Les « essences originelles » des opérations scientifiques (conception, idéation, abstraction, analyse, etc.) ne sont pas des idéalités transcendantales données à une theoria, mais des potentialités pratiques de la vie elle‑même ; la vie s’identifie à ces pouvoirs‑faire et, en les exerçant, porte les opérations scientifiques à leur accomplissement, de sorte que, envisagée à partir de ces prestations vécues, la science est une forme de culture fondée dans la praxis, soumise à un devenir et à un progrès habituel des capacités de l’esprit.

By Michel Henry, from Barbarism

Key Arguments

  • Henry refuse de considérer les effets transcendantaux de la vie comme de simples « data » idéaux : « En tant que modalités vivantes de la subjectivité absolue, les prestations scientifiques ne lui appartiennent pas simplement comme certaines de ses déterminations, à titre deffectuations incontestables, celles-ci ne sont pas ce quelles sont dans une sorte de factualité transcendantale de degré supérieur quil faudrait bien reconnaître pour peu quon en ait les moyens. Pas davantage les «essences» quelles actualisent ne sont-elles, elles non plus, des sortes de data, des propriétés opaques de cette vie: ce sont ses possibilités, la vie habite en elles et les détient comme ses propres pouvoirs, comme ce quelle peut faire, nétant rien dautre que ce pouvoir-faire lui-même. »
  • Il soutient que les essences originelles ne sont pas d’abord les corrélats d’une intuition eidétique mais des déterminations pratiques primitives : « Pour autant quelles constituent les potentialités phénoménologiques de la vie, les essences ne se proposent pas dabord comme les corrélats dune intuition eidétique, cest à tort quon attribue à celle-ci la capacité de les rendre manifestes et ainsi de les poser initialement dans lêtre. Les essences originelles ne sont rien didéal, rien de transcendant. Ce sont les déterminations pratiques primitives de la vie et à ce titre non pas des données, lob-jet dun voir, le corrélat dune theoria, mais des potentialités justement, ce dont lêtre sessencifie dans une praxis et sous cette forme seulement, comme une détermination de celle-ci. »
  • Il inclut explicitement les essences de la conception, de l’idéation et de l’abstraction dans ces potentialités pratiques : « Cest précisément parce que les essences originelles les essences de la conception, de lidéation, de labstraction notamment sont des modalités de la praxis et ainsi de la vie elle-même que celle-ci est en mesure de les déployer, quelle les tient constamment à sa disposition, comme ses propres possibilités et ce quelle conduit à lacte chaque fois et aussi souvent quelle le veut. »
  • La vie ne peut effectuer les opérations constitutives du savoir scientifique que parce qu’elle s’identifie à elles et définit son être réel par elles : « Concevoir, idéaliser, abstraire mais aussi bien contempler, analyser, thématiser, etc., la vie nest susceptible de le faire, deffectuer ces opérations constitutives du savoir scientifique que parce quelle sidentifie à ces opérations, parce que les essences dont elles sont lactualisation constituent sa propre essence à elle, ce avec quoi elle sidentifie, dont elle définit lêtre-réel, lauto-affection, de façon à coïncider avec ces capacités fondamentales de lintelligence et à pouvoir les mettre en œuvre. »
  • Il en déduit une redéfinition de la science comme forme de culture, lorsqu’on la rapporte à ces prestations transcendantales pratiques : « dans la mesure où les opérations constitutives de la science sont des modalités de la vie absolue au sens qui vient dêtre dit, au sens dun exercice des potentialités de cette vie, de leur mise en œuvre et de leur mise à lépreuve, où elles sont leur être-pratique porté dans cette pratique et par elle à son plus haut degré possible de réalisation, à son accomplissement et à son accroissement, alors la science, considérée non pas seulement de façon restrictive comme le champ de ses objectivités idéales mais à partir des prestations transcendantales qui les produisent et qui ne sont elles-mêmes que lactualisation de certaines potentialités phénoménologiques originelles de la subjectivité absolue, la science ainsi comprise dans sa pleine concrétion nest rien dautre quune forme de culture. »
  • Il précise les traits ontologiques communs à toute réalité définie par la praxis, que la science partage : « A la culture elle emprunte son site ontologique, celui de la praxis et, du même coup, les caractères qui appartiennent à toute «réalité» définie par la pratique et comme pratique, à savoir: 1) le caractère de nêtre pas à la manière dune substance ou dune chose mais seulement comme effectuation dune potentialité, laquelle trouve son essence suprême dans la possibilité de toute potentialité, dans lauto-affection; 2) le caractère dun devenir tenant à ceci que toute effectuation est plus ou moins parfaite et que, dans sa répétition indéfinie, elle détermine un habitus servant dacquis et de substrat pour des effectuations ultérieures. »
  • Enfin, il applique cette structure à l’« esprit » scientifique et à la capacité de saisir des idéalités, qui progresse par exercice : « Ce nest pas seulement lœil sensible qui est un œil grossier ou raffiné. La capacité de saisir des idéalités, de subsumer un donné sensible sous une relation idéale susceptible de lexpliquer, de le rapporter par exemple à un genre qui rende compte de ses propriétés et ainsi qui lillumine dans un mode de présentation plus éclairant cette capacité, elle aussi, est prise dans lhistoire dun progrès, le mode de son accomplissement est celui dun exercice, cest un mode pratique. »

