Dans un régime de parti unique, l’État devient inséparablement lié au parti monopolistique et cesse d’être un « État de partis » idéologiquement neutre : il devient un État partisan, fondé sur une idéologie érigée en vérité absolue, ce qui oblige nécessairement à limiter la liberté de discussion politique et à interdire la mise en question officielle de cette idéologie, par contraste avec les États occidentaux de partis multiples qui revendiquent la neutralité idéologique et tolèrent même des partis anti‑constitutionnels.
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron souligne que, lorsque le parti dispose du monopole de l’activité politique, la fusion avec l’État est structurelle : « Quand un parti, et un seul, a le monopole de l'activité politique, l'État est inséparablement lié à lui. »
- Il oppose à cela la situation des régimes occidentaux de partis multiples : « Dans un régime de partis multiples, en Occident, l'État se fait gloire de n'être défini par les idées d'aucun des partis aux prises, l'État est neutre par le fait qu'il tolère une pluralité de partis. »
- Il admet que cette neutralité est relative (« Peut-être l'État n'est-il pas neutre en ce sens qu'il exige de tous les partis le respect de lui-même, c'est-à-dire de sa propre Constitution, mais en fait, au moins en France, il ne le fait pas. ») et illustre cette tolérance extrême par l’exemple français : « L'État français reconnaît la légalité des partis qui ne font pas mystère de leur intention de violer la légalité républicaine, si l'occasion s'en présente. »
- Il résume : « L'État de partis multiples, non lié à un parti quelconque, est idéologiquement laïc. »
- À l’inverse, « Dans un régime de parti unique, l'État est partisan, inséparable du parti qui a le monopole de l'activité politique légitime. »
- De cette fusion découle nécessairement une limitation de la liberté de discussion politique : « Si, au lieu d'un État de partis existe un État partisan, l'État sera obligé de limiter la liberté de discussion politique. Puisque l'État pose comme valable absolument l'idéologie du parti monopolistique, il ne peut pas laisser officiellement mettre en question cette idéologie. »
- Il annonce que, « En fait, la limitation de la liberté de discussion politique varie en degré », suggérant une gradation possible entre différents régimes de parti unique, mais une même logique de restriction du débat idéologique.
Source Quotes
Dès lors, si le but d'un parti est la création d'une société sans commune mesure avec les sociétés existantes, il est normal que ce parti réclame le monopole de l'activité politique, qu'il refuse de restreindre d'aucune manière sa capacité de décision et d'action, qu'il entende maintenir intact son pouvoir révolutionnaire. Quand un parti, et un seul, a le monopole de l'activité politique, l'État est inséparablement lié à lui. Dans un régime de partis multiples, en Occident, l'État se fait gloire de n'être défini par les idées d'aucun des partis aux prises, l'État est neutre par le fait qu'il tolère une pluralité de partis.
Quand un parti, et un seul, a le monopole de l'activité politique, l'État est inséparablement lié à lui. Dans un régime de partis multiples, en Occident, l'État se fait gloire de n'être défini par les idées d'aucun des partis aux prises, l'État est neutre par le fait qu'il tolère une pluralité de partis. Peut-être l'État n'est-il pas neutre en ce sens qu'il exige de tous les partis le respect de lui-même, c'est-à-dire de sa propre Constitution, mais en fait, au moins en France, il ne le fait pas.
Peut-être l'État n'est-il pas neutre en ce sens qu'il exige de tous les partis le respect de lui-même, c'est-à-dire de sa propre Constitution, mais en fait, au moins en France, il ne le fait pas. L'État français reconnaît la légalité des partis qui ne font pas mystère de leur intention de violer la légalité républicaine, si l'occasion s'en présente. L'État de partis multiples, non lié à un parti quelconque, est idéologiquement laïc.
L'État français reconnaît la légalité des partis qui ne font pas mystère de leur intention de violer la légalité républicaine, si l'occasion s'en présente. L'État de partis multiples, non lié à un parti quelconque, est idéologiquement laïc. Dans un régime de parti unique, l'État est partisan, inséparable du parti qui a le monopole de l'activité politique légitime.
L'État de partis multiples, non lié à un parti quelconque, est idéologiquement laïc. Dans un régime de parti unique, l'État est partisan, inséparable du parti qui a le monopole de l'activité politique légitime. Si, au lieu d'un État de partis existe un État partisan, l'État sera obligé de limiter la liberté de discussion politique. Puisque l'État pose comme valable absolument l'idéologie du parti monopolistique, il ne peut pas laisser officiellement mettre en question cette idéologie.
Key Concepts
- Quand un parti, et un seul, a le monopole de l'activité politique, l'État est inséparablement lié à lui.
- Dans un régime de partis multiples, en Occident, l'État se fait gloire de n'être défini par les idées d'aucun des partis aux prises, l'État est neutre par le fait qu'il tolère une pluralité de partis.
- L'État français reconnaît la légalité des partis qui ne font pas mystère de leur intention de violer la légalité républicaine, si l'occasion s'en présente.
- L'État de partis multiples, non lié à un parti quelconque, est idéologiquement laïc.