La sagesse moderne issue de la thermodynamique consiste à penser tout phénomène — y compris chaleur solaire locale, bonnes années, miracles alimentaires — comme partie d’un ordre d’équivalences énergétiques, contre l’ancienne mentalité de « caprices » (divins ou naturels) qui voyait dans les excédents ou exceptions des violations de l’ordre.
Key Arguments
- Alain juxtapose à l’idée de compensation énergétique (« usure du soleil ») le sentiment courant des « exceptions et caprices » : « Mais que d’exceptions et de caprices aussi ! Il y a de bonnes années, et des multiplications de pains. » ; il souligne que les abondances (bonnes années, miracles bibliques) sont spontanément lues comme des ruptures de l’ordre.
- En rappelant que la chaleur qui « chauffe ici les grillons » suppose une « usure du soleil », il introduit une vision globale où tout gain local implique un coût ailleurs : c’est la pensée d’équivalence généralisée.
- Sa référence aux « bonnes années, et des multiplications de pains » vise les interprétations religieuses ou providentialistes qui voyaient dans ces phénomènes des faveurs miraculeuses, alors que la sagesse énergétique y voit de simples redistributions.
- Il parle explicitement d’« une sagesse nouvelle » liée à la notion d’énergie, suggérant un déplacement profond : au lieu de lire le monde en termes de grâce, miracle, caprice, on le lit en termes d’équivalences et de bilans.
- Cette sagesse, bien que « familière à quelques profonds savants », reste « à la surface des esprits ordinaires », ce qui indique que le vieux fond religieux (caprices, miracles) n’est pas encore remplacé dans la culture commune.
Source Quotes
Elle est impossible à détruire tout à fait. Qui songe que cette chaleur du soleil, qui chauffe ici les grillons, suppose quelque dépense autre part, quelque refroidissement et usure du soleil ? Nous savons pourtant bien qu’un morceau de charbon ne nous chauffe pas deux fois, et qu’une brassée de bois fait toujours bouillir à peu près la même quantité d’eau.
Nous savons pourtant bien qu’un morceau de charbon ne nous chauffe pas deux fois, et qu’une brassée de bois fait toujours bouillir à peu près la même quantité d’eau. Mais que d’exceptions et de caprices aussi ! Il y a de bonnes années, et des multiplications de pains. Il a fallu des siècles pour voir tout en ordre.
On peut invoquer ici des milliers d’expériences concordantes. D’où l’idée que, dans toutes ces transformations, il y a quelque chose qu’on appelle l’énergie, et qui ne peut se produire ici sans s’user là. D’où une sagesse nouvelle, qui est familière à quelques profonds savants, mais qui n’est encore qu’à la surface des esprits ordinaires.
D’où l’idée que, dans toutes ces transformations, il y a quelque chose qu’on appelle l’énergie, et qui ne peut se produire ici sans s’user là. D’où une sagesse nouvelle, qui est familière à quelques profonds savants, mais qui n’est encore qu’à la surface des esprits ordinaires. Je pensais à ces choses en voyant qu’on louait un ouvrage déjà réédité, où cette loi fondamentale est, dit-on, ruinée par quelques caprices du radium.
Key Concepts
- Qui songe que cette chaleur du soleil, qui chauffe ici les grillons, suppose quelque dépense autre part, quelque refroidissement et usure du soleil ?
- Mais que d’exceptions et de caprices aussi ! Il y a de bonnes années, et des multiplications de pains.
- D’où l’idée que, dans toutes ces transformations, il y a quelque chose qu’on appelle l’énergie, et qui ne peut se produire ici sans s’user là.
- D’où une sagesse nouvelle, qui est familière à quelques profonds savants, mais qui n’est encore qu’à la surface des esprits ordinaires.
Context
Passage charnière du Propos XXXII : Alain articule la vision thermodynamique (compensations, usure du soleil, équivalences) avec les anciennes représentations des « bonnes années » et des « multiplications de pains », et définit une « sagesse nouvelle » opposée à la mentalité des caprices et miracles encore dominante chez les esprits ordinaires.