Source Quotes

En tant que modalités vivantes de la subjectivité absolue, les prestations scientifiques ne lui appartiennent pas simplement comme certaines de ses déterminations, à titre deffectuations incontestables, celles-ci ne sont pas ce quelles sont dans une sorte de factualité transcendantale de degré supérieur quil faudrait bien reconnaître pour peu quon en ait les moyens. Pas davantage les «essences» quelles actualisent ne sont-elles, elles non plus, des sortes de data, des propriétés opaques de cette vie: ce sont ses possibilités, la vie habite en elles et les détient comme ses propres pouvoirs, comme ce quelle peut faire, nétant rien dautre que ce pouvoir-faire lui-même. Pour autant quelles constituent les potentialités phénoménologiques de la vie, les essences ne se proposent pas dabord comme les corrélats dune intuition eidétique, cest à tort quon attribue à celle-ci la capacité de les rendre manifestes et ainsi de les poser initialement dans lêtre.
Pour autant quelles constituent les potentialités phénoménologiques de la vie, les essences ne se proposent pas dabord comme les corrélats dune intuition eidétique, cest à tort quon attribue à celle-ci la capacité de les rendre manifestes et ainsi de les poser initialement dans lêtre. Les essences originelles ne sont rien didéal, rien de transcendant. Ce sont les déterminations pratiques primitives de la vie et à ce titre non pas des données, lob-jet dun voir, le corrélat dune theoria, mais des potentialités justement, ce dont lêtre sessencifie dans une praxis et sous cette forme seulement, comme une détermination de celle-ci. Cest précisément parce que les essences originelles les essences de la conception, de lidéation, de labstraction notamment sont des modalités de la praxis et ainsi de la vie elle-même que celle-ci est en mesure de les déployer, quelle les tient constamment à sa disposition, comme ses propres possibilités et ce quelle conduit à lacte chaque fois et aussi souvent quelle le veut.
Ce sont les déterminations pratiques primitives de la vie et à ce titre non pas des données, lob-jet dun voir, le corrélat dune theoria, mais des potentialités justement, ce dont lêtre sessencifie dans une praxis et sous cette forme seulement, comme une détermination de celle-ci. Cest précisément parce que les essences originelles les essences de la conception, de lidéation, de labstraction notamment sont des modalités de la praxis et ainsi de la vie elle-même que celle-ci est en mesure de les déployer, quelle les tient constamment à sa disposition, comme ses propres possibilités et ce quelle conduit à lacte chaque fois et aussi souvent quelle le veut. Car dun ob-jet on peut seulement acquérir la vue, poursuivre lanalyse, on peut le thématiser ou détourner de lui le regard.
Car dun ob-jet on peut seulement acquérir la vue, poursuivre lanalyse, on peut le thématiser ou détourner de lui le regard. Concevoir, idéaliser, abstraire mais aussi bien contempler, analyser, thématiser, etc., la vie nest susceptible de le faire, deffectuer ces opérations constitutives du savoir scientifique que parce quelle sidentifie à ces opérations, parce que les essences dont elles sont lactualisation constituent sa propre essence à elle, ce avec quoi elle sidentifie, dont elle définit lêtre-réel, lauto-affection, de façon à coïncider avec ces capacités fondamentales de lintelligence et à pouvoir les mettre en œuvre. Dans la mesure où les opérations constitutives de la science sont des modalités de la vie absolue au sens qui vient dêtre dit, au sens dun exercice des potentialités de cette vie, de leur mise en œuvre et de leur mise à lépreuve, où elles sont leur être-pratique porté dans cette pratique et par elle à son plus haut degré possible de réalisation, à son accomplissement et à son accroissement, alors la science, considérée non pas seulement de façon restrictive comme le champ de ses objectivités idéales mais à partir des prestations transcendantales qui les produisent et qui ne sont elles-mêmes que lactualisation de certaines potentialités phénoménologiques originelles de la subjectivité absolue, la science ainsi comprise dans sa pleine concrétion nest rien dautre quune forme de culture.
Concevoir, idéaliser, abstraire mais aussi bien contempler, analyser, thématiser, etc., la vie nest susceptible de le faire, deffectuer ces opérations constitutives du savoir scientifique que parce quelle sidentifie à ces opérations, parce que les essences dont elles sont lactualisation constituent sa propre essence à elle, ce avec quoi elle sidentifie, dont elle définit lêtre-réel, lauto-affection, de façon à coïncider avec ces capacités fondamentales de lintelligence et à pouvoir les mettre en œuvre. Dans la mesure où les opérations constitutives de la science sont des modalités de la vie absolue au sens qui vient dêtre dit, au sens dun exercice des potentialités de cette vie, de leur mise en œuvre et de leur mise à lépreuve, où elles sont leur être-pratique porté dans cette pratique et par elle à son plus haut degré possible de réalisation, à son accomplissement et à son accroissement, alors la science, considérée non pas seulement de façon restrictive comme le champ de ses objectivités idéales mais à partir des prestations transcendantales qui les produisent et qui ne sont elles-mêmes que lactualisation de certaines potentialités phénoménologiques originelles de la subjectivité absolue, la science ainsi comprise dans sa pleine concrétion nest rien dautre quune forme de culture. A la culture elle emprunte son site ontologique, celui de la praxis et, du même coup, les caractères qui appartiennent à toute «réalité» définie par la pratique et comme pratique, à savoir: 1) le caractère de nêtre pas à la manière dune substance ou dune chose mais seulement comme effectuation dune potentialité, laquelle trouve son essence suprême dans la possibilité de toute potentialité, dans lauto-affection; 2) le caractère dun devenir tenant à ceci que toute effectuation est plus ou moins parfaite et que, dans sa répétition indéfinie, elle détermine un habitus servant dacquis et de substrat pour des effectuations ultérieures.
Dans la mesure où les opérations constitutives de la science sont des modalités de la vie absolue au sens qui vient dêtre dit, au sens dun exercice des potentialités de cette vie, de leur mise en œuvre et de leur mise à lépreuve, où elles sont leur être-pratique porté dans cette pratique et par elle à son plus haut degré possible de réalisation, à son accomplissement et à son accroissement, alors la science, considérée non pas seulement de façon restrictive comme le champ de ses objectivités idéales mais à partir des prestations transcendantales qui les produisent et qui ne sont elles-mêmes que lactualisation de certaines potentialités phénoménologiques originelles de la subjectivité absolue, la science ainsi comprise dans sa pleine concrétion nest rien dautre quune forme de culture. A la culture elle emprunte son site ontologique, celui de la praxis et, du même coup, les caractères qui appartiennent à toute «réalité» définie par la pratique et comme pratique, à savoir: 1) le caractère de nêtre pas à la manière dune substance ou dune chose mais seulement comme effectuation dune potentialité, laquelle trouve son essence suprême dans la possibilité de toute potentialité, dans lauto-affection; 2) le caractère dun devenir tenant à ceci que toute effectuation est plus ou moins parfaite et que, dans sa répétition indéfinie, elle détermine un habitus servant dacquis et de substrat pour des effectuations ultérieures. Ce nest pas seulement lœil sensible qui est un œil grossier ou raffiné.
Ce nest pas seulement lœil sensible qui est un œil grossier ou raffiné. La capacité de saisir des idéalités, de subsumer un donné sensible sous une relation idéale susceptible de lexpliquer, de le rapporter par exemple à un genre qui rende compte de ses propriétés et ainsi qui lillumine dans un mode de présentation plus éclairant cette capacité, elle aussi, est prise dans lhistoire dun progrès, le mode de son accomplissement est celui dun exercice, cest un mode pratique. A cet égard lesprit, et par là nous entendons plus spécialement lensemble des potentialités connaissantes de la subjectivité absolue, est bien,

