Le principe, au sens de Montesquieu, des régimes pluralistes modernes est la combinaison du respect des lois (légalité) et du sens du compromis ; le bon fonctionnement d’une démocratie dépend d’un « bon usage du compromis », difficile à déterminer, car si le compromis est souvent fécond, notamment en économie, il peut, dans certains domaines comme la politique étrangère ou certains choix économiques, conduire à des catastrophes lorsqu’il s’intercale artificiellement entre deux politiques opposées.
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron reprend le concept de principe chez Montesquieu comme « le sentiment adapté à une organisation institutionnelle, qui répond aux nécessités du pouvoir dans un régime donné », et cherche « le principe du régime pluraliste ».
- Il affirme que, dans un régime pluraliste, « le principe est une combinaison de deux sentiments que j'appellerai le respect de la légalité ou des règles et le sens du compromis. »
- En modifiant Montesquieu, il maintient que « le principe premier de la démocratie, c'est bien le respect des règles ou des lois puisque, nous l'avons vu, l'essence de la démocratie occidentale, c'est la légalité dans la concurrence pour l'exercice du pouvoir, dans l'exercice du pouvoir. »
- Une « démocratie saine » est celle où « les citoyens ont le respect non pas seulement de la constitution qui fixe les modalités de la lutte politique, mais de toutes les lois qui marquent le cadre dans lequel l'activité des individus se déploie. »
- Mais il ajoute qu’« il ne suffit pas qu'existe ce respect des règles ou des lois, il faut quelque chose d'autre qui ne peut pas être écrit et qui n'est pas strictement lié à la légalité, le sens du compromis. »
- Il clarifie que le compromis implique de « reconnaître la légitimité partielle des arguments des autres, c'est trouver une solution qui soit acceptable à tous », bien que la notion soit « difficile, équivoque » et perçue différemment selon les cultures politiques (Kuhhandel péjoratif en allemand, compromise plutôt laudatif en anglais).
- Aron distingue « bon et mauvais usage du compromis » et souligne « la tragédie des régimes occidentaux » : dans certains domaines, en particulier la politique étrangère, « le compromis n'ouvre pas une issue » ; une politique intermédiaire peut « ne réduit pas les périls, elle les multiplie, parfois elle additionne les inconvénients des deux politiques possibles. »
- Il illustre ce mauvais compromis par l’exemple des sanctions inefficaces contre l’Italie de Mussolini en Éthiopie, qui irritent suffisamment l’Italie pour la pousser vers l’Axe sans l’empêcher d’atteindre ses objectifs.
- Même en économie, où « le bon compromis est souvent facile » et où l’on en fait « un large usage », Aron souligne qu’« il est des circonstances où le compromis n'est pas praticable ; 50 % de gestion administrative et 50 % de mécanisme du marché ne font pas une économie efficace. »
- Il conclut que « tel est probablement le problème clé de nos régimes d'Occident ; quel est l'usage du compromis, indispensable pour n'aliéner aucune fraction de la collectivité sans manquer aux nécessités de l'action efficace ? [...] un régime pluraliste fonctionne bien s'il parvient à "un bon usage du compromis". »
Source Quotes
Quel est le principe du régime du parti monopolistique ? Montesquieu appelle principe le sentiment adapté à une organisation institutionnelle, qui répond aux nécessités du pouvoir dans un régime donné. Dans un régime pluraliste, le principe est une combinaison de deux sentiments que j'appellerai le respect de la légalité ou des règles et le sens du compromis.
Montesquieu appelle principe le sentiment adapté à une organisation institutionnelle, qui répond aux nécessités du pouvoir dans un régime donné. Dans un régime pluraliste, le principe est une combinaison de deux sentiments que j'appellerai le respect de la légalité ou des règles et le sens du compromis. D'après Montesquieu, le principe de la démocratie est la vertu, définie d'abord par le respect des lois et par le souci de l'égalité.
Je modifie la conception de Montesquieu en fonction des phénomènes nouveaux de la représentation et de la concurrence des partis. Effectivement, le principe premier de la démocratie, c'est bien le respect des règles ou des lois puisque, nous l'avons vu, l'essence de la démocratie occidentale, c'est la légalité dans la concurrence pour l'exercice du pouvoir, dans l'exercice du pouvoir. Une démocratie saine est celle où les citoyens ont le respect non pas seulement de la constitution qui fixe les modalités de la lutte politique, mais de toutes les lois qui marquent le cadre dans lequel l'activité des individus se déploie.
