Le physicien théoricien incarne la vraie attitude de pensée : il construit et manipule librement une théorie comme un artisan son mécanisme, travaille sans fièvre, accueille les objections comme des amies et reste prêt à modifier ses définitions selon l’expérience, de sorte qu’il « pense » son modèle plutôt qu’il n’y « croit ».
Key Arguments
- Alain donne l’exemple d’un « noble physicien » qui, après de longues observations des gaz, en vient à concevoir un modèle moléculaire : « Imaginez un noble physicien, qui a observé longtemps les corps gazeux, les a chauffés, refroidis, comprimés, raréfiés. Il en vient à concevoir que les gaz sont faits de milliers de projectiles très petits… »
- Il insiste sur le caractère constructif et opératoire de cette pensée, assimilée à un travail d’horloger : « Là-dessus le voilà qui définit, qui calcule ; le voilà qui démonte et remonte son « gaz parfait » comme un horloger ferait pour une montre. »
- Il récuse explicitement l’image du savant comme chasseur de vérité‑proie, guidé par la tension et la convoitise : « Eh bien je ne crois pas du tout que cet homme ressemble à un chasseur qui guette une proie. »
- Au contraire, le physicien est décrit comme jouant avec sa théorie, ce qui caractérise la distance libre de la pensée à l’égard de ses propres constructions : « Je le vois souriant, et jouant avec sa théorie ; »
- Son travail est sans fièvre ni passion, et il accueille les objections comme des alliées, non comme des menaces : « je le vois travaillant sans fièvre et recevant les objections comme des amies ; »
- Il est « tout prêt à changer ses définitions si l’expérience ne les vérifie pas », ce qui illustre la disponibilité permanente de la pensée à se corriger selon les choses, sans drame : « et cela très simplement, sans gestes de mélodrame. »
- Alain formule la distinction décisive entre croire et penser à propos de l’hypothèse scientifique : à la question « Croyez-vous que les gaz soient ainsi ? », le physicien répond : « Je ne crois pas qu’ils soient ainsi ; je pense qu’ils sont ainsi. » ; il y a distance entre le penseur et son modèle, distance absente chez le croyant.
Source Quotes
On pourrait dire : penser, c’est inventer sans croire. Imaginez un noble physicien, qui a observé longtemps les corps gazeux, les a chauffés, refroidis, comprimés, raréfiés. Il en vient à concevoir que les gaz sont faits de milliers de projectiles très petits qui sont lancés vivement dans toutes les directions et viennent bombarder les parois du récipient.
Imaginez un noble physicien, qui a observé longtemps les corps gazeux, les a chauffés, refroidis, comprimés, raréfiés. Il en vient à concevoir que les gaz sont faits de milliers de projectiles très petits qui sont lancés vivement dans toutes les directions et viennent bombarder les parois du récipient. Là-dessus le voilà qui définit, qui calcule ; le voilà qui démonte et remonte son « gaz parfait » comme un horloger ferait pour une montre.
Il en vient à concevoir que les gaz sont faits de milliers de projectiles très petits qui sont lancés vivement dans toutes les directions et viennent bombarder les parois du récipient. Là-dessus le voilà qui définit, qui calcule ; le voilà qui démonte et remonte son « gaz parfait » comme un horloger ferait pour une montre. Eh bien je ne crois pas du tout que cet homme ressemble à un chasseur qui guette une proie.
Là-dessus le voilà qui définit, qui calcule ; le voilà qui démonte et remonte son « gaz parfait » comme un horloger ferait pour une montre. Eh bien je ne crois pas du tout que cet homme ressemble à un chasseur qui guette une proie. Je le vois souriant, et jouant avec sa théorie ; je le vois travaillant sans fièvre et recevant les objections comme des amies ; tout prêt à changer ses définitions si l’expérience ne les vérifie pas, et cela très simplement, sans gestes de mélodrame.
Eh bien je ne crois pas du tout que cet homme ressemble à un chasseur qui guette une proie. Je le vois souriant, et jouant avec sa théorie ; je le vois travaillant sans fièvre et recevant les objections comme des amies ; tout prêt à changer ses définitions si l’expérience ne les vérifie pas, et cela très simplement, sans gestes de mélodrame. Si vous lui demandez : « Croyez-vous que les gaz soient ainsi ? » il répondra : « Je ne crois pas qu’ils soient ainsi ; je pense qu’ils sont ainsi. » Cette liberté d’esprit est presque toujours mal comprise, et passe pour scepticisme.
Je le vois souriant, et jouant avec sa théorie ; je le vois travaillant sans fièvre et recevant les objections comme des amies ; tout prêt à changer ses définitions si l’expérience ne les vérifie pas, et cela très simplement, sans gestes de mélodrame. Si vous lui demandez : « Croyez-vous que les gaz soient ainsi ? » il répondra : « Je ne crois pas qu’ils soient ainsi ; je pense qu’ils sont ainsi. » Cette liberté d’esprit est presque toujours mal comprise, et passe pour scepticisme. L’esclave affranchi garde encore longtemps l’allure d’un esclave ; le souvenir de la chaîne fait qu’il traîne encore la jambe
Key Concepts
- Imaginez un noble physicien, qui a observé longtemps les corps gazeux, les a chauffés, refroidis, comprimés, raréfiés.
- Il en vient à concevoir que les gaz sont faits de milliers de projectiles très petits qui sont lancés vivement dans toutes les directions et viennent bombarder les parois du récipient.
- Là-dessus le voilà qui définit, qui calcule ; le voilà qui démonte et remonte son « gaz parfait » comme un horloger ferait pour une montre.
- Eh bien je ne crois pas du tout que cet homme ressemble à un chasseur qui guette une proie.
- Je le vois souriant, et jouant avec sa théorie ; je le vois travaillant sans fièvre et recevant les objections comme des amies ;
- tout prêt à changer ses définitions si l’expérience ne les vérifie pas, et cela très simplement, sans gestes de mélodrame.
- Si vous lui demandez : « Croyez-vous que les gaz soient ainsi ? » il répondra : « Je ne crois pas qu’ils soient ainsi ; je pense qu’ils sont ainsi. »
Context
Partie centrale du Propos VI : Alain illustre sa conception de la pensée par l’exemple d’un physicien construisant le modèle du gaz parfait, pour montrer l’attitude de jeu, de disponibilité et de non‑croyance qui caractérise la pensée scientifique authentique.