L’autonégation de la vie qui fonde la science galiléenne est un mouvement interne de la vie elle-même : un mode de vie se tourne contre le fait même de se sentir et de s’éprouver soi‑même, parce que, à partir du Souffrir primitif, naît en la vie un vouloir que cette souffrance ne soit plus elle‑même, et donc que la vie ne soit plus.

By Michel Henry, from Barbarism

Key Arguments

  • Henry redéfinit « se tourner contre la vie » non comme une visée théorique extérieure mais comme une manière de s’éprouver soi‑même qui souffre de ce qu’elle est : « Se tourner contre la vie, en tant quun certain mode de vie, celui-là notamment qui est le mode de vie galiléen, cest séprouver soi-même de telle façon quon souffre dêtre ce quon est, à savoir cela qui séprouve soi-même, plus exactement: le fait de séprouver soi-même, dêtre un vivant, dêtre la vie. »
  • Il fait dériver ce retournement d’une tonalité fondamentale de la vie : « Cest dans le souffrir primordial de la vie, identique à son essence, et comme une modalisation de ce souffrir, dans la souffrance quil porte en lui comme lune de ses possibilités principielles, que naît un certain vouloir, le vouloir de cette souffrance de nêtre plus elle-même et pour cela de nêtre plus la vie. »
  • Ce mouvement n’est pas mystérieux ni imposé du dehors : « Ce nest pas de façon énigmatique que se produit dans la vie le mouvement de son autonégation: bien plutôt saccomplit-il comme son propre mouvement, pour autant que, conduite à partir du Souffrir primitif dans la souffrance, plutôt que de sabandonner à celle-ci et à sa lente mutation dans son contraire, elle croit plus simple de sy opposer brutalement, de récuser cette souffrance et, du même coup, ce en quoi toute souffrance se déploie, le se sentir soi-même dune subjectivité et dune vie. »
  • Il en résulte que « lhorreur de la vie » vient de la vie elle‑même et non d’un regard extérieur portant sur un monde objectif : « Ainsi donc lhorreur de la vie procède toujours delle, non dun regard extérieur jeté sur son apparence objective, étrange, difforme ou maladroite: cest bien plutôt en elle-même, dans lune des tonalités par lesquelles elle passe nécessairement et qui sont comme les déclinaisons de son essence que senracine lidée folle de ne plus éprouver ce quelle éprouve, de congédier sa propre condition dêtre la vie. »

