L’essence de l’amour est de ne pas distinguer entre celui qui aime et ce qu’il aime : dans le même mouvement, l’homme traite autrui et lui‑même, de sorte que douceur ou méchanceté envers les autres sont douceur ou méchanceté envers soi, l’amour étant par nature aveugle à cette distinction.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Alain formule la thèse centrale : « L’amour ne distingue point ; celui qui aime et ce qu’il aime, c’est tout un ; telle est la marque de l’amour. » ; il définit l’amour par l’abolition de la séparation sujet/objet.
  • Il ajoute que, si l’on oublie cette unité, « toute vie humaine est impossible à comprendre » : cette propriété de l’amour est, pour lui, une clé d’intelligibilité de la psychologie et de l’histoire humaines.
  • L’exemple de l’amant meurtrier illustre ce non‑dédoublement : « L’amant qui tue une maîtresse adorée se tue aussi bien du même coup. Il aime son prochain comme lui-même. » ; le meurtre de l’autre est auto‑destruction parce que l’autre aimé est devenu une part de soi.
  • Alain formule une loi symétrique du comportement : « Qui est doux aux autres est doux à lui-même ; qui est méchant aux autres est méchant à lui-même, du même mouvement. » ; douceur et cruauté se répercutent automatiquement sur le sujet, non par règle morale, mais par structure de l’amour.
  • Il conclut cette analyse par le cliché assumé : « L’amour, comme on dit, est aveugle. » ; l’aveuglement ne signifie pas seulement qu’il ne voit pas les défauts de l’objet, mais surtout qu’il ne voit plus la frontière entre soi et autrui.

Source Quotes

L’avare même ne s’aime pas lui-même ; il n’aime rien ; et il meurt lentement, parce qu’il n’aime rien. L’amour ne distingue point ; celui qui aime et ce qu’il aime, c’est tout un ; telle est la marque de l’amour. Si l’on oublie cela, toute vie humaine est impossible à comprendre.
L’amour ne distingue point ; celui qui aime et ce qu’il aime, c’est tout un ; telle est la marque de l’amour. Si l’on oublie cela, toute vie humaine est impossible à comprendre. L’amant qui tue une maîtresse adorée se tue aussi bien du même coup.
Si l’on oublie cela, toute vie humaine est impossible à comprendre. L’amant qui tue une maîtresse adorée se tue aussi bien du même coup. Il aime son prochain comme lui-même. Qui est doux aux autres est doux à lui-même ; qui est méchant aux autres est méchant à lui-même, du même mouvement.
Il aime son prochain comme lui-même. Qui est doux aux autres est doux à lui-même ; qui est méchant aux autres est méchant à lui-même, du même mouvement. L’amour, comme on dit, est aveugle.
Qui est doux aux autres est doux à lui-même ; qui est méchant aux autres est méchant à lui-même, du même mouvement. L’amour, comme on dit, est aveugle.

Key Concepts

  • L’amour ne distingue point ; celui qui aime et ce qu’il aime, c’est tout un ; telle est la marque de l’amour.
  • Si l’on oublie cela, toute vie humaine est impossible à comprendre.
  • L’amant qui tue une maîtresse adorée se tue aussi bien du même coup. Il aime son prochain comme lui-même.
  • Qui est doux aux autres est doux à lui-même ; qui est méchant aux autres est méchant à lui-même, du même mouvement.
  • L’amour, comme on dit, est aveugle.

Context

Fin du Propos XCVI : Alain, après avoir critiqué les formules morales chrétiennes sur l’amour, énonce sa propre analyse structurelle de l’amour comme indistinction entre soi et l’objet aimé, en tirant des conséquences psychologiques (amants, douceur, méchanceté) et en donnant à l’adage « l’amour est aveugle » un contenu conceptuel précis.