Le problème central des régimes constitutionnels‑pluralistes n’est pas seulement leur caractère oligarchique, mais aussi le risque structurel d’instabilité, de dispersion du pouvoir et d’impuissance gouvernementale, risque aggravé par la priorité donnée à la conservation du pouvoir, par la prolifération de freins institutionnels et par la dépendance des gouvernants à l’égard des groupes de pression, de la presse et des règles administratives.
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Sur la base de l’analyse précédente, Aron reformule le « vrai problème » : « le vrai problème des régimes constitutionnels-pluralistes de notre époque n'est pas, ou n'est pas seulement, d'atténuer le caractère oligarchique du gouvernement, mais aussi et surtout d'atténuer le risque de dispersion du pouvoir et d'impuissance des gouvernants. »
- Il rappelle la critique classique : « Il est vrai que ces régimes sont instables, agités, que parfois on ne sait qui y exerce le pouvoir et pour combien de temps. »
- Tout gouvernement poursuit deux objectifs – durer et servir l’intérêt commun – mais, dans ces régimes, « le souci de rester au pouvoir paraît parfois l'emporter sur le désir de servir l'intérêt collectif (mais de quels gouvernants ne pourrait-on en dire autant !). »
- Il décrit la situation concrète des ministres dans ces systèmes : « ceux qui exercent l'autorité sont perpétuellement tenus par des règles multiples, celles de la constitution, celles de l'administration, ils sont soumis à l'influence des groupes de pression, exposés à la mauvaise humeur de la presse. »
- D’où l’image de gouvernants paralysés : « Rien n'est plus facile que de représenter les gouvernants paralysés par les freins que tous les régimes de cet ordre semblent avoir pour fonction de multiplier. »
- Aron concède toutefois que l’abolition des règles n’est pas la solution : « J'accorderai immédiatement que l'absence de règles constitutionnelles et administratives faciliterait en certains cas l'action. [...] Il ne serait pas nécessaire de changer l'essence du régime pour atteindre à une efficacité administrative plus grande. »
Source Quotes
Les « manipulateurs » sont créés par l'imagination de leurs ennemis. Si cette analyse est exacte, le vrai problème des régimes constitutionnels-pluralistes de notre époque n'est pas, ou n'est pas seulement, d'atténuer le caractère oligarchique du gouvernement, mais aussi et surtout d'atténuer le risque de dispersion du pouvoir et d'impuissance des gouvernants. La deuxième polémique, complémentaire de la polémique contre l'oligarchie, vise l'instabilité, la faiblesse ou l'inefficacité de ces régimes.
La deuxième polémique, complémentaire de la polémique contre l'oligarchie, vise l'instabilité, la faiblesse ou l'inefficacité de ces régimes. Il est vrai que ces régimes sont instables, agités, que parfois on ne sait qui y exerce le pouvoir et pour combien de temps. Tout gouvernement a normalement deux objectifs, d'une part rester au pouvoir, d'autre part exercer le pouvoir dans l'intérêt commun.
Il est vrai que ces régimes sont instables, agités, que parfois on ne sait qui y exerce le pouvoir et pour combien de temps. Tout gouvernement a normalement deux objectifs, d'une part rester au pouvoir, d'autre part exercer le pouvoir dans l'intérêt commun. Dans les régimes constitutionnels-pluralistes le souci de rester au pouvoir paraît parfois l'emporter sur le désir de servir l'intérêt collectif (mais de quels gouvernants ne pourrait-on en dire autant !).
Tout gouvernement a normalement deux objectifs, d'une part rester au pouvoir, d'autre part exercer le pouvoir dans l'intérêt commun. Dans les régimes constitutionnels-pluralistes le souci de rester au pouvoir paraît parfois l'emporter sur le désir de servir l'intérêt collectif (mais de quels gouvernants ne pourrait-on en dire autant !). Si l'on se donne par la pensée le gouvernant idéal – le conseiller du prince ou le philosophe –, le ministre de la République, constamment soucieux de ne pas donner des armes à l'opposition, ne lui ressemble guère.
Si l'on se donne par la pensée le gouvernant idéal – le conseiller du prince ou le philosophe –, le ministre de la République, constamment soucieux de ne pas donner des armes à l'opposition, ne lui ressemble guère. De plus, ceux qui exercent l'autorité sont perpétuellement tenus par des règles multiples, celles de la constitution, celles de l'administration, ils sont soumis à l'influence des groupes de pression, exposés à la mauvaise humeur de la presse. Rien n'est plus facile que de représenter les gouvernants paralysés par les freins que tous les régimes de cet ordre semblent avoir pour fonction de multiplier.
De plus, ceux qui exercent l'autorité sont perpétuellement tenus par des règles multiples, celles de la constitution, celles de l'administration, ils sont soumis à l'influence des groupes de pression, exposés à la mauvaise humeur de la presse. Rien n'est plus facile que de représenter les gouvernants paralysés par les freins que tous les régimes de cet ordre semblent avoir pour fonction de multiplier. J'accorderai immédiatement que l'absence de règles constitutionnelles et administratives faciliterait en certains cas l'action.
Key Concepts
- le vrai problème des régimes constitutionnels-pluralistes de notre époque n'est pas, ou n'est pas seulement, d'atténuer le caractère oligarchique du gouvernement, mais aussi et surtout d'atténuer le risque de dispersion du pouvoir et d'impuissance des gouvernants.
- Il est vrai que ces régimes sont instables, agités, que parfois on ne sait qui y exerce le pouvoir et pour combien de temps.
- Tout gouvernement a normalement deux objectifs, d'une part rester au pouvoir, d'autre part exercer le pouvoir dans l'intérêt commun.
- Dans les régimes constitutionnels-pluralistes le souci de rester au pouvoir paraît parfois l'emporter sur le désir de servir l'intérêt collectif
- ceux qui exercent l'autorité sont perpétuellement tenus par des règles multiples, celles de la constitution, celles de l'administration, ils sont soumis à l'influence des groupes de pression, exposés à la mauvaise humeur de la presse.
- Rien n'est plus facile que de représenter les gouvernants paralysés par les freins que tous les régimes de cet ordre semblent avoir pour fonction de multiplier.
Context
Suite immédiate de l’analyse de la dispersion du pouvoir : Aron déplace la critique des régimes pluralistes de la seule dénonciation de l’oligarchie vers la question de l’efficacité et de la capacité d’action, en soulignant les contraintes multiples pesant sur les gouvernants.