La mort est à la fois volontaire et involontaire : on ne meurt que lorsqu’on est las de vivre (dimension de renoncement), mais cette lassitude est elle‑même causée par des facteurs extérieurs, notamment physiologiques (par exemple des « acides non éliminés » qui empoisonnent la vie et troublent l’imagination), si bien que, dans un suicide d’enfant, ce n’est pas la main qui tue mais l’accumulation de petites causes organiques.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Alain énonce le premier versant, volontaire : « La mort est donc toujours volontaire en un sens. On ne meurt que lorsque l’on est las de vivre. » ; il rattache la mort à une décision implicite de renoncement.
  • Il introduit aussitôt le second versant, involontaire : « Mais aussi, en un autre sens, la mort est toujours involontaire ; on ne meurt que si quelque cause extérieure empoisonne la vie. » ; la lassitude de vivre est provoquée par des causes extérieures.
  • Appliquant cette thèse au cas évoqué en ouverture (un enfant suicidé), il écrit : « Ce qui a tué ce jeune homme, ce n’est point sa propre main et son propre revolver, ce sont les petites causes accumulées, sans doute quelques acides non éliminés, qui ont fait qu’il n’avait plus de bonheur du tout. » ; la responsabilité immédiate du geste est relativisée au profit de causes physiologiques diffuses.
  • Il précise la nature possible de ces causes en termes mécanistes : « Que ces acides engourdissent les ganglions qui font battre le cœur et fassent périr de fièvre, ou qu’ils se fixent dans le cerveau principal, de façon à troubler l’imagination » ; soit ils entraînent une mort somatique directe (fièvre, cœur), soit ils altèrent l’imagination, c’est‑à‑dire la manière de se représenter la vie.
  • Cette analyse prolonge sa conception générale des passions et des états de l’âme comme dérivant de causes corporelles, et elle permet de penser le suicide d’un enfant sans le réduire à un libre choix moral abstrait ni à une simple fatalité extérieure.

Source Quotes

Mourir, c’est renoncer. La mort est donc toujours volontaire en un sens. On ne meurt que lorsque l’on est las de vivre. Mais aussi, en un autre sens, la mort est toujours involontaire ; on ne meurt que si quelque cause extérieure empoisonne la vie.
On ne meurt que lorsque l’on est las de vivre. Mais aussi, en un autre sens, la mort est toujours involontaire ; on ne meurt que si quelque cause extérieure empoisonne la vie. Ce qui a tué ce jeune homme, ce n’est point sa propre main et son propre revolver, ce sont les petites causes accumulées, sans doute quelques acides non éliminés, qui ont fait qu’il n’avait plus de bonheur du tout.
Mais aussi, en un autre sens, la mort est toujours involontaire ; on ne meurt que si quelque cause extérieure empoisonne la vie. Ce qui a tué ce jeune homme, ce n’est point sa propre main et son propre revolver, ce sont les petites causes accumulées, sans doute quelques acides non éliminés, qui ont fait qu’il n’avait plus de bonheur du tout. Que ces acides engourdissent les ganglions qui font battre le cœur et fassent périr de fièvre, ou qu’ils se fixent dans le cerveau principal, de façon à troubler l’imagination
Ce qui a tué ce jeune homme, ce n’est point sa propre main et son propre revolver, ce sont les petites causes accumulées, sans doute quelques acides non éliminés, qui ont fait qu’il n’avait plus de bonheur du tout. Que ces acides engourdissent les ganglions qui font battre le cœur et fassent périr de fièvre, ou qu’ils se fixent dans le cerveau principal, de façon à troubler l’imagination

Key Concepts

  • La mort est donc toujours volontaire en un sens. On ne meurt que lorsque l’on est las de vivre.
  • Mais aussi, en un autre sens, la mort est toujours involontaire ; on ne meurt que si quelque cause extérieure empoisonne la vie.
  • Ce qui a tué ce jeune homme, ce n’est point sa propre main et son propre revolver, ce sont les petites causes accumulées, sans doute quelques acides non éliminés, qui ont fait qu’il n’avait plus de bonheur du tout.
  • Que ces acides engourdissent les ganglions qui font battre le cœur et fassent périr de fièvre, ou qu’ils se fixent dans le cerveau principal, de façon à troubler l’imagination

Context

Fin du passage du propos XV : Alain applique sa réflexion générale sur la vie et la mort au cas douloureux d’un enfant suicidé, en formulant un paradoxe — mort à la fois volontaire et involontaire — et en avançant une explication physio‑psychologique (acides, ganglions, cerveau, imagination) qui articule renoncement subjectif et causes organiques extérieures.