Aron soutient qu’un régime constitutionnel‑pluraliste a le droit de se défendre contre les partis qui veulent l’abattre, y compris par l’illégalisation de formations clairement tyranniques, mais que, lorsque les dissidents sont trop nombreux, tenter de les réprimer par la loi risque de détruire le régime lui‑même ; il vaut alors mieux accepter une certaine paralysie tant que la légalité est préservée.
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron rappelle un principe de légitime défense du régime : « Il est concevable de mettre hors la loi les partis qui ne jouent pas le jeu ou dont les pratiques et les intentions sont tyranniques. [...] Un tel régime, comme tout autre, a le droit de se défendre contre ceux qui veulent l'abattre. »
- Il ajoute toutefois une condition fondamentale : ce droit doit être exercé dans le respect scrupuleux de la constitution et sous contrôle judiciaire : « Mais la condition indispensable pour qu'il demeure constitutionnel, c'est qu'il agisse conformément aux lois, sans laisser la main libre à la police, autrement dit, en sauvegardant la constitutionnalité des actes et le contrôle du pouvoir judiciaire. »
- Aron précise qu’il n’entend pas recommander l’interdiction des communistes ou des opposants à la politique gouvernementale en France : « Je ne veux pas suggérer que ceux qui ne sont pas d'accord avec la politique du gouvernement ou qui sont communistes devraient être mis hors la loi en France. J'ai d'excellentes raisons pour ne pas être de cet avis. »
- L’argument général décisif tient au nombre des dissidents : « lorsque le nombre de dissidents ou séparatistes [...] est trop grand, on court le risque, à les mettre hors la loi, de détruire le régime constitutionnel-pluraliste lui-même. » La défense par exclusion peut alors se retourner contre le régime.
- Il en conclut qu’en situation de forte division, « mieux vaut souvent accepter une demi-paralysie. » La préférence va à la préservation de la forme constitutionnelle plutôt qu’à l’efficacité politique immédiate.
- Il développe une éthique de l’interprétation des gouvernants : même déçus, les citoyens devraient essayer d’y entendre l’écho du peuple souverain, dans la mesure où « en dernière analyse, nous les avons choisis » : « Quand les gouvernants nous déçoivent, essayons d'entendre, à travers leurs propos, l'écho de ce que Jean-Jacques Rousseau aurait appelé « le peuple souverain », de manière à transfigurer leur voix et à faire qu'elle soit la nôtre, puisque, en dernière analyse, nous les avons choisis. »
Source Quotes
Certainement pas. Il est concevable de mettre hors la loi les partis qui ne jouent pas le jeu ou dont les pratiques et les intentions sont tyranniques. La république de Bonn a mis hors la loi les partis révolutionnaires d'extrême droite et d'extrême gauche, il n'a pas pour autant cessé d'être constitutionnel-pluraliste.
La république de Bonn a mis hors la loi les partis révolutionnaires d'extrême droite et d'extrême gauche, il n'a pas pour autant cessé d'être constitutionnel-pluraliste. Un tel régime, comme tout autre, a le droit de se défendre contre ceux qui veulent l'abattre. Mais la condition indispensable pour qu'il demeure constitutionnel, c'est qu'il agisse conformément aux lois, sans laisser la main libre à la police, autrement dit, en sauvegardant la constitutionnalité des actes et le contrôle du pouvoir judiciaire.
Un tel régime, comme tout autre, a le droit de se défendre contre ceux qui veulent l'abattre. Mais la condition indispensable pour qu'il demeure constitutionnel, c'est qu'il agisse conformément aux lois, sans laisser la main libre à la police, autrement dit, en sauvegardant la constitutionnalité des actes et le contrôle du pouvoir judiciaire. Je ne veux pas suggérer que ceux qui ne sont pas d'accord avec la politique du gouvernement ou qui sont communistes devraient être mis hors la loi en France.
