, ni à l’avenir ?
- Cet ambitieux, mordu au cœur par un échec, où va-t-il chercher sa douleur, sinon dans un passé qu’il ressuscite et dans un avenir qu’il invente ?
- On croit voir le Sysiphe de la légende, qui soulève son rocher et renouvelle ainsi son supplice.
Context
Milieu du propos XLVIII : après avoir exposé que passé et avenir n’existent que dans la pensée, Alain applique cette idée aux douleurs morales (amour, ambition) pour montrer qu’elles sont constituées par l’entretien mental du passé et de l’avenir, illustré par la figure de Sisyphe.