Source Quotes

se laisse alors saisir comme suit. Un mode de vie, le mode de vie scientifique au même titre que nimporte quel autre, cest donc une expérience au sens de la vie, cest une manière de se sentir et de séprouver soi-même. Quun tel mode de vie se tourne contre la vie veut dire: une façon de se sentir et de séprouver soi-même se tourne contre le fait même de se sentir et de séprouver soi-même.
Un mode de vie, le mode de vie scientifique au même titre que nimporte quel autre, cest donc une expérience au sens de la vie, cest une manière de se sentir et de séprouver soi-même. Quun tel mode de vie se tourne contre la vie veut dire: une façon de se sentir et de séprouver soi-même se tourne contre le fait même de se sentir et de séprouver soi-même. Maintenant «se tourner contre» ne désigne pas dabord une visée, une intention sise dans lek-stase dun voir, une considération, celle de quelque chose à quoi on se prendrait à réfléchir, à penser, sur quoi on porterait un jugement, positif ou négatif, négatif dans le cas qui nous occupe.
Maintenant «se tourner contre» ne désigne pas dabord une visée, une intention sise dans lek-stase dun voir, une considération, celle de quelque chose à quoi on se prendrait à réfléchir, à penser, sur quoi on porterait un jugement, positif ou négatif, négatif dans le cas qui nous occupe. Se tourner contre la vie, en tant quun certain mode de vie, celui-là notamment qui est le mode de vie galiléen, cest séprouver soi-même de telle façon quon souffre dêtre ce quon est, à savoir cela qui séprouve soi-même, plus exactement: le fait de séprouver soi-même, dêtre un vivant, dêtre la vie. Cest dans le souffrir primordial de la vie, identique à son essence, et comme une modalisation de ce souffrir, dans la souffrance quil porte en lui comme lune de ses possibilités principielles, que naît un certain vouloir, le vouloir de cette souffrance de nêtre plus elle-même et pour cela de nêtre plus la vie.
Se tourner contre la vie, en tant quun certain mode de vie, celui-là notamment qui est le mode de vie galiléen, cest séprouver soi-même de telle façon quon souffre dêtre ce quon est, à savoir cela qui séprouve soi-même, plus exactement: le fait de séprouver soi-même, dêtre un vivant, dêtre la vie. Cest dans le souffrir primordial de la vie, identique à son essence, et comme une modalisation de ce souffrir, dans la souffrance quil porte en lui comme lune de ses possibilités principielles, que naît un certain vouloir, le vouloir de cette souffrance de nêtre plus elle-même et pour cela de nêtre plus la vie. Ce nest pas de façon énigmatique que se produit dans la vie le mouvement de son autonégation: bien plutôt saccomplit-il comme son propre mouvement, pour autant que, conduite à partir du Souffrir primitif dans la souffrance, plutôt que de sabandonner à celle-ci et à sa lente mutation dans son contraire, elle croit plus simple de sy opposer brutalement, de récuser cette souffrance et, du même coup, ce en quoi toute souffrance se déploie, le se sentir soi-même dune subjectivité et dune vie.
Ce nest pas de façon énigmatique que se produit dans la vie le mouvement de son autonégation: bien plutôt saccomplit-il comme son propre mouvement, pour autant que, conduite à partir du Souffrir primitif dans la souffrance, plutôt que de sabandonner à celle-ci et à sa lente mutation dans son contraire, elle croit plus simple de sy opposer brutalement, de récuser cette souffrance et, du même coup, ce en quoi toute souffrance se déploie, le se sentir soi-même dune subjectivité et dune vie. Ainsi donc lhorreur de la vie procède toujours delle, non dun regard extérieur jeté sur son apparence objective, étrange, difforme ou maladroite: cest bien plutôt en elle-même, dans lune des tonalités par lesquelles elle passe nécessairement et qui sont comme les déclinaisons de son essence que senracine lidée folle de ne plus éprouver ce quelle éprouve, de congédier sa propre condition dêtre la vie. Pareille Idée est immanente à la science galiléenne, sans elle le projet de rejeter la sensibilité vivante naurait pu se faire jour.

Key Concepts

  • Un mode de vie, le mode de vie scientifique au même titre que nimporte quel autre, cest donc une expérience au sens de la vie, cest une manière de se sentir et de séprouver soi-même.
  • Quun tel mode de vie se tourne contre la vie veut dire: une façon de se sentir et de séprouver soi-même se tourne contre le fait même de se sentir et de séprouver soi-même.
  • Se tourner contre la vie, en tant quun certain mode de vie, celui-là notamment qui est le mode de vie galiléen, cest séprouver soi-même de telle façon quon souffre dêtre ce quon est, à savoir cela qui séprouve soi-même, plus exactement: le fait de séprouver soi-même, dêtre un vivant, dêtre la vie.
  • Cest dans le souffrir primordial de la vie, identique à son essence, et comme une modalisation de ce souffrir, dans la souffrance quil porte en lui comme lune de ses possibilités principielles, que naît un certain vouloir, le vouloir de cette souffrance de nêtre plus elle-même et pour cela de nêtre plus la vie.
  • Ainsi donc lhorreur de la vie procède toujours delle, non dun regard extérieur jeté sur son apparence objective, étrange, difforme ou maladroite: cest bien plutôt en elle-même, dans lune des tonalités par lesquelles elle passe nécessairement et qui sont comme les déclinaisons de son essence que senracine lidée folle de ne plus éprouver ce quelle éprouve, de congédier sa propre condition dêtre la vie.

Context

Début du passage : Henry explicite, en termes pathétiques, ce qu’il entend par « autonégation de la vie » dans la science moderne, en la rattachant au Souffrir primordial constitutif de la vie.