Pour penser réellement la relation de la science et de la culture, il faut comprendre la subjectivité scientifique comme vie auto‑affective : les opérations constitutives de la science (concevoir, idéaliser, abstraire, analyser, etc.) sont des modalités pratiques de la vie absolue, des expériences immanentes dotées de tonalités propres, de sorte que parler d’une « vie scientifique » n’a rien de métaphorique.
By Michel Henry, from Barbarism
Key Arguments
- Henry affirme qu’il ne suffit pas de souligner la nature subjective de l’activité scientifique ou l’acte galiléen d’idéalisation ; il faut reconduire cette subjectivité à la vie : « Il ne suffit donc pas pour penser la relation de la science et de la culture de souligner la nature subjective de lactivité scientifique en tant que telle, et notamment de son origine galiléenne à savoir le proto-acte par lequel la conscience a substitué au donné empirique son idéalisation géométrique […] Il faut encore comprendre cette subjectivité comme la vie, de telle manière que les prestations transcendantales qui font ou plutôt qui sont la science se laissent reconnaître comme des modalités de la vie absolue, au même titre que les créations de lart par exemple, et ainsi comme des phénomènes de culture, au même titre que les phénomènes de lart. »
- Il soutient que les opérations de la subjectivité scientifique sont des expériences de vie auto‑affectives : « Que les opérations de la subjectivité scientifique appartiennent à la vie comme certaines de ses modalités, cela veut dire que, bien que mises hors jeu par la réduction galiléenne en même temps que tout ce qui est subjectif et que la subjectivité elle-même en général, elles nen subsistent pas moins là où elles sont, avec les propriétés qui sont les leurs: ce sont des expériences, au sens de la vie justement. »
- Ces opérations ne sont pas seulement des intentions dirigées vers des idéalités, mais des intentions qui s’éprouvent elles-mêmes : « Ce ne sont pas seulement des intentions dirigées sur les idéalités, leurs régulations et leurs implications, ces intentionnalités scientifiques saffectent elles-mêmes et ne sont possibles que comme telles, puisque le voir qui vit en elles et qui connaît est un voir qui se sent voir, une vision qui séprouve en tant que vision et ne voit quà cette condition et dans cette forme. »
- Il en conclut que l’expression « vie scientifique » n’est pas une métaphore contingente liée au fait que des hommes font la science : « Parler dune vie scientifique, dune vie du savant en tant que savant, nest donc pas une métaphore, une allusion à ce qui ne serait quun simple accompagnement empirique de la science elle-même, une adjonction à son être propre adjonction tenant à ce fait contingent quaprès tout la science est faite par des hommes. Cette science comme tout savoir et comme tout voir nest justement possible que comme vie, elle ne se résorbe nullement dans lempire objectif de ses objets et de ses théories: toutes ses productions, en dépit de leur objectivité et de leur universalité, sont des productions au sens strict du mot, elles renvoient à une vie transcendantale sans laquelle elles ne seraient pas. »
- Il note enfin que chaque acte scientifique effectif est une effectuation singulière, avec sa tonalité propre, et non une simple occurrence anonyme d’un type eidétique : « Parce que les prestations scientifiques sont vivantes et ainsi des expériences en un sens originel, elles sactualisent nécessairement sous la forme de modalités déterminées, elles sont ce quelles sont, chacune avec sa tonalité propre, dans sa différence davec toutes les autres. Ce ne sont pas seulement des intuitions idéales, des inférences, des hypothèses, des prémisses, des conséquences, etc., toutes soumises à une typologie eidétique qui confère à la vie prédicative son style propre; mais chaque effectuation correspondant à lun de ces types est une effectuation singulière, ayant son individualité, à la fois semblable et distincte de toutes celles qui obéissent à la même légalité. »
Source Quotes
On peut bien fustiger la théorie moderne, la théorie réduite à une technique, à la manipulation et au calcul de létant, il faut cependant reconnaître quen elle, «à travers la théorie au sens moderne passe lombre de la θεωρία première{11}», et quainsi le milieu ontologique où elles se pro-duisent en produisant dabord le monde est le Même, cest lEk-stase du Dehors où il ny a rien de vivant. Il ne suffit donc pas pour penser la relation de la science et de la culture de souligner la nature subjective de lactivité scientifique en tant que telle, et notamment de son origine galiléenne à savoir le proto-acte par lequel la conscience a substitué au donné empirique son idéalisation géométrique et, pour cela, a constitué cette idéalisation comme telle, comme le corrélat dune invention et dune création spécifiques. Il faut encore comprendre cette subjectivité comme la vie, de telle manière que les prestations transcendantales qui font ou plutôt qui sont la science se laissent reconnaître comme des modalités de la vie absolue, au même titre que les créations de lart par exemple, et ainsi comme des phénomènes de culture, au même titre que les phénomènes de lart.
