Dans le régime soviétique, l’idéologie marxiste‑léniniste n’est ni un simple instrument cynique de domination ni une fin purement doctrinale : les dirigeants bolcheviques se définissent par une combinaison de fanatisme doctrinal et de grande flexibilité tactique, et il existe une interaction permanente entre idéologie et moyens de force, l’une servant tour à tour de moyen et de fin.
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron note qu’on est « tenté d'appliquer au régime soviétique les méthodes marxistes d'interprétation », en retournant contre les communistes l’analyse de Marx sur les bourgeois qui « usaient de formules sublimes pour dissimuler une exploitation sordide du peuple », ce qui conduirait à voir dans l’idéologie un pur instrument de pouvoir.
- Il reconnaît qu’« L'idéologie marxiste est, à coup sûr, un instrument de gouvernement, de la même façon que l'idéologie démocratique en est un dans les régimes constitutionnels-pluralistes », ce qui valide partiellement l’hypothèse instrumentale.
- Mais il met en garde contre une réduction purement cynique : « on aurait tort de croire que la doctrine est seulement un instrument de pouvoir, que les gouvernants soviétiques ne croient pas à leur propre doctrine. Les bolcheviks ne sont pas des opportunistes qui utilisent n'importe quelle idée en vue de la puissance. »
- Il caractérise les bolcheviks par un double trait : « Ils se définissent par une combinaison de fanatisme doctrinal et d'extraordinaire flexibilité dans la tactique ou dans la pratique. »
- Le Parti, qui « possède le monopole de l'activité politique », « domine l'État et impose à toutes les organisations son idéologie. Par l'intermédiaire de l'État, il se réserve le monopole des moyens de force, de publicité et de propagande. » : l’idéologie est donc portée par un appareil de pouvoir concentré.
- Aron résume ce rapport par l’idée de dialectique : « L'idéologie n'est ni la fin unique ni le moyen exclusif ; il y a une perpétuelle interaction ou encore une dialectique : parfois l'idéologie est utilisée comme moyen pour atteindre une fin, à d'autres moments on utilise des moyens de force en vue de modeler la société selon l'idéologie. »
Source Quotes
A ce moment-là, on est tenté de renverser l'idée que je vous suggérais jusqu'à présent des relations entre le Parti et l'idéologie et de dire qu'après tout l'idéologie est peut-être un instrument du gouvernement. On est tenté, si je puis dire, d'appliquer au régime soviétique les méthodes marxistes d'interprétation.
On est tenté, si je puis dire, d'appliquer au régime soviétique les méthodes marxistes d'interprétation. Qu'est-ce que nous avait suggéré Marx ? Que les bourgeois usaient de formules sublimes pour dissimuler une exploitation sordide du peuple. Retourner la méthode marxiste contre le régime soviétique aboutirait à dire : le Parti ou les quelques hommes qui dirigent celui-ci se servent, selon les besoins, de telle ou telle formule doctrinale pour maintenir leur pouvoir et créer une société dans laquelle ils occupent le premier rang.
Retourner la méthode marxiste contre le régime soviétique aboutirait à dire : le Parti ou les quelques hommes qui dirigent celui-ci se servent, selon les besoins, de telle ou telle formule doctrinale pour maintenir leur pouvoir et créer une société dans laquelle ils occupent le premier rang. L'idéologie marxiste est, à coup sûr, un instrument de gouvernement, de la même façon que l'idéologie démocratique en est un dans les régimes constitutionnels-pluralistes. Mais on aurait tort de croire que la doctrine est seulement un instrument de pouvoir, que les gouvernants soviétiques ne croient pas à leur propre doctrine.
L'idéologie marxiste est, à coup sûr, un instrument de gouvernement, de la même façon que l'idéologie démocratique en est un dans les régimes constitutionnels-pluralistes. Mais on aurait tort de croire que la doctrine est seulement un instrument de pouvoir, que les gouvernants soviétiques ne croient pas à leur propre doctrine. Les bolcheviks ne sont pas des opportunistes qui utilisent n'importe quelle idée en vue de la puissance.
Les bolcheviks ne sont pas des opportunistes qui utilisent n'importe quelle idée en vue de la puissance. Ils se définissent par une combinaison de fanatisme doctrinal et d'extraordinaire flexibilité dans la tactique ou dans la pratique. Un parti possédant le monopole de l'activité politique domine l'État et impose à toutes les organisations son idéologie.
Par l'intermédiaire de l'État, il se réserve le monopole des moyens de force, de publicité et de propagande. L'idéologie n'est ni la fin unique ni le moyen exclusif ; il y a une perpétuelle interaction ou encore une dialectique : parfois l'idéologie est utilisée comme moyen pour atteindre une fin, à d'autres moments on utilise des moyens de force en vue de modeler la société selon l'idéologie. L'une des conséquences les plus frappantes de ce régime idéologique, c'est la terreur.
Key Concepts
- on est tenté de renverser l'idée que je vous suggérais jusqu'à présent des relations entre le Parti et l'idéologie et de dire qu'après tout l'idéologie est peut-être un instrument du gouvernement.
- Qu'est-ce que nous avait suggéré Marx ? Que les bourgeois usaient de formules sublimes pour dissimuler une exploitation sordide du peuple.
- L'idéologie marxiste est, à coup sûr, un instrument de gouvernement, de la même façon que l'idéologie démocratique en est un dans les régimes constitutionnels-pluralistes.
- on aurait tort de croire que la doctrine est seulement un instrument de pouvoir, que les gouvernants soviétiques ne croient pas à leur propre doctrine.
- Ils se définissent par une combinaison de fanatisme doctrinal et d'extraordinaire flexibilité dans la tactique ou dans la pratique.
- L'idéologie n'est ni la fin unique ni le moyen exclusif ; il y a une perpétuelle interaction ou encore une dialectique : parfois l'idéologie est utilisée comme moyen pour atteindre une fin, à d'autres moments on utilise des moyens de force en vue de modeler la société selon l'idéologie.
Context
Début du passage du chapitre XIV « Idéologie et terreur » : Aron discute la tentation de renverser son analyse précédente du rapport Parti‑idéologie, en appliquant au régime soviétique la méthode marxiste d’interprétation, puis nuance cette réduction instrumentale en insistant sur le fanatisme doctrinal réel et la dialectique entre idéologie et force.