Les « groupes de pression » — organisations cherchant à influencer l’opinion, l’administration ou les gouvernants sans exercer directement le pouvoir — sont inhérents à la nature des régimes constitutionnels‑pluralistes, car il serait contradictoire d’y admettre la mise en question du régime lui‑même tout en refusant la contestation des décisions particulières relatives aux intérêts matériels des groupes.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron définit les groupes de pression comme « les organisations qui tendent à influer sur l'opinion, l'administration ou les gouvernants, mais non à assumer les fonctions de gouvernement », en incluant explicitement syndicats professionnels et syndicats de producteurs.
  • Il affirme que, « quoi que l'on dise, les groupes de pression sont conformes à la nature des régimes pluralistes-constitutionnels ; il serait inconcevable que les "intérêts", ouvriers ou patronaux, ne puissent pas s'exprimer et se défendre ».
  • Il fait valoir un argument de cohérence normative : « du moment que l'on accepte la mise en question du régime lui-même, comment ne pas admettre la mise en question des décisions particulières relatives aux prix, à la répartition du revenu national ? ».
  • Refuser aux groupes le droit de défendre leurs intérêts serait contradictoire avec le principe pluraliste : « Comment refuser aux représentants d'intérêts particuliers-collectifs le droit de plaider leur cause auprès des gouvernants ? ».
  • Il souligne toutefois que ces groupes font l’objet d’« antipathie » et sont « peu ou mal connus », agissant « dans la coulisse » et suscitant les soupçons d’une « influence considérable, excessive », d’où la nécessité d’étudier « quelles sont les limites de celle-ci ».

Source Quotes

Une quatrième variable, maintenant à la mode, est ce que l'on appelle les « groupes de pression ». On appelle groupes de pression, par traduction littérale de l'américain « pressure groups », les organisations qui tendent à influer sur l'opinion, l'administration ou les gouvernants, mais non à assumer les fonctions de gouvernement. Les syndicats professionnels sont des groupes de pression, les syndicats des producteurs de betteraves ou des producteurs de lait aussi.
Les syndicats professionnels sont des groupes de pression, les syndicats des producteurs de betteraves ou des producteurs de lait aussi. Quoi que l'on dise, les groupes de pression sont conformes à la nature des régimes pluralistes-constitutionnels ; il serait inconcevable que les « intérêts », ouvriers ou patronaux, ne puissent pas s'exprimer et se défendre ; du moment que l'on accepte la mise en question du régime lui-même, comment ne pas admettre la mise en question des décisions particulières relatives aux prix, à la répartition du revenu national ? Comment refuser aux représentants d'intérêts particuliers-collectifs le droit de plaider leur cause auprès des gouvernants ?
Quoi que l'on dise, les groupes de pression sont conformes à la nature des régimes pluralistes-constitutionnels ; il serait inconcevable que les « intérêts », ouvriers ou patronaux, ne puissent pas s'exprimer et se défendre ; du moment que l'on accepte la mise en question du régime lui-même, comment ne pas admettre la mise en question des décisions particulières relatives aux prix, à la répartition du revenu national ? Comment refuser aux représentants d'intérêts particuliers-collectifs le droit de plaider leur cause auprès des gouvernants ? Ces groupes de pression sont aujourd'hui un objet privilégié d'étude, en fonction de l'antipathie qu'ils suscitent et de la difficulté de les connaître.
Certes, la plupart des électeurs socialistes savent mal comment se détermine la majorité des mandats, à un congrès du parti socialiste, mais le parti socialiste est visible, public, avec sa presse, ses représentants, il se bat à ciel ouvert. Les groupes d'intérêts sont peu ou mal connus, ils agissent dans la coulisse, et l'on peut toujours supposer qu'ils exercent, dans l'ombre, une influence considérable, excessive. Incontestablement, d'ailleurs, ils exercent une influence.
Incontestablement, d'ailleurs, ils exercent une influence. Le problème, nous l'étudierons plus tard, est de savoir quelles sont les limites de celle-ci. Il est enfin une dernière variable politique dont je voudrais dire un mot, variable impliquée par toutes les précédentes, celle qui concerne les hommes qui jouent les premiers rôles dans le régime, en bref la minorité que Mosca appelait classe politique et qu'il vaudrait mieux appeler personnel politique.

Key Concepts

  • On appelle groupes de pression, par traduction littérale de l'américain « pressure groups », les organisations qui tendent à influer sur l'opinion, l'administration ou les gouvernants, mais non à assumer les fonctions de gouvernement.
  • Quoi que l'on dise, les groupes de pression sont conformes à la nature des régimes pluralistes-constitutionnels ; il serait inconcevable que les « intérêts », ouvriers ou patronaux, ne puissent pas s'exprimer et se défendre ;
  • du moment que l'on accepte la mise en question du régime lui-même, comment ne pas admettre la mise en question des décisions particulières relatives aux prix, à la répartition du revenu national ?
  • Comment refuser aux représentants d'intérêts particuliers-collectifs le droit de plaider leur cause auprès des gouvernants ?
  • Les groupes d'intérêts sont peu ou mal connus, ils agissent dans la coulisse, et l'on peut toujours supposer qu'ils exercent, dans l'ombre, une influence considérable, excessive.
  • Le problème, nous l'étudierons plus tard, est de savoir quelles sont les limites de celle-ci.

Context

Aron introduit les groupes de pression comme « quatrième variable » désormais à la mode et en donne à la fois une définition fonctionnelle et une justification normative dans le cadre des régimes pluralistes.