La véritable devise de l’homme, par opposition au contentement animal fermé sur soi, est de se penser soi-même le moins possible et de penser toutes choses : l’humanité se définit par le décentrement de la pensée hors de soi.
Key Arguments
- Après avoir décrit l’auto‑enfermement animal et quasi animal (« toute leur pensée ramassée sur leurs joies et leurs douleurs »), le Sage oppose à cette figure la « vraie devise d’homme », marquant une différence de nature dans la manière de penser.
- Cette devise est explicitement formulée : « me penser moi-même le moins possible, et penser toutes choses », ce qui prescrit un mouvement de sortie hors de la centration sur soi.
- L’expression « me penser moi-même le moins possible » dénonce le repli réflexif, la rumination de ses propres joies et douleurs comme signature d’une existence animale ou dogmatique.
- L’injonction corrélative « penser toutes choses » définit l’usage proprement humain de l’esprit : s’ouvrir au monde, aux objets, aux autres, aux idées, plutôt qu’à sa seule subjectivité.
- Cette devise est présentée comme rappelée au Sage par la contemplation des bêtes : « Toutes ces bêtes m’ont rappelé ma vraie devise d’homme », ce qui souligne le rôle pédagogique de l’animal pour faire surgir une exigence spécifiquement humaine.
- Dans le contexte du passage, cette devise résume l’idéal alainien de l’entendement actif, tourné vers le réel, par opposition au contentement de soi et à la pensée fermée que symbolisent les animaux et certains hommes.
Source Quotes
Et toutes les bêtes ne sont pas en cage. Combien de moufflons barbus à figure humaine, et combien d’obstinés chevaux et chameaux parmi nous, un peu gracieux et poètes dans leur première jeunesse, mais bientôt pétrifiés, définis pour eux-mêmes, et les yeux fixés désormais sur leur pâture, et remâchant toujours le même refrain ; sûrs d’eux-mêmes, sourds aux autres, et suivant leur route, toute leur pensée ramassée sur leurs joies et leurs douleurs. Toutes ces bêtes m’ont rappelé ma vraie devise d’homme : me penser moi-même le moins possible, et penser toutes choses
Combien de moufflons barbus à figure humaine, et combien d’obstinés chevaux et chameaux parmi nous, un peu gracieux et poètes dans leur première jeunesse, mais bientôt pétrifiés, définis pour eux-mêmes, et les yeux fixés désormais sur leur pâture, et remâchant toujours le même refrain ; sûrs d’eux-mêmes, sourds aux autres, et suivant leur route, toute leur pensée ramassée sur leurs joies et leurs douleurs. Toutes ces bêtes m’ont rappelé ma vraie devise d’homme : me penser moi-même le moins possible, et penser toutes choses
Key Concepts
- toute leur pensée ramassée sur leurs joies et leurs douleurs.
- Toutes ces bêtes m’ont rappelé ma vraie devise d’homme : me penser moi-même le moins possible, et penser toutes choses
Context
Conclusion du discours du vieux Sage sous le cèdre : après avoir interprété les animaux comme dogmes vivants et dénoncé leurs équivalents humains, il énonce la « devise d’homme » qui se définit par le refus de la centration sur soi et l’orientation de la pensée vers toutes choses.