Mais la condition indispensable pour qu'il demeure constitutionnel, c'est qu'il agisse conformément aux lois, sans laisser la main libre à la police, autrement dit, en sauvegardant la constitutionnalité des actes et le contrôle du pouvoir judiciaire. Je ne veux pas suggérer que ceux qui ne sont pas d'accord avec la politique du gouvernement ou qui sont communistes devraient être mis hors la loi en France. J'ai d'excellentes raisons pour ne pas être de cet avis.
J'ai d'excellentes raisons pour ne pas être de cet avis. En dehors de raisons personnelles, il est un argument de caractère plus général : lorsque le nombre de dissidents ou séparatistes, de ceux qui ne sont pas moralement fidèles aux gouvernants, est trop grand, on court le risque, à les mettre hors la loi, de détruire le régime constitutionnel-pluraliste lui-même. Quand un pays est trop divisé sur le régime le meilleur ou sur ce qu'il convient de faire dans une situation donnée, mieux vaut souvent accepter une demi-paralysie.
En dehors de raisons personnelles, il est un argument de caractère plus général : lorsque le nombre de dissidents ou séparatistes, de ceux qui ne sont pas moralement fidèles aux gouvernants, est trop grand, on court le risque, à les mettre hors la loi, de détruire le régime constitutionnel-pluraliste lui-même. Quand un pays est trop divisé sur le régime le meilleur ou sur ce qu'il convient de faire dans une situation donnée, mieux vaut souvent accepter une demi-paralysie. Quand les gouvernants nous déçoivent, essayons d'entendre, à travers leurs propos, l'écho de ce que Jean-Jacques Rousseau aurait appelé « le peuple souverain », de manière à transfigurer leur voix et à faire qu'elle soit la nôtre, puisque, en dernière analyse, nous les avons choisis.
Quand un pays est trop divisé sur le régime le meilleur ou sur ce qu'il convient de faire dans une situation donnée, mieux vaut souvent accepter une demi-paralysie. Quand les gouvernants nous déçoivent, essayons d'entendre, à travers leurs propos, l'écho de ce que Jean-Jacques Rousseau aurait appelé « le peuple souverain », de manière à transfigurer leur voix et à faire qu'elle soit la nôtre, puisque, en dernière analyse, nous les avons choisis. Aussi longtemps que les règles constitutionnelles sont respectées, quelque chose est sauvé.
Key Concepts
- Il est concevable de mettre hors la loi les partis qui ne jouent pas le jeu ou dont les pratiques et les intentions sont tyranniques.
- Un tel régime, comme tout autre, a le droit de se défendre contre ceux qui veulent l'abattre.
- la condition indispensable pour qu'il demeure constitutionnel, c'est qu'il agisse conformément aux lois, sans laisser la main libre à la police, autrement dit, en sauvegardant la constitutionnalité des actes et le contrôle du pouvoir judiciaire.
- Je ne veux pas suggérer que ceux qui ne sont pas d'accord avec la politique du gouvernement ou qui sont communistes devraient être mis hors la loi en France.
- lorsque le nombre de dissidents ou séparatistes, de ceux qui ne sont pas moralement fidèles aux gouvernants, est trop grand, on court le risque, à les mettre hors la loi, de détruire le régime constitutionnel-pluraliste lui-même.
- Quand un pays est trop divisé sur le régime le meilleur ou sur ce qu'il convient de faire dans une situation donnée, mieux vaut souvent accepter une demi-paralysie.
- Quand les gouvernants nous déçoivent, essayons d'entendre, à travers leurs propos, l'écho de ce que Jean-Jacques Rousseau aurait appelé « le peuple souverain », de manière à transfigurer leur voix et à faire qu'elle soit la nôtre, puisque, en dernière analyse, nous les avons choisis.
Context
Toujours dans la réflexion sur le non‑loyalisme et la fragmentation, Aron trace une ligne de conduite normative : défense légale du régime contre des partis extrémistes, mais renoncement à l’illégalisation massive en contexte de divisions profondes, au prix d’une « demi‑paralysie » assumée.