La préparation scientifique du « taupin » repose sur une mécanique purement formelle, réduite à des symboles algébriques sans contact avec les machines réelles, ce qui en fait un exercice abstrait et déshumanisé, comparable à un sourd‑muet condamné à lire de la musique sans jamais entendre la musique.
Key Arguments
- Alain décrit la mécanique enseignée au taupin comme entièrement détachée des réalités techniques : « D’abord lire quatre-vingt-dix pages de mécanique ; et c’est une austère mécanique : il n’y est question ni de locomotives, ni d’automobiles, ni de turbines, ni d’aucune autre machine ; c’est de la mécanique sans mécaniques : des lignes de symboles algébriques ».
- Il emploie une analogie forte pour faire sentir l’absurdité et la souffrance intellectuelle de cette situation : « figurez-vous un sourd-muet condamné à lire des pages de musique, sans pouvoir penser à la musique, et vous aurez une faible idée du plaisir de notre taupin. »
- La journée du taupin est organisée dès le réveil autour de ces plaisirs austères : « Tout en s’arrosant d’eau froide, il organise en pensée les plaisirs de sa journée. D’abord lire quatre-vingt-dix pages de mécanique », suggérant par l’ironie que cette abstraction est présentée comme un « plaisir » alors qu’elle est un supplice intellectuel.
- L’image de la salle « nue et triste » où cinquante taupins écrivent sous la dictée illustre encore la dépersonnalisation et la passivité imposées par cet enseignement formel.
Source Quotes
Tout en s’arrosant d’eau froide, il organise en pensée les plaisirs de sa journée. D’abord lire quatre-vingt-dix pages de mécanique ; et c’est une austère mécanique : il n’y est question ni de locomotives, ni d’automobiles, ni de turbines, ni d’aucune autre machine ; c’est de la mécanique sans mécaniques : des lignes de symboles algébriques ; figurez-vous un sourd-muet condamné à lire des pages de musique, sans pouvoir penser à la musique, et vous aurez une faible idée du plaisir de notre taupin. Après cela, s’installer, avec cinquante infortunés de son espèce, dans une salle nue et triste, et écrire pendant une heure et demie, sous la dictée d’un homme qui, après quinze ans d’efforts, est arrivé à faire tenir trois pages en deux.
D’abord lire quatre-vingt-dix pages de mécanique ; et c’est une austère mécanique : il n’y est question ni de locomotives, ni d’automobiles, ni de turbines, ni d’aucune autre machine ; c’est de la mécanique sans mécaniques : des lignes de symboles algébriques ; figurez-vous un sourd-muet condamné à lire des pages de musique, sans pouvoir penser à la musique, et vous aurez une faible idée du plaisir de notre taupin. Après cela, s’installer, avec cinquante infortunés de son espèce, dans une salle nue et triste, et écrire pendant une heure et demie, sous la dictée d’un homme qui, après quinze ans d’efforts, est arrivé à faire tenir trois pages en deux. Cela fait penser à ces patients professeurs d’écriture, qui font tenir une grande page dans un rond de papier de la grandeur d’un sou.
Key Concepts
- D’abord lire quatre-vingt-dix pages de mécanique
- et c’est une austère mécanique
- il n’y est question ni de locomotives, ni d’automobiles, ni de turbines, ni d’aucune autre machine
- c’est de la mécanique sans mécaniques
- des lignes de symboles algébriques
- figurez-vous un sourd-muet condamné à lire des pages de musique, sans pouvoir penser à la musique, et vous aurez une faible idée du plaisir de notre taupin.
- s’installer, avec cinquante infortunés de son espèce, dans une salle nue et triste, et écrire pendant une heure et demie, sous la dictée d’un homme qui, après quinze ans d’efforts, est arrivé à faire tenir trois pages en deux.
Context
Première partie du Propos LXXXVI : Alain brosse, sur un mode fortement ironique, le début de la journée d’un taupin et dénonce la nature purement symbolique, détachée des réalités mécaniques, de l’enseignement de la mécanique en classes préparatoires.