Les hommes, et surtout les enfants, n’ont ni la vue d’ensemble ni la sagesse nécessaires pour occuper la place de Dieu : ils veulent modifier le monde selon leurs désirs limités, mais l’ordre exige qu’ils restent « à leur rang », mûrissent par l’expérience et la souffrance, comme l’illustre le refus accordé à Phaéton de conduire le char du soleil.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Dieu souligne à la fillette qu’elle ne voit que son intérêt immédiat (« ton bain ») alors que lui doit tenir compte de « milliards d’autres frères, qui cherchent aussi leur pensée, et qui la trouveront, si je suis un bon roi » ; la légitimité de la souveraineté divine vient de cette vue d’ensemble.
  • Il explique explicitement : « Je ne peux pas te donner ma place ; tu es trop jeune ; tu ne sais pas assez ce que tu veux. » ; la jeunesse est ici métaphore d’une immaturité humaine à comprendre les conséquences de ses désirs.
  • Il renvoie à la fable de Phaéton : « Les hommes racontent que Phaéton obtint de conduire le char du soleil, et qu’il mit le feu partout. Ce n’est pas vrai. J’ai laissé Phaéton à son rang, quoiqu’il fût mon fils. » ; Alain corrige la légende pour affirmer que la sagesse divine a justement empêché le désastre.
  • La leçon de cette correction est transposée : « Et toi aussi, ma fille, tu suivras l’ordre. Je te passerai le sceptre et la puissance quand tu seras assez sage pour t’en servir. » ; le pouvoir ne peut être confié qu’à la sagesse mûrie.
  • Dieu ajoute que cette maturation passera par la douleur : « Mais, avant que tu en sois là, tu pleureras plus d’une fois sur toi-même au coucher du soleil ; et plus d’une marée dénouera les algues. » ; le temps, les épreuves et la répétition des marées symbolisent l’éducation de l’âme.
  • L’ensemble suggère qu’il est dans l’ordre du monde que les hommes subissent un apprentissage long, douloureux parfois, avant de pouvoir entrer dans le gouvernement des choses, et qu’il serait catastrophique de leur abandonner prématurément les rênes cosmologiques.

Source Quotes

Tu n’es pas seule au monde ; il m’arrive des flots de pensées respectables qui me rappellent à moi-même. Je ne peux pas te donner ma place ; tu es trop jeune ; tu ne sais pas assez ce que tu veux. « Et tu ne comptes pas des milliards d’autres frères, qui cherchent aussi leur pensée, et qui la trouveront, si je suis un bon roi. La marée suit le soleil et la lune ; les océans se déforment comme une goutte d’eau qui tomberait ; et, comme la terre tourne, cela fait comme deux renflements ou deux bosses liquides qui tournent.
La marée suit le soleil et la lune ; les océans se déforment comme une goutte d’eau qui tomberait ; et, comme la terre tourne, cela fait comme deux renflements ou deux bosses liquides qui tournent. J’ai réglé cela aussi ; si j’y change la moindre chose, les planètes seront folles ; tous ceux qui pensent retomberont dans les rêves, et je serai assourdi de reproches. « Les hommes racontent que Phaéton obtint de conduire le char du soleil, et qu’il mit le feu partout. Ce n’est pas vrai. J’ai laissé Phaéton à son rang, quoiqu’il fût mon fils. Et toi aussi, ma fille, tu suivras l’ordre.
J’ai laissé Phaéton à son rang, quoiqu’il fût mon fils. Et toi aussi, ma fille, tu suivras l’ordre. Je te passerai le sceptre et la puissance quand tu seras assez sage pour t’en servir. Mais, avant que tu en sois là, tu pleureras plus d’une fois sur toi-même au coucher du soleil ; et plus d’une marée dénouera les algues.
Je te passerai le sceptre et la puissance quand tu seras assez sage pour t’en servir. Mais, avant que tu en sois là, tu pleureras plus d’une fois sur toi-même au coucher du soleil ; et plus d’une marée dénouera les algues.

Key Concepts

  • Et tu ne comptes pas des milliards d’autres frères, qui cherchent aussi leur pensée, et qui la trouveront, si je suis un bon roi.
  • Je ne peux pas te donner ma place ; tu es trop jeune ; tu ne sais pas assez ce que tu veux.
  • Les hommes racontent que Phaéton obtint de conduire le char du soleil, et qu’il mit le feu partout. Ce n’est pas vrai. J’ai laissé Phaéton à son rang, quoiqu’il fût mon fils.
  • Et toi aussi, ma fille, tu suivras l’ordre. Je te passerai le sceptre et la puissance quand tu seras assez sage pour t’en servir.
  • Mais, avant que tu en sois là, tu pleureras plus d’une fois sur toi-même au coucher du soleil ; et plus d’une marée dénouera les algues.

Context

Fin du propos IX : en concluant le discours de Dieu à la petite fille par l’évocation de Phaéton et par une promesse différée de « sceptre et puissance », Alain transforme la demande de miracle en leçon pédagogique sur l’ordre du monde, la limitation du point de vue humain et la nécessité d’une longue maturation avant tout pouvoir véritable.