L’essence originelle de la tekhnê n’est pas un schème idéal mais la praxis auto‑affective de la vie elle‑même, qui s’individualise dans l’ipséité et trouve sa figure première dans le Corps subjectif en effort contre la Terre.

By Michel Henry, from Barbarism

Key Arguments

  • Henry refuse de comprendre la tekhnê comme essence idéale « flottant quelque part devant nous, dans un espace intelligible » et affirme qu’« En tant que praxis sauto-affectant elle-même, elle se détermine et s’individualise dans cette auto-affection et par elle ».
  • Tout ce qui s’auto-affecte se détermine comme singulier et individuel : « Car tout ce qui se sent et s’éprouve soi-même se sent et s’éprouve nécessairement non seulement de telle ou telle manière mais encore en tant que ceci ou cela, sous la forme d’une expérience singulière par conséquent; celle-ci est encore, par nature, une expérience individuelle, s’il est vrai que l’essence de l’auto-affection est celle de l’ipséité. »
  • Cette praxis déterminée et individuelle n’est autre que le Corps : « Cette praxis déterminée, singulière et individuelle, c’est notre Corps. »
  • Henry décrit le Corps comme exercice immanent d’une force qui s’auto‑affecte et rencontre une double résistance : d’abord celle « des systèmes phénoménologiques internes » qui cèdent à l’effort et constituent le « corps organique », puis celle de la Terre comme « ligne de résistance absolue » où l’effort « vient se briser ».
  • Il définit l’essence originelle de la tekhnê comme système conjoint du Corps subjectif, du corps organique et de la Terre en résistance : « Le système d’ensemble formé par mon corps en mouvement et faisant effort [...] par la Terre enfin qui refuse de plier à son tour et s’oppose à l’effort [...] telle est l’essence originelle de la tekhnê. »
  • Il en déduit que « le savoir-faire originel est la praxis et ainsi la vie elle-même puisque c’est dans la vie que la praxis se connaît », ce qui identifie la tekhnê originaire à la vie auto‑affective.

Source Quotes

Comment comprendre alors, à partir de la vie elle-même, lémergence du processus dont elle va être chassée et qui, sous laspect dun réseau de dispositifs et de procédés objectifs, entreprend sous nos yeux la dévastation du monde qui lui appartient comme monde-de-la-vie? Lessence originelle de la tekhnê nest pas une essence idéale flottant quelque part devant nous, dans un espace intelligible: elle nest cela quaux yeux de la théorie. En tant que praxis sauto-affectant elle-même, elle se détermine et sindividualise dans cette auto-affection et par elle. Car tout ce qui se sent et séprouve soi-même se sent et séprouve nécessairement non seulement de telle ou telle manière mais encore en tant que ceci ou cela, sous la forme dune expérience singulière par conséquent; celle-ci est encore, par nature, une expérience individuelle, sil est vrai que lessence de lauto-affection est celle de lipséité.
En tant que praxis sauto-affectant elle-même, elle se détermine et sindividualise dans cette auto-affection et par elle. Car tout ce qui se sent et séprouve soi-même se sent et séprouve nécessairement non seulement de telle ou telle manière mais encore en tant que ceci ou cela, sous la forme dune expérience singulière par conséquent; celle-ci est encore, par nature, une expérience individuelle, sil est vrai que lessence de lauto-affection est celle de lipséité. Cette praxis déterminée, singulière et individuelle, cest notre Corps.
Car tout ce qui se sent et séprouve soi-même se sent et séprouve nécessairement non seulement de telle ou telle manière mais encore en tant que ceci ou cela, sous la forme dune expérience singulière par conséquent; celle-ci est encore, par nature, une expérience individuelle, sil est vrai que lessence de lauto-affection est celle de lipséité. Cette praxis déterminée, singulière et individuelle, cest notre Corps. Dans lexercice immanent de sa force qui sauto-affecte et ne cesse de sauto-affecter elle-même, le corps se heurte à une première résistance, celle des systèmes phénoménologiques internes qui cèdent à son effort et constituent notre «corps organique», soit lensemble de nos «organes», non pas tels quils peuvent apparaître à une connaissance objective quelconque mais tels précisément que nous les vivons à lintérieur de notre corps subjectif comme les termes de notre effort, comme ces «configurations» primitives dont tout lêtre consiste dans leur être-donné-à-leffort et sépuise en lui.
Cette praxis déterminée, singulière et individuelle, cest notre Corps. Dans lexercice immanent de sa force qui sauto-affecte et ne cesse de sauto-affecter elle-même, le corps se heurte à une première résistance, celle des systèmes phénoménologiques internes qui cèdent à son effort et constituent notre «corps organique», soit lensemble de nos «organes», non pas tels quils peuvent apparaître à une connaissance objective quelconque mais tels précisément que nous les vivons à lintérieur de notre corps subjectif comme les termes de notre effort, comme ces «configurations» primitives dont tout lêtre consiste dans leur être-donné-à-leffort et sépuise en lui. En second lieu, au sein même de cette zone de résistance relative offerte par le corps organique, la pression qui pèse sur elle et la fait céder progressivement, soit la mise en œuvre des pouvoirs du corps subjectif, se heurte à un obstacle qui ne cède plus.
En second lieu, au sein même de cette zone de résistance relative offerte par le corps organique, la pression qui pèse sur elle et la fait céder progressivement, soit la mise en œuvre des pouvoirs du corps subjectif, se heurte à un obstacle qui ne cède plus. Cette ligne de résistance absolue se donnant à sentir en sa continuité au cœur même du corps organique et comme la limite insurpassable de son déploiement, cest la Terre telle que nous la vivons, ici encore, cest-à-dire telle que nous léprouvons à lintérieur du mouvement corporel subjectif qui, dans leffort même quil fait pour la repousser et la vaincre, vient se briser contre elle. Le système densemble formé par mon corps en mouvement et faisant effort, mon Corps immanent absolument subjectif et absolument vivant par le corps organique qui se creuse et ploie sous son effort par la Terre enfin qui refuse de plier à son tour et soppose à leffort, se donnant en lui comme ce quil ne peut plus vaincre ni faire céder, telle est lessence originelle de la tekhnê.
Tout savoir-faire quel quil soit et quelles quen soient les formes porte en lui ce savoir originel qui trouve son essence dans le faire et ultimement dans la subjectivité de celui-ci. Le savoir-faire originel est la praxis et ainsi la vie elle-même puisque cest dans la vie que la praxis se connaît, cest en elle quelle est le savoir-faire originel qui constitue lessence originelle de la technique. Comment comprendre alors, à partir de la vie elle-même, lémergence du processus dont elle va être chassée et qui, sous laspect dun réseau de dispositifs et de procédés objectifs, entreprend sous nos yeux la dévastation du monde qui lui appartient comme monde-de-la-vie?
Cette ligne de résistance absolue se donnant à sentir en sa continuité au cœur même du corps organique et comme la limite insurpassable de son déploiement, cest la Terre telle que nous la vivons, ici encore, cest-à-dire telle que nous léprouvons à lintérieur du mouvement corporel subjectif qui, dans leffort même quil fait pour la repousser et la vaincre, vient se briser contre elle. Le système densemble formé par mon corps en mouvement et faisant effort, mon Corps immanent absolument subjectif et absolument vivant par le corps organique qui se creuse et ploie sous son effort par la Terre enfin qui refuse de plier à son tour et soppose à leffort, se donnant en lui comme ce quil ne peut plus vaincre ni faire céder, telle est lessence originelle de la tekhnê. Si difficile est pour le Corps subjectif radicalement immanent en lequel je me tiens en tant que le Je Peux fondamental que je suis la tâche de faire céder et pour ainsi dire reculer la Terre, et cela de par la mise en œuvre de ses pouvoirs propres, quil a inventé des instruments, cest-à-dire arraché à la Terre des éléments lui appartenant afin de les tourner contre elle, se servant deux pour la creuser, la déplacer, la modifier de multiples manières, lui imprimer une forme nouvelle.

Key Concepts

  • Lessence originelle de la tekhnê nest pas une essence idéale flottant quelque part devant nous, dans un espace intelligible: elle nest cela quaux yeux de la théorie. En tant que praxis sauto-affectant elle-même, elle se détermine et sindividualise dans cette auto-affection et par elle.
  • Car tout ce qui se sent et séprouve soi-même se sent et séprouve nécessairement non seulement de telle ou telle manière mais encore en tant que ceci ou cela, sous la forme dune expérience singulière par conséquent; celle-ci est encore, par nature, une expérience individuelle, sil est vrai que lessence de lauto-affection est celle de lipséité.
  • Cette praxis déterminée, singulière et individuelle, cest notre Corps.
  • le corps se heurte à une première résistance, celle des systèmes phénoménologiques internes qui cèdent à son effort et constituent notre «corps organique»
  • Cette ligne de résistance absolue se donnant à sentir en sa continuité au cœur même du corps organique et comme la limite insurpassable de son déploiement, cest la Terre telle que nous la vivons
  • le savoir-faire originel est la praxis et ainsi la vie elle-même puisque cest dans la vie que la praxis se connaît
  • Le système densemble formé par mon corps en mouvement et faisant effort, mon Corps immanent absolument subjectif et absolument vivant par le corps organique qui se creuse et ploie sous son effort par la Terre enfin qui refuse de plier à son tour et soppose à leffort, se donnant en lui comme ce quil ne peut plus vaincre ni faire céder, telle est lessence originelle de la tekhnê.

Context

Début de la séquence : Henry remonte à l’« essence originelle de la tekhnê » pour en donner une définition phénoménologico-matérielle à partir de la vie et du Corps en effort contre la Terre.