Aron identifie deux grands types de solutions au problème démocratique de la combinaison entre entente nationale et contestation partisane : une solution institutionnelle qui soustrait certaines fonctions ou figures (monarque, président) à la lutte des partis pour incarner l’unité de la collectivité, et une solution plus difficile mais décisive consistant à limiter substantiellement le domaine d’action des gouvernants afin d’éviter que les décisions de la majorité n’atteignent les intérêts vitaux d’une minorité et ne provoquent le franchissement du « seuil de la violence » ; le fonctionnement d’une démocratie dépend ainsi étroitement de la nature, des objectifs et des doctrines des partis.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Il présente d’abord une « méthode » institutionnelle : « La première, institutionnelle, consiste à soustraire nombre de fonctions, de personnes ou de décisions à la contestation des partis. Dans certains des régimes de type occidental, le président de la République ou le monarque passe pour étranger, supérieur à la lutte des partis. »
  • Cette figure est censée incarner l’unité nationale : « Autrement dit, on essaie d'incarner dans un homme l'adhésion unanime des gouvernés au régime et à la patrie. Le monarque ou le président de la République est l'expression de la collectivité tout entière. »
  • La seconde méthode repose sur la limitation du pouvoir de décision : « La deuxième méthode, autrement difficile et efficace, consiste à fixer des bornes à l'action des gouvernants de manière telle qu'aucun groupe ne soit tenté de combattre plutôt que d'obéir. »
  • Aron en tire une condition abstraite de possibilité de la démocratie : « En termes abstraits, le régime que l'Occident appelle démocratique n'est guère concevable si l'on ne circonscrit pas le domaine à l'intérieur duquel les gouvernants sont habilités à prendre des décisions. »
  • Il souligne que l’acceptation par l’opposition suppose que ses intérêts vitaux ne soient pas menacés : « L'opposition accepte les décisions prises légalement par le gouvernement au pouvoir, c'est-à-dire par la majorité, mais le jour où les décisions mettent en péril ses intérêts les plus vitaux, ses conditions d'existence, comment ne tenterait-elle pas de résister ? Il est des circonstances où une minorité préfère se battre plutôt que de se soumettre. A ce moment-là, on sort du régime démocratique occidental. »
  • Il introduit la notion de « seuil de la violence » comme limite structurelle des démocraties : « Toutes les démocraties sont menacées de franchir ce que l'on pourrait appeler « le seuil de la violence ». »
  • L’exemple des États du Sud illustre ce risque : les décisions fédérales sur l’intégration raciale « risquent, encore aujourd'hui, de provoquer le franchissement du seuil de la violence ; on peut craindre parfois que la minorité blanche du Sud essaie de défendre par tous les moyens un style de vie, des intérêts, des privilèges si l'on veut, fût-ce aux dépens de la Constitution. »
  • Aron conclut que « Le fonctionnement d'un régime occidental dépend donc essentiellement de ce que les partis aux prises se proposent de faire. Le problème fondamental de la démocratie occidentale, la combinaison de l'entente nationale et de la contestation, est plus ou moins facile à résoudre, selon la nature des partis, selon les objectifs qu'ils se proposent et les doctrines dont ils se réclament. »

Source Quotes

On aperçoit deux méthodes. La première, institutionnelle, consiste à soustraire nombre de fonctions, de personnes ou de décisions à la contestation des partis. Dans certains des régimes de type occidental1, le président de la République ou le monarque passe pour étranger, supérieur à la lutte des partis.
Dans certains des régimes de type occidental1, le président de la République ou le monarque passe pour étranger, supérieur à la lutte des partis. Autrement dit, on essaie d'incarner dans un homme l'adhésion unanime des gouvernés au régime et à la patrie. Le monarque ou le président de la République est l'expression de la collectivité tout entière.
Le monarque ou le président de la République est l'expression de la collectivité tout entière. La deuxième méthode, autrement difficile et efficace, consiste à fixer des bornes à l'action des gouvernants de manière telle qu'aucun groupe ne soit tenté de combattre plutôt que d'obéir. En termes abstraits, le régime que l'Occident appelle démocratique n'est guère concevable si l'on ne circonscrit pas le domaine à l'intérieur duquel les gouvernants sont habilités à prendre des décisions.
La deuxième méthode, autrement difficile et efficace, consiste à fixer des bornes à l'action des gouvernants de manière telle qu'aucun groupe ne soit tenté de combattre plutôt que d'obéir. En termes abstraits, le régime que l'Occident appelle démocratique n'est guère concevable si l'on ne circonscrit pas le domaine à l'intérieur duquel les gouvernants sont habilités à prendre des décisions. L'opposition accepte les décisions prises légalement par le gouvernement au pouvoir, c'est-à-dire par la majorité, mais le jour où les décisions mettent en péril ses intérêts les plus vitaux, ses conditions d'existence, comment ne tenterait-elle pas de résister ?
A ce moment-là, on sort du régime démocratique occidental. Toutes les démocraties sont menacées de franchir ce que l'on pourrait appeler « le seuil de la violence ». Prenons le cas des États du Sud aux États-Unis ; les décisions du Congrès ou du gouvernement fédéral relatives à l'intégration raciale risquent, encore aujourd'hui, de provoquer le franchissement du seuil de la violence ; on peut craindre parfois que la minorité blanche du Sud essaie de défendre par tous les moyens un style de vie, des intérêts, des privilèges si l'on veut, fût-ce aux dépens de la Constitution.

Key Concepts

  • La première, institutionnelle, consiste à soustraire nombre de fonctions, de personnes ou de décisions à la contestation des partis.
  • on essaie d'incarner dans un homme l'adhésion unanime des gouvernés au régime et à la patrie.
  • La deuxième méthode, autrement difficile et efficace, consiste à fixer des bornes à l'action des gouvernants de manière telle qu'aucun groupe ne soit tenté de combattre plutôt que d'obéir.
  • le régime que l'Occident appelle démocratique n'est guère concevable si l'on ne circonscrit pas le domaine à l'intérieur duquel les gouvernants sont habilités à prendre des décisions.
  • Toutes les démocraties sont menacées de franchir ce que l'on pourrait appeler « le seuil de la violence ».

Context

Poursuivant la réflexion sur la tension entre unité et pluralisme, Aron décrit les mécanismes institutionnels et matériels par lesquels les démocraties occidentales tentent de préserver l’intégrité du régime tout en maintenant la compétition partisane, en montrant que cette réussite dépend fortement de la nature des partis et de leurs objectifs.