Le travail manuel ou l’occupation corporelle réglée constitue une méthode privilégiée pour apaiser le trouble intérieur : soit en absorbant la pensée dans l’objet de l’action, soit en disciplinant l’« animal » par des mouvements machinals qui servent de massage aux tensions passionnelles, ce qui délivre la pensée ; inversement, l’oisiveté du corps favorise la méchanceté et l’orientation guerrière.
Key Arguments
- Alain formule une sorte de maxime pratique : « Méthode, un travail des mains. » ; il annonce ainsi que l’exercice manuel est une méthode pour traiter le trouble de la pensée et des passions.
- Il donne l’exemple d’« une femme, se sentant devenir folle de chagrin, [qui] vida son armoire sur le plancher et remit toutes les choses à leur place. » : l’organisation matérielle sert de recours immédiat contre la folie du chagrin.
- Il écrit : « Heureux encore l’homme malheureux, s’il a un arbre à déraciner. » : disposer d’un travail physique pénible est une chance pour celui qui souffre moralement.
- Il distingue deux effets bénéfiques : « Ou bien la pensée suit les mains, et s’engage dans les fentes du bois. » ; la pensée se détourne alors de ses peines pour se concentrer sur la tâche concrète.
- « Ou bien, si la pensée s’occupe encore à ses peines, du moins l’animal est discipliné par un travail machinal ; les mouvements sont comme un massage pour l’étranglement de soi-même ; la pensée est délivrée et comme délestée. » : même si l’esprit reste préoccupé, le simple fait de faire travailler le corps de façon régulière relâche les contractures et allège la pensée.
- Alain rapporte la parole d’« un vieux Sage » : « le matin, pendant qu’il faisait son lit, c’était l’heure de la justice. C’est que ses forces étaient à faire son lit, non à nouer les pensées par des mouvements de passion. » : le travail domestique matinal neutralise les mouvements corporels des passions et permet un jugement plus juste.
- Il en tire une conséquence sociale et morale : « Je plains un colosse qui n’a rien à faire, que de penser ; il pensera avec tout son corps, et sans bonheur je le crains. C’est peut-être par ce mécanisme que les oisifs sont souvent méchants, et, par ce détour, guerriers. » : le colosse oisif, condamné à penser sans emploi corporel, transforme sa tension en méchanceté et en propension à la guerre.
- Alain finit par une remarque personnelle : « Pour moi je ne réfléchis convenablement qu’en faisant autre chose, » : il confirme par son propre cas que la bonne réflexion exige, pour lui, un engagement simultané du corps dans une autre activité.
Source Quotes
Se calmer, c’est le ramener là. Méthode, un travail des mains. Une femme, se sentant devenir folle de chagrin, vida son armoire sur le plancher et remit toutes les choses à leur place.
Méthode, un travail des mains. Une femme, se sentant devenir folle de chagrin, vida son armoire sur le plancher et remit toutes les choses à leur place. Heureux encore l’homme malheureux, s’il a un arbre à déraciner.
Une femme, se sentant devenir folle de chagrin, vida son armoire sur le plancher et remit toutes les choses à leur place. Heureux encore l’homme malheureux, s’il a un arbre à déraciner. Car il se produit deux effets également désirables. Ou bien la pensée suit les mains, et s’engage dans les fentes du bois. Ou bien, si la pensée s’occupe encore à ses peines, du moins l’animal est discipliné par un travail machinal ; les mouvements sont comme un massage pour l’étranglement de soi-même ; la pensée est délivrée et comme délestée.
Ou bien la pensée suit les mains, et s’engage dans les fentes du bois. Ou bien, si la pensée s’occupe encore à ses peines, du moins l’animal est discipliné par un travail machinal ; les mouvements sont comme un massage pour l’étranglement de soi-même ; la pensée est délivrée et comme délestée. Un vieux Sage disait que le matin, pendant qu’il faisait son lit, c’était l’heure de la justice.
Ou bien, si la pensée s’occupe encore à ses peines, du moins l’animal est discipliné par un travail machinal ; les mouvements sont comme un massage pour l’étranglement de soi-même ; la pensée est délivrée et comme délestée. Un vieux Sage disait que le matin, pendant qu’il faisait son lit, c’était l’heure de la justice. C’est que ses forces étaient à faire son lit, non à nouer les pensées par des mouvements de passion. Je plains un colosse qui n’a rien à faire, que de penser ; il pensera avec tout son corps, et sans bonheur je le crains. C’est peut-être par ce mécanisme que les oisifs sont souvent méchants, et, par ce détour, guerriers. Pour moi je ne réfléchis convenablement qu’en faisant autre chose, comme
Key Concepts
- Méthode, un travail des mains.
- Une femme, se sentant devenir folle de chagrin, vida son armoire sur le plancher et remit toutes les choses à leur place.
- Heureux encore l’homme malheureux, s’il a un arbre à déraciner. Car il se produit deux effets également désirables. Ou bien la pensée suit les mains, et s’engage dans les fentes du bois.
- Ou bien, si la pensée s’occupe encore à ses peines, du moins l’animal est discipliné par un travail machinal ; les mouvements sont comme un massage pour l’étranglement de soi-même ; la pensée est délivrée et comme délestée.
- Un vieux Sage disait que le matin, pendant qu’il faisait son lit, c’était l’heure de la justice. C’est que ses forces étaient à faire son lit, non à nouer les pensées par des mouvements de passion. Je plains un colosse qui n’a rien à faire, que de penser ; il pensera avec tout son corps, et sans bonheur je le crains. C’est peut-être par ce mécanisme que les oisifs sont souvent méchants, et, par ce détour, guerriers. Pour moi je ne réfléchis convenablement qu’en faisant autre chose, comme
Context
Seconde partie et fin du propos XLVII : après avoir décrit le conflit entre pensée et corps et le supplice des passions, Alain propose une 'méthode' concrète fondée sur le travail manuel et l’occupation corporelle pour apaiser les passions, illustrée par des exemples vécus et une réflexion morale sur l’oisiveté et la méchanceté.