Les régimes constitutionnels‑pluralistes déçoivent inévitablement parce qu’ils sont prosaïques, fondés sur l’acceptation des imperfections humaines, et que leurs vertus les plus hautes sont surtout négatives (ce qu’ils empêchent), vertus dont on ne prend pleinement conscience qu’une fois perdues.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Ils sont « prosaïques » parce qu’ils assument les imperfections humaines, acceptent que le pouvoir résulte d’une compétition entre groupes et idées et cherchent à limiter l’autorité, convaincus des abus inhérents au pouvoir.
  • Ils possèdent des vertus positives (respect de la constitutionnalité, des libertés individuelles) mais leurs vertus suprêmes sont dites « négatives » : ils empêchent certains maux que d’autres régimes ne préviennent pas.
  • Ces vertus négatives sont difficilement visibles dans le présent ; on en « prend une pleine conscience » seulement lorsque le régime a disparu et que l’on a perdu les garanties qu’il assurait.
  • Le caractère prosaïque et négatif de ces vertus explique la nostalgie paradoxale pour des régimes démocratiques disparus, exprimée par la formule ironique « Que la République était belle sous l’Empire. »

Source Quotes

IX DE LA CORRUPTION DES RÉGIMES CONSTITUTIONNELS-PLURALISTES Vous connaissez tous la formule : « Que la République était belle sous l'Empire. » Cette formule ironique, assez caractéristique du pessimisme des Français, me paraît comporter une vérité profonde. Les régimes constitutionnels-pluralistes, que l'on appelle couramment démocratiques, ne peuvent pas ne pas décevoir à la fois parce qu'ils sont prosaïques et parce que leurs vertus suprêmes sont négatives. Prosaïques puisque, par définition, ils font la part belle aux imperfections de la nature humaine ; ils acceptent que le pouvoir sorte de la compétition entre les groupes et les idées ; ils s'efforcent de limiter l'autorité, convaincus que les hommes abusent du pouvoir quand ils le détiennent.
Les régimes constitutionnels-pluralistes, que l'on appelle couramment démocratiques, ne peuvent pas ne pas décevoir à la fois parce qu'ils sont prosaïques et parce que leurs vertus suprêmes sont négatives. Prosaïques puisque, par définition, ils font la part belle aux imperfections de la nature humaine ; ils acceptent que le pouvoir sorte de la compétition entre les groupes et les idées ; ils s'efforcent de limiter l'autorité, convaincus que les hommes abusent du pouvoir quand ils le détiennent. Ces régimes possèdent aussi des vertus positives, ne serait-ce que le respect de la constitutionnalité, des libertés individuelles, mais peut-être leurs vertus les plus hautes sont-elles négatives.
Prosaïques puisque, par définition, ils font la part belle aux imperfections de la nature humaine ; ils acceptent que le pouvoir sorte de la compétition entre les groupes et les idées ; ils s'efforcent de limiter l'autorité, convaincus que les hommes abusent du pouvoir quand ils le détiennent. Ces régimes possèdent aussi des vertus positives, ne serait-ce que le respect de la constitutionnalité, des libertés individuelles, mais peut-être leurs vertus les plus hautes sont-elles négatives. On n'en prend une pleine conscience que le jour où l'on en a perdu le bénéfice.
Ces régimes possèdent aussi des vertus positives, ne serait-ce que le respect de la constitutionnalité, des libertés individuelles, mais peut-être leurs vertus les plus hautes sont-elles négatives. On n'en prend une pleine conscience que le jour où l'on en a perdu le bénéfice. Ces régimes empêchent ce que les autres sortes de régimes n'empêchent pas.
On n'en prend une pleine conscience que le jour où l'on en a perdu le bénéfice. Ces régimes empêchent ce que les autres sortes de régimes n'empêchent pas. Cela dit, un régime qui tolère le conflit permanent des idées, des intérêts, des groupes et des personnes, ne peut pas ne pas refléter le caractère des hommes qui les font vivre.

Key Concepts

  • Les régimes constitutionnels-pluralistes, que l'on appelle couramment démocratiques, ne peuvent pas ne pas décevoir à la fois parce qu'ils sont prosaïques et parce que leurs vertus suprêmes sont négatives.
  • Prosaïques puisque, par définition, ils font la part belle aux imperfections de la nature humaine ; ils acceptent que le pouvoir sorte de la compétition entre les groupes et les idées ; ils s'efforcent de limiter l'autorité, convaincus que les hommes abusent du pouvoir quand ils le détiennent.
  • Ces régimes possèdent aussi des vertus positives, ne serait-ce que le respect de la constitutionnalité, des libertés individuelles, mais peut-être leurs vertus les plus hautes sont-elles négatives.
  • On n'en prend une pleine conscience que le jour où l'on en a perdu le bénéfice.
  • Ces régimes empêchent ce que les autres sortes de régimes n'empêchent pas.

Context

Ouverture du chapitre IX : Aron part d’une formule ironique sur la République pour caractériser la nature déceptive mais protectrice des régimes constitutionnels‑pluralistes.