Le sentiment et l’affectivité ne peuvent jamais être donnés dans une évidence apodictique : ce qui fait d’eux des sentiments est justement leur impossibilité de se présenter comme des objets stables dans l’ek‑stase d’un voir, par opposition aux idéalités mathématiques, seules à pouvoir être retrouvées identiques dans le temps.

By Michel Henry, from Barbarism

Key Arguments

  • Henry dénonce une erreur de la philosophie classique, reprise par Husserl, qui voudrait faire du sentiment l’objet d’une évidence apodictique : « Ce serait une erreur grossière, faisons-le remarquer en passant, même si cette erreur a été celle de la philosophie classique avant dêtre partagée par Husserl lui-même, que de simaginer que si le sentiment doit se présenter à son tour comme une certitude, cest à la condition dêtre donné lui aussi dans lévidence de ce qui ne peut pas être autrement, dans une évidence apodictique. »
  • Il définit au contraire la spécificité du sentiment par sa non‑donation dans un voir ekstatique : « Ce qui fait justement de lui un sentiment, cest quil nest pas et ne peut être donné de cette façon, ne se révélant jamais dans une évidence, dans lek-stase dun voir. »
  • De là, il suit que le sentiment ne peut pas être le « donné stable et permanent » susceptible d’être retrouvé identique dans des retours intentionnels répétés, contrairement à l’idéalité mathématique : « Pour cette raison il nest jamais non plus et ne peut être le donné stable et permanent ne pouvant être autrement de ce voir, ce quon sera à même de retrouver dans son identité avec soi chaque fois quon posera de nouveau le regard sur lui, ce qui traversera le temps, dans cette identité avec soi, défiant le changement et la mort. Or cet être stable et permanent et comme tel «réel» et «vrai», le seul être réel et le seul vrai, cest lêtre mathématique une idéalité, avec son caractère domnitemporalité que la pensée classique tenait pour une vérité éternelle et Galilée pour lêtre véritable de la nature. »

Source Quotes

Il y a donc un pathos de lévidence contraignante, lequel ne motive pas seulement de façon secrète le choix quont fait de leur vie les mathématiciens: il coïncide en vérité avec lactivité mathématique elle-même, cest un sentiment éprouvé devant ce qui se donne de telle façon quil ne peut pas être autrement, le sentiment de lapodicticité en quelque sorte. Ce serait une erreur grossière, faisons-le remarquer en passant, même si cette erreur a été celle de la philosophie classique avant dêtre partagée par Husserl lui-même, que de simaginer que si le sentiment doit se présenter à son tour comme une certitude, cest à la condition dêtre donné lui aussi dans lévidence de ce qui ne peut pas être autrement, dans une évidence apodictique. Ce qui fait justement de lui un sentiment, cest quil nest pas et ne peut être donné de cette façon, ne se révélant jamais dans une évidence, dans lek-stase dun voir.
Ce serait une erreur grossière, faisons-le remarquer en passant, même si cette erreur a été celle de la philosophie classique avant dêtre partagée par Husserl lui-même, que de simaginer que si le sentiment doit se présenter à son tour comme une certitude, cest à la condition dêtre donné lui aussi dans lévidence de ce qui ne peut pas être autrement, dans une évidence apodictique. Ce qui fait justement de lui un sentiment, cest quil nest pas et ne peut être donné de cette façon, ne se révélant jamais dans une évidence, dans lek-stase dun voir. Pour cette raison il nest jamais non plus et ne peut être le donné stable et permanent ne pouvant être autrement de ce voir, ce quon sera à même de retrouver dans son identité avec soi chaque fois quon posera de nouveau le regard sur lui, ce qui traversera le temps, dans cette identité avec soi, défiant le changement et la mort.
Ce qui fait justement de lui un sentiment, cest quil nest pas et ne peut être donné de cette façon, ne se révélant jamais dans une évidence, dans lek-stase dun voir. Pour cette raison il nest jamais non plus et ne peut être le donné stable et permanent ne pouvant être autrement de ce voir, ce quon sera à même de retrouver dans son identité avec soi chaque fois quon posera de nouveau le regard sur lui, ce qui traversera le temps, dans cette identité avec soi, défiant le changement et la mort. Or cet être stable et permanent et comme tel «réel» et «vrai», le seul être réel et le seul vrai, cest lêtre mathématique une idéalité, avec son caractère domnitemporalité que la pensée classique tenait pour une vérité éternelle et Galilée pour lêtre véritable de la nature.
Pour cette raison il nest jamais non plus et ne peut être le donné stable et permanent ne pouvant être autrement de ce voir, ce quon sera à même de retrouver dans son identité avec soi chaque fois quon posera de nouveau le regard sur lui, ce qui traversera le temps, dans cette identité avec soi, défiant le changement et la mort. Or cet être stable et permanent et comme tel «réel» et «vrai», le seul être réel et le seul vrai, cest lêtre mathématique une idéalité, avec son caractère domnitemporalité que la pensée classique tenait pour une vérité éternelle et Galilée pour lêtre véritable de la nature. Seulement cet être stable et véritable, toujours identique à lui-même et comme tel réel, il nest rien de réel justement, mais une idéalité, il nexiste pas en soi mais comme un produit, le produit de ce qui ne revêt jamais cette condition dêtre là dans lek-stase dun voir mais seulement, en tant quauto-affection de cette ek-stase, la forme du sentiment et de la vie.

Key Concepts

  • Ce serait une erreur grossière, faisons-le remarquer en passant, même si cette erreur a été celle de la philosophie classique avant dêtre partagée par Husserl lui-même, que de simaginer que si le sentiment doit se présenter à son tour comme une certitude, cest à la condition dêtre donné lui aussi dans lévidence de ce qui ne peut pas être autrement, dans une évidence apodictique.
  • Ce qui fait justement de lui un sentiment, cest quil nest pas et ne peut être donné de cette façon, ne se révélant jamais dans une évidence, dans lek-stase dun voir.
  • Pour cette raison il nest jamais non plus et ne peut être le donné stable et permanent ne pouvant être autrement de ce voir, ce quon sera à même de retrouver dans son identité avec soi chaque fois quon posera de nouveau le regard sur lui, ce qui traversera le temps, dans cette identité avec soi, défiant le changement et la mort.
  • Or cet être stable et permanent et comme tel «réel» et «vrai», le seul être réel et le seul vrai, cest lêtre mathématique une idéalité, avec son caractère domnitemporalité que la pensée classique tenait pour une vérité éternelle et Galilée pour lêtre véritable de la nature.

Context

Sur fond de l’analyse du pathos de l’évidence mathématique, Henry marque l’hétérogénéité radicale entre l’affectivité et l’évidence apodictique, en prenant à partie la tradition philosophique et Husserl.