Effectivement, le principe premier de la démocratie, c'est bien le respect des règles ou des lois puisque, nous l'avons vu, l'essence de la démocratie occidentale, c'est la légalité dans la concurrence pour l'exercice du pouvoir, dans l'exercice du pouvoir. Une démocratie saine est celle où les citoyens ont le respect non pas seulement de la constitution qui fixe les modalités de la lutte politique, mais de toutes les lois qui marquent le cadre dans lequel l'activité des individus se déploie. Il ne suffit pas qu'existe ce respect des règles ou des lois, il faut quelque chose d'autre qui ne peut pas être écrit et qui n'est pas strictement lié à la légalité, le sens du compromis.
Une démocratie saine est celle où les citoyens ont le respect non pas seulement de la constitution qui fixe les modalités de la lutte politique, mais de toutes les lois qui marquent le cadre dans lequel l'activité des individus se déploie. Il ne suffit pas qu'existe ce respect des règles ou des lois, il faut quelque chose d'autre qui ne peut pas être écrit et qui n'est pas strictement lié à la légalité, le sens du compromis. La notion du compromis est difficile, équivoque ; selon les langues elle est considérée comme laudative ou péjorative.
Pendant très longtemps, en Allemagne, on usait, pour désigner les compromis politiques, d'un mot déplaisant : Kuhhandel, dont la traduction approximative serait maquignonnage ; en revanche, le compromise anglais suscite plutôt l'approbation. Après tout, accepter le compromis, c'est reconnaître la légitimité partielle des arguments des autres, c'est trouver une solution qui soit acceptable à tous. Il ne suffit pas de dire que le principe de la démocratie, c'est à la fois le respect des lois et le sens du compromis ; il y a un bon et un mauvais usage du compromis.
Il ne suffit pas de dire que le principe de la démocratie, c'est à la fois le respect des lois et le sens du compromis ; il y a un bon et un mauvais usage du compromis. La tragédie des régimes occidentaux, c'est que, dans certains domaines le compromis cause des catastrophes. Bien souvent, dans la conduite de la politique étrangère, le compromis n'ouvre pas une issue ; il faut choisir entre deux politiques, chacune des deux comporte des avantages et des inconvénients, des risques et des chances.
Le bon compromis est souvent facile en matière économique ; on en fait un large usage. Même en matière économique il est des circonstances où le compromis n'est pas praticable ; 50 % de gestion administrative et 50 % de mécanisme du marché ne font pas une économie efficace. Tel est probablement le problème clé de nos régimes d'Occident ; quel est l'usage du compromis, indispensable pour n'aliéner aucune fraction de la collectivité sans manquer aux nécessités de l'action efficace ?
Tel est probablement le problème clé de nos régimes d'Occident ; quel est l'usage du compromis, indispensable pour n'aliéner aucune fraction de la collectivité sans manquer aux nécessités de l'action efficace ? Il va de soi qu'il n'y a pas de réponse, une fois pour toutes définie, à une question de cet ordre ; disons qu'un régime pluraliste fonctionne bien s'il parvient à « un bon usage du compromis ». Quel est le principe du régime de parti monopolistique ?
Key Concepts
- Montesquieu appelle principe le sentiment adapté à une organisation institutionnelle, qui répond aux nécessités du pouvoir dans un régime donné.
- Dans un régime pluraliste, le principe est une combinaison de deux sentiments que j'appellerai le respect de la légalité ou des règles et le sens du compromis.
- l'essence de la démocratie occidentale, c'est la légalité dans la concurrence pour l'exercice du pouvoir, dans l'exercice du pouvoir.
- Une démocratie saine est celle où les citoyens ont le respect non pas seulement de la constitution qui fixe les modalités de la lutte politique, mais de toutes les lois qui marquent le cadre dans lequel l'activité des individus se déploie.
- il faut quelque chose d'autre qui ne peut pas être écrit et qui n'est pas strictement lié à la légalité, le sens du compromis.
- Après tout, accepter le compromis, c'est reconnaître la légitimité partielle des arguments des autres, c'est trouver une solution qui soit acceptable à tous.
- La tragédie des régimes occidentaux, c'est que, dans certains domaines le compromis cause des catastrophes.
- 50 % de gestion administrative et 50 % de mécanisme du marché ne font pas une économie efficace.
- un régime pluraliste fonctionne bien s'il parvient à « un bon usage du compromis ».
Context
Partie médiane : Aron applique le concept montesquieuien de principe au régime pluraliste contemporain, en l’adaptant aux phénomènes de représentation et de concurrence partisane. Il analyse la place centrale du respect de la légalité et du compromis, en montrant à la fois leur nécessité et leurs limites pratiques par des exemples historiques et économiques.