Pour l’Ingénieur, la beauté d’un objet tient au fait que sa structure fonctionnelle se laisse lire d’un seul coup d’œil par un esprit exercé : comme on lit directement l’idée dans un texte sans s’arrêter aux lettres, il lit les mécaniques et les organismes vivants (cheval, femme, dirigeable) en termes de forces bien ou mal disposées ; son esthétique est ainsi fondée sur l’utile et la science de l’utile.
Key Arguments
- Il explique que la beauté de la machine vient de ce que ses dimensions, formes et rouages sont pour lui des signes immédiatement intelligibles : « Cela tient sans doute à ceci, que les dimensions et la forme de cette machine et la position de ses rouages sont pour moi des signes que l’habitude me permet de comprendre sans effort. »
- Il propose une analogie avec la lecture où le lecteur ne s’arrête plus aux éléments matériels du texte : « Quand vous lisez, vous ne faites pas attention aux lettres ni aux syllabes, ni même aux mots ; il vous semble que vous saisissez directement l’idée même ; eh bien, je crois que je lis les mécaniques de la même manière. »
- Il généralise ce modèle de ‘lecture’ à d’autres domaines, par exemple pour un architecte : « De même une maison doit, à première vue, être saisie et comme devinée dans un seul regard, quand c’est un architecte qui regarde. »
- Il redéfinit la beauté d’un cheval par la lisibilité de sa force et de son ardeur : « Qu’est-ce qu’un beau cheval, sinon un cheval dont on peut deviner la force et l’ardeur ? »
- Il redéfinit de même la beauté d’une femme en termes de santé et de fécondité immédiatement devinables, mais sur fond de raisons objectives : « Qu’est-ce qu’une belle femme, sinon une femme dont on est capable de dire, sans réflexion, mais non pas sans bonnes raisons, qu’elle se porte bien et qu’elle est capable d’avoir de beaux enfants ? »
- Il applique ce critère au dirigeable « Patrie » qu’il ne trouve pas beau et en infère un défaut d’agencement des forces : « Le dirigeable « Patrie », que j’ai observé ces jours, ne me paraît pas beau. Savez-vous ce que j’en conclus ? C’est qu’il doit y avoir encore quelque chose là-dedans qui n’est pas bien placé ; c’est que les forces s’y exercent mal ou s’y contrarient ; »
- Il précise qu’il ‘sent’ ce défaut avant même de pouvoir l’expliquer, signe d’une compétence incorporée : « je le sens avant de pouvoir l’expliquer, parce que je suis familier avec les mécaniques. »
- Il résume sa position : « Telle est mon esthétique, fondée, comme vous voyez, sur l’utile et la science de l’utile, » et note qu’elle est méprisée par ceux qui se disent ‘gens de goût’ : « mais elle est méprisée par les hommes de goût et par les femmes les plus cultivées. »
Source Quotes
Je n’entends pas seulement par là qu’elle est puissante et bien réglée, j’entends que la vue de cette locomotive produit en moi un sentiment agréable, immédiatement et sans réflexion. Cela tient sans doute à ceci, que les dimensions et la forme de cette machine et la position de ses rouages sont pour moi des signes que l’habitude me permet de comprendre sans effort. Quand vous lisez, vous ne faites pas attention aux lettres ni aux syllabes, ni même aux mots ; il vous semble que vous saisissez directement l’idée même ; eh bien, je crois que je lis les mécaniques de la même manière.
Cela tient sans doute à ceci, que les dimensions et la forme de cette machine et la position de ses rouages sont pour moi des signes que l’habitude me permet de comprendre sans effort. Quand vous lisez, vous ne faites pas attention aux lettres ni aux syllabes, ni même aux mots ; il vous semble que vous saisissez directement l’idée même ; eh bien, je crois que je lis les mécaniques de la même manière. De même une maison doit, à première vue, être saisie et comme devinée dans un seul regard, quand c’est un architecte qui regarde. « Qu’est-ce qu’un beau cheval, sinon un cheval dont on peut deviner la force et l’ardeur ?
Quand vous lisez, vous ne faites pas attention aux lettres ni aux syllabes, ni même aux mots ; il vous semble que vous saisissez directement l’idée même ; eh bien, je crois que je lis les mécaniques de la même manière. De même une maison doit, à première vue, être saisie et comme devinée dans un seul regard, quand c’est un architecte qui regarde. « Qu’est-ce qu’un beau cheval, sinon un cheval dont on peut deviner la force et l’ardeur ? Qu’est-ce qu’une belle femme, sinon une femme dont on est capable de dire, sans réflexion, mais non pas sans bonnes raisons, qu’elle se porte bien et qu’elle est capable d’avoir de beaux enfants ?