Il ne suffit donc pas pour penser la relation de la science et de la culture de souligner la nature subjective de lactivité scientifique en tant que telle, et notamment de son origine galiléenne à savoir le proto-acte par lequel la conscience a substitué au donné empirique son idéalisation géométrique et, pour cela, a constitué cette idéalisation comme telle, comme le corrélat dune invention et dune création spécifiques. Il faut encore comprendre cette subjectivité comme la vie, de telle manière que les prestations transcendantales qui font ou plutôt qui sont la science se laissent reconnaître comme des modalités de la vie absolue, au même titre que les créations de lart par exemple, et ainsi comme des phénomènes de culture, au même titre que les phénomènes de lart. Que les opérations de la subjectivité scientifique appartiennent à la vie comme certaines de ses modalités, cela veut dire que, bien que mises hors jeu par la réduction galiléenne en même temps que tout ce qui est subjectif et que la subjectivité elle-même en général, elles nen subsistent pas moins là où elles sont, avec les propriétés qui sont les leurs: ce sont des expériences, au sens de la vie justement.
Il faut encore comprendre cette subjectivité comme la vie, de telle manière que les prestations transcendantales qui font ou plutôt qui sont la science se laissent reconnaître comme des modalités de la vie absolue, au même titre que les créations de lart par exemple, et ainsi comme des phénomènes de culture, au même titre que les phénomènes de lart. Que les opérations de la subjectivité scientifique appartiennent à la vie comme certaines de ses modalités, cela veut dire que, bien que mises hors jeu par la réduction galiléenne en même temps que tout ce qui est subjectif et que la subjectivité elle-même en général, elles nen subsistent pas moins là où elles sont, avec les propriétés qui sont les leurs: ce sont des expériences, au sens de la vie justement. Ce ne sont pas seulement des intentions dirigées sur les idéalités, leurs régulations et leurs implications, ces intentionnalités scientifiques saffectent elles-mêmes et ne sont possibles que comme telles, puisque le voir qui vit en elles et qui connaît est un voir qui se sent voir, une vision qui séprouve en tant que vision et ne voit quà cette condition et dans cette forme.
Que les opérations de la subjectivité scientifique appartiennent à la vie comme certaines de ses modalités, cela veut dire que, bien que mises hors jeu par la réduction galiléenne en même temps que tout ce qui est subjectif et que la subjectivité elle-même en général, elles nen subsistent pas moins là où elles sont, avec les propriétés qui sont les leurs: ce sont des expériences, au sens de la vie justement. Ce ne sont pas seulement des intentions dirigées sur les idéalités, leurs régulations et leurs implications, ces intentionnalités scientifiques saffectent elles-mêmes et ne sont possibles que comme telles, puisque le voir qui vit en elles et qui connaît est un voir qui se sent voir, une vision qui séprouve en tant que vision et ne voit quà cette condition et dans cette forme. Parler dune vie scientifique, dune vie du savant en tant que savant, nest donc pas une métaphore, une allusion à ce qui ne serait quun simple accompagnement empirique de la science elle-même, une adjonction à son être propre adjonction tenant à ce fait contingent quaprès tout la science est faite par des hommes.
Ce ne sont pas seulement des intentions dirigées sur les idéalités, leurs régulations et leurs implications, ces intentionnalités scientifiques saffectent elles-mêmes et ne sont possibles que comme telles, puisque le voir qui vit en elles et qui connaît est un voir qui se sent voir, une vision qui séprouve en tant que vision et ne voit quà cette condition et dans cette forme. Parler dune vie scientifique, dune vie du savant en tant que savant, nest donc pas une métaphore, une allusion à ce qui ne serait quun simple accompagnement empirique de la science elle-même, une adjonction à son être propre adjonction tenant à ce fait contingent quaprès tout la science est faite par des hommes. Cette science comme tout savoir et comme tout voir nest justement possible que comme vie, elle ne se résorbe nullement dans lempire objectif de ses objets et de ses théories: toutes ses productions, en dépit de leur objectivité et de leur universalité, sont des productions au sens strict du mot, elles renvoient à une vie transcendantale sans laquelle elles ne seraient pas.
Parler dune vie scientifique, dune vie du savant en tant que savant, nest donc pas une métaphore, une allusion à ce qui ne serait quun simple accompagnement empirique de la science elle-même, une adjonction à son être propre adjonction tenant à ce fait contingent quaprès tout la science est faite par des hommes. Cette science comme tout savoir et comme tout voir nest justement possible que comme vie, elle ne se résorbe nullement dans lempire objectif de ses objets et de ses théories: toutes ses productions, en dépit de leur objectivité et de leur universalité, sont des productions au sens strict du mot, elles renvoient à une vie transcendantale sans laquelle elles ne seraient pas. Parce que les prestations scientifiques sont vivantes et ainsi des expériences en un sens originel, elles sactualisent nécessairement sous la forme de modalités déterminées, elles sont ce quelles sont, chacune avec sa tonalité propre, dans sa différence davec toutes les autres.
Cette science comme tout savoir et comme tout voir nest justement possible que comme vie, elle ne se résorbe nullement dans lempire objectif de ses objets et de ses théories: toutes ses productions, en dépit de leur objectivité et de leur universalité, sont des productions au sens strict du mot, elles renvoient à une vie transcendantale sans laquelle elles ne seraient pas. Parce que les prestations scientifiques sont vivantes et ainsi des expériences en un sens originel, elles sactualisent nécessairement sous la forme de modalités déterminées, elles sont ce quelles sont, chacune avec sa tonalité propre, dans sa différence davec toutes les autres. Ce ne sont pas seulement des intuitions idéales, des inférences, des hypothèses, des prémisses, des conséquences, etc., toutes soumises à une typologie eidétique qui confère à la vie prédicative son style propre; mais chaque effectuation correspondant à lun de ces types est une effectuation singulière, ayant son individualité, à la fois semblable et distincte de toutes celles qui obéissent à la même légalité.
Key Concepts
- Il ne suffit donc pas pour penser la relation de la science et de la culture de souligner la nature subjective de lactivité scientifique en tant que telle, et notamment de son origine galiléenne à savoir le proto-acte par lequel la conscience a substitué au donné empirique son idéalisation géométrique
- Il faut encore comprendre cette subjectivité comme la vie, de telle manière que les prestations transcendantales qui font ou plutôt qui sont la science se laissent reconnaître comme des modalités de la vie absolue, au même titre que les créations de lart par exemple, et ainsi comme des phénomènes de culture, au même titre que les phénomènes de lart.
- ce sont des expériences, au sens de la vie justement.
- ces intentionnalités scientifiques saffectent elles-mêmes et ne sont possibles que comme telles, puisque le voir qui vit en elles et qui connaît est un voir qui se sent voir, une vision qui séprouve en tant que vision et ne voit quà cette condition et dans cette forme.
- Parler dune vie scientifique, dune vie du savant en tant que savant, nest donc pas une métaphore
- Cette science comme tout savoir et comme tout voir nest justement possible que comme vie, elle ne se résorbe nullement dans lempire objectif de ses objets et de ses théories
- Parce que les prestations scientifiques sont vivantes et ainsi des expériences en un sens originel, elles sactualisent nécessairement sous la forme de modalités déterminées, elles sont ce quelles sont, chacune avec sa tonalité propre
Context
Transition centrale : Henry déplace la question des « conditions transcendantales » de la science vers une phénoménologie matérielle des opérations scientifiques comme vécus auto‑affectifs, pour intégrer la science à la sphère de la vie.