Le savoir scientifique, en tant que savoir de la conscience, est abstrait, objectif et intentionnel (relation à un objet là‑devant), alors que le savoir de la vie exclut toute ek‑stase, toute relation à l’objet et toute visibilité; il consiste en l’immanence subjective d’un pouvoir qui s’éprouve lui‑même.

By Michel Henry, from Barbarism

Key Arguments

  • Henry rappelle que « le savoir scientifique est abstrait, cest lintuition intellectuelle dun certain nombre de significations idéales », et qu’il est « objectif, en ce sens dabord quil est la connaissance dune objectivité ».
  • L’objectivité de ce savoir suppose que l’objectivité soit « dans cette condition dêtre là-devant, et ainsi de se montrer, et ainsi de pouvoir être atteinte par un regard, et ainsi de pouvoir être connue ».
  • À l’inverse, « le savoir de la vie nest objectif daucune façon ni en aucun sens, il na aucun objet », car « son essence nest pas cette relation » à l’objet.
  • Henry souligne que tant qu’un mouvement des mains est saisi comme « quelque chose dobjectif », l’action sur lui devient énigmatique et relève de la magie; seule l’inclusion dans la vie dissipe cette énigme.
  • Il définit alors positivement ce savoir : « Un tel savoir excluant de soi lek-stase de lobjectivité, un savoir qui ne voit rien et pour lequel il ny a rien à voir, qui consiste au contraire dans la subjectivité immanente de sa pure épreuve de soi et dans le pathos de cette épreuve, cest là justement le savoir de la vie. »
  • Cette caractérisation renforce la thèse précédente selon laquelle le savoir de la vie est pure auto-affection pathétique, sans intentionnalité ni monde.

Source Quotes

Regardons notre étudiant en biologie: ce nest pas le savoir scientifique qui lui permet dacquérir le savoir scientifique contenu dans le livre ce nest pas en vertu dun tel savoir quil meut ses mains ou ses yeux, ou quil concentre son esprit. Le savoir scientifique est abstrait, cest lintuition intellectuelle dun certain nombre de significations idéales. Mais lacte de mouvoir les mains nest rien dabstrait.
Mais lacte de mouvoir les mains nest rien dabstrait. Le savoir scientifique est objectif, en ce sens dabord quil est la connaissance dune objectivité. Laquelle nest perçue que pour autant quelle se trouve dans cette condition dêtre là-devant, et ainsi de se montrer, et ainsi de pouvoir être atteinte par un regard, et ainsi de pouvoir être connue.
Laquelle nest perçue que pour autant quelle se trouve dans cette condition dêtre là-devant, et ainsi de se montrer, et ainsi de pouvoir être atteinte par un regard, et ainsi de pouvoir être connue. Mais le savoir-mouvoir-les-mains, le savoir-tourner-les-yeux le savoir de la vie nest objectif daucune façon ni en aucun sens, il na aucun objet parce quil ne porte pas en lui la relation à lobjet, parce que son essence nest pas cette relation. Si le savoir inclus dans le mouvement de remuer les mains et le rendant possible avait un objet, en loccurrence ces mains et leur déplacement potentiel, ce mouvement des mains ne se produirait pas.
Le savoir se tiendrait devant lui comme devant quelque chose dobjectif, dont le séparerait à jamais la distance de lobjectivité, quil serait dans lincapacité de rejoindre jamais. Cest dans lexacte mesure où le mouvement des mains est considéré comme quelque chose dobjectif, et aussi longtemps quil lest, que la possibilité pour celui qui le contemple comme un ob-jet dagir sur lui et dabord de le déclencher apparaît comme énigmatique et relève de la magie. Et cest seulement en pénétrant dans la vie, en reconnaissant en elle lessence qui exclut de soi toute extériorité parce quelle exclut de soi toute relation à lobjet, toute intentionnalité et toute ek-stasis, quon fait se dissiper cette énigme.
Dans limmanence de sa subjectivité radicale seulement, et par elle, le pouvoir des mains, un pouvoir quelconque en général est possible cest-à-dire est en possession de soi et peut ainsi à tout moment se déployer. Un tel savoir excluant de soi lek-stase de lobjectivité, un savoir qui ne voit rien et pour lequel il ny a rien à voir, qui consiste au contraire dans la subjectivité immanente de sa pure épreuve de soi et dans le pathos de cette épreuve, cest là justement le savoir de la vie. Or le savoir de la vie (expression qui nous apparaît dès maintenant comme tautologique) nest pas seulement la condition externe du savoir scientifique, en ce sens que le savant doit savoir tourner les pages de son livre, il en est aussi la condition interne.

Key Concepts

  • Le savoir scientifique est abstrait, cest lintuition intellectuelle dun certain nombre de significations idéales.
  • Le savoir scientifique est objectif, en ce sens dabord quil est la connaissance dune objectivité.
  • Mais le savoir-mouvoir-les-mains, le savoir-tourner-les-yeux le savoir de la vie nest objectif daucune façon ni en aucun sens, il na aucun objet parce quil ne porte pas en lui la relation à lobjet, parce que son essence nest pas cette relation.
  • Cest dans lexacte mesure où le mouvement des mains est considéré comme quelque chose dobjectif, et aussi longtemps quil lest, que la possibilité pour celui qui le contemple comme un ob-jet dagir sur lui et dabord de le déclencher apparaît comme énigmatique et relève de la magie.
  • Un tel savoir excluant de soi lek-stase de lobjectivité, un savoir qui ne voit rien et pour lequel il ny a rien à voir, qui consiste au contraire dans la subjectivité immanente de sa pure épreuve de soi et dans le pathos de cette épreuve, cest là justement le savoir de la vie.

Context

Développement conceptuel suivant l’exemple de l’étudiant : Henry oppose systématiquement les structures du savoir scientifique (abstraction, objectivité, visibilité) à celles du savoir de la vie (immanence, absence d’objet, pathos).