Key Concepts

  • Pas davantage les «essences» quelles actualisent ne sont-elles, elles non plus, des sortes de data, des propriétés opaques de cette vie: ce sont ses possibilités, la vie habite en elles et les détient comme ses propres pouvoirs, comme ce quelle peut faire, nétant rien dautre que ce pouvoir-faire lui-même.
  • Les essences originelles ne sont rien didéal, rien de transcendant. Ce sont les déterminations pratiques primitives de la vie et à ce titre non pas des données, lob-jet dun voir, le corrélat dune theoria, mais des potentialités justement, ce dont lêtre sessencifie dans une praxis et sous cette forme seulement, comme une détermination de celle-ci.
  • les essences originelles les essences de la conception, de lidéation, de labstraction notamment sont des modalités de la praxis et ainsi de la vie elle-même que celle-ci est en mesure de les déployer, quelle les tient constamment à sa disposition, comme ses propres possibilités
  • la vie nest susceptible de le faire, deffectuer ces opérations constitutives du savoir scientifique que parce quelle sidentifie à ces opérations, parce que les essences dont elles sont lactualisation constituent sa propre essence à elle
  • la science ainsi comprise dans sa pleine concrétion nest rien dautre quune forme de culture.
  • A la culture elle emprunte son site ontologique, celui de la praxis
  • La capacité de saisir des idéalités, de subsumer un donné sensible sous une relation idéale susceptible de lexpliquer, de le rapporter par exemple à un genre qui rende compte de ses propriétés et ainsi qui lillumine dans un mode de présentation plus éclairant cette capacité, elle aussi, est prise dans lhistoire dun progrès, le mode de son accomplissement est celui dun exercice, cest un mode pratique.

Context

Fin de l’extrait : Henry approfondit sa phénoménologie matérielle des opérations scientifiques en les reconduisant à des essences pratiques de la vie, et en tire la conséquence que la science, en tant qu’exercice de ces potentialités, relève de la culture et du devenir habituel de l’esprit.