De même une maison doit, à première vue, être saisie et comme devinée dans un seul regard, quand c’est un architecte qui regarde. « Qu’est-ce qu’un beau cheval, sinon un cheval dont on peut deviner la force et l’ardeur ? Qu’est-ce qu’une belle femme, sinon une femme dont on est capable de dire, sans réflexion, mais non pas sans bonnes raisons, qu’elle se porte bien et qu’elle est capable d’avoir de beaux enfants ? Le dirigeable « Patrie », que j’ai observé ces jours, ne me paraît pas beau.
Qu’est-ce qu’une belle femme, sinon une femme dont on est capable de dire, sans réflexion, mais non pas sans bonnes raisons, qu’elle se porte bien et qu’elle est capable d’avoir de beaux enfants ? Le dirigeable « Patrie », que j’ai observé ces jours, ne me paraît pas beau. Savez-vous ce que j’en conclus ? C’est qu’il doit y avoir encore quelque chose là-dedans qui n’est pas bien placé ; c’est que les forces s’y exercent mal ou s’y contrarient ; je le sens avant de pouvoir l’expliquer, parce que je suis familier avec les mécaniques. Telle est mon esthétique, fondée, comme vous voyez, sur l’utile et la science de l’utile, mais elle est méprisée par les hommes de goût et par les femmes les plus cultivées. » Je lui dis : « Consolez-vous ; les hommes de goût et les femmes cultivées sont de pauvres moutons et de pauvres brebis qui suivent leur sentier ; leurs idées et leurs sentiments viennent d’imitation.
Savez-vous ce que j’en conclus ? C’est qu’il doit y avoir encore quelque chose là-dedans qui n’est pas bien placé ; c’est que les forces s’y exercent mal ou s’y contrarient ; je le sens avant de pouvoir l’expliquer, parce que je suis familier avec les mécaniques. Telle est mon esthétique, fondée, comme vous voyez, sur l’utile et la science de l’utile, mais elle est méprisée par les hommes de goût et par les femmes les plus cultivées. » Je lui dis : « Consolez-vous ; les hommes de goût et les femmes cultivées sont de pauvres moutons et de pauvres brebis qui suivent leur sentier ; leurs idées et leurs sentiments viennent d’imitation.
C’est qu’il doit y avoir encore quelque chose là-dedans qui n’est pas bien placé ; c’est que les forces s’y exercent mal ou s’y contrarient ; je le sens avant de pouvoir l’expliquer, parce que je suis familier avec les mécaniques. Telle est mon esthétique, fondée, comme vous voyez, sur l’utile et la science de l’utile, mais elle est méprisée par les hommes de goût et par les femmes les plus cultivées. » Je lui dis : « Consolez-vous ; les hommes de goût et les femmes cultivées sont de pauvres moutons et de pauvres brebis qui suivent leur sentier ; leurs idées et leurs sentiments viennent d’imitation. Pourquoi font-ils des tableaux et admirent-ils des tableaux ?
Key Concepts
- les dimensions et la forme de cette machine et la position de ses rouages sont pour moi des signes que l’habitude me permet de comprendre sans effort.
- Quand vous lisez, vous ne faites pas attention aux lettres ni aux syllabes, ni même aux mots ; il vous semble que vous saisissez directement l’idée même ; eh bien, je crois que je lis les mécaniques de la même manière.
- De même une maison doit, à première vue, être saisie et comme devinée dans un seul regard, quand c’est un architecte qui regarde.
- Qu’est-ce qu’un beau cheval, sinon un cheval dont on peut deviner la force et l’ardeur ?
- Qu’est-ce qu’une belle femme, sinon une femme dont on est capable de dire, sans réflexion, mais non pas sans bonnes raisons, qu’elle se porte bien et qu’elle est capable d’avoir de beaux enfants ?
- Le dirigeable « Patrie », que j’ai observé ces jours, ne me paraît pas beau. Savez-vous ce que j’en conclus ? C’est qu’il doit y avoir encore quelque chose là-dedans qui n’est pas bien placé ; c’est que les forces s’y exercent mal ou s’y contrarient ;
- je le sens avant de pouvoir l’expliquer, parce que je suis familier avec les mécaniques.
- Telle est mon esthétique, fondée, comme vous voyez, sur l’utile et la science de l’utile, mais elle est méprisée par les hommes de goût et par les femmes les plus cultivées.
Context
Discours central de l’Ingénieur dans CXLII : il développe une ‘esthétique de l’utile’ où la beauté est la lisibilité immédiate de la bonne organisation des forces dans les machines, les bâtiments et les êtres vivants, s’opposant à l’esthétique muséale dominante.