L’instruction « en amusant » (Jardins d’Enfants, conférences populaires, astronomie ou physique amusantes) présente un danger spécifique : elle se réduit à de l’imagerie qui frappe et écrase l’imagination au lieu d’exercer l’entendement, en entretenant une attitude d’adoration plutôt que de pensée dominatrice.

By Alain, from Propos

Key Arguments

  • Alain constate qu’il a d’abord défendu ces méthodes contre les pédants, mais qu’« il y a plus d’un genre de pédants » et que ce qu’il a lu sur les Jardins d’Enfants lui a « fait voir un autre danger » : il s’agit d’un pédantisme de l’agrément et de l’imagerie.
  • Il rapproche les Jardins d’Enfants des « conférences populaires » où « il arrive que l’on passe trop vite sur ce qui demande un peu de peine ; et ce n’est plus que de l’imagerie » : la difficulté intellectuelle est esquivée au profit de la seule illustration spectaculaire.
  • Il juge « l’astronomie amusante » aussi « méprisable » que « la physique amusante » parce qu’on y met « tout son effort à étonner l’imagination par la distance de la terre aux étoiles, ou par la grosseur du soleil, sans expliquer par quels moyens indirects on a pu parvenir à évaluer l’une et l’autre » : les résultats sont exhibés sans exposer la méthode.
  • Selon lui, « par ces moyens, l’esprit est frappé et écrasé » : l’imagination est sidérée au lieu que l’esprit domine les phénomènes par la compréhension des procédures.
  • Il énonce sa norme : « Or, penser c’est dominer. L’admiration n’est que le commencement ; et il faut que l’enfant en soit bientôt guéri. » ; la pensée doit dépasser l’admiration fascinée.
  • Les ouvrages de vulgarisation intitulés « Les Merveilles de la science » « sont pour faire des niais » : en entretenant le registre du merveilleux, ils produisent des esprits crédules.
  • Même lorsque l’on revient des découvertes vers les « hommes extraordinaires » qui les ont faites, « ce n’est toujours qu’adorer quelque chose ou quelqu’un. Croire. Chanter à la messe. » : l’attitude reste religieuse (culte des choses ou des grands hommes) plutôt que rationnelle.

Source Quotes

LXXVI Un ami des « Jardins d’Enfants » a jugé que j’étais trop sévère pour cette méthode qui veut instruire en amusant. Je l’ai défendue moi-même plus d’une fois contre les pédants ; mais il y a plus d’un genre de pédants, et ce que j’ai lu sur les Jardins d’Enfants m’a fait voir un autre danger.
LXXVI Un ami des « Jardins d’Enfants » a jugé que j’étais trop sévère pour cette méthode qui veut instruire en amusant. Je l’ai défendue moi-même plus d’une fois contre les pédants ; mais il y a plus d’un genre de pédants, et ce que j’ai lu sur les Jardins d’Enfants m’a fait voir un autre danger. Dans les conférences populaires aussi, il arrive que l’on passe trop vite sur ce qui demande un peu de peine ; et ce n’est plus que de l’imagerie.
Je l’ai défendue moi-même plus d’une fois contre les pédants ; mais il y a plus d’un genre de pédants, et ce que j’ai lu sur les Jardins d’Enfants m’a fait voir un autre danger. Dans les conférences populaires aussi, il arrive que l’on passe trop vite sur ce qui demande un peu de peine ; et ce n’est plus que de l’imagerie. Par exemple l’astronomie amusante me paraît aussi méprisable que la physique amusante.
Dans les conférences populaires aussi, il arrive que l’on passe trop vite sur ce qui demande un peu de peine ; et ce n’est plus que de l’imagerie. Par exemple l’astronomie amusante me paraît aussi méprisable que la physique amusante. On mettra tout son effort à étonner l’imagination par la distance de la terre aux étoiles, ou par la grosseur du soleil, sans expliquer par quels moyens indirects on a pu parvenir à évaluer l’une et l’autre.
Par exemple l’astronomie amusante me paraît aussi méprisable que la physique amusante. On mettra tout son effort à étonner l’imagination par la distance de la terre aux étoiles, ou par la grosseur du soleil, sans expliquer par quels moyens indirects on a pu parvenir à évaluer l’une et l’autre. Et, par ces moyens, l’esprit est frappé et écrasé.
On mettra tout son effort à étonner l’imagination par la distance de la terre aux étoiles, ou par la grosseur du soleil, sans expliquer par quels moyens indirects on a pu parvenir à évaluer l’une et l’autre. Et, par ces moyens, l’esprit est frappé et écrasé. Or, penser c’est dominer.
Et, par ces moyens, l’esprit est frappé et écrasé. Or, penser c’est dominer. L’admiration n’est que le commencement ; et il faut que l’enfant en soit bientôt guéri. Les Merveilles de la science sont pour faire des niais.
L’admiration n’est que le commencement ; et il faut que l’enfant en soit bientôt guéri. Les Merveilles de la science sont pour faire des niais. Même si l’on revient des découvertes les plus étonnantes jusqu’à honorer les hommes extraordinaires qui ont su les faire, ce n’est toujours qu’adorer quelque chose ou quelqu’un.
Les Merveilles de la science sont pour faire des niais. Même si l’on revient des découvertes les plus étonnantes jusqu’à honorer les hommes extraordinaires qui ont su les faire, ce n’est toujours qu’adorer quelque chose ou quelqu’un. Croire. Chanter à la messe. J’aime mieux une multiplication bien claire, ou les pénibles essais d’une division.

Key Concepts

  • Un ami des « Jardins d’Enfants » a jugé que j’étais trop sévère pour cette méthode qui veut instruire en amusant.
  • mais il y a plus d’un genre de pédants, et ce que j’ai lu sur les Jardins d’Enfants m’a fait voir un autre danger.
  • Dans les conférences populaires aussi, il arrive que l’on passe trop vite sur ce qui demande un peu de peine ; et ce n’est plus que de l’imagerie.
  • Par exemple l’astronomie amusante me paraît aussi méprisable que la physique amusante.
  • On mettra tout son effort à étonner l’imagination par la distance de la terre aux étoiles, ou par la grosseur du soleil, sans expliquer par quels moyens indirects on a pu parvenir à évaluer l’une et l’autre.
  • Et, par ces moyens, l’esprit est frappé et écrasé.
  • Or, penser c’est dominer. L’admiration n’est que le commencement ; et il faut que l’enfant en soit bientôt guéri.
  • Les Merveilles de la science sont pour faire des niais.
  • Même si l’on revient des découvertes les plus étonnantes jusqu’à honorer les hommes extraordinaires qui ont su les faire, ce n’est toujours qu’adorer quelque chose ou quelqu’un. Croire. Chanter à la messe.

Context

Ouverture du Propos LXXVI : Alain répond à un défenseur des Jardins d’Enfants et, en élargissant la critique aux conférences populaires et aux sciences « amusantes », dénonce une pédagogie de l’étonnement qui substitue l’imagerie et l’adoration à l’exercice réel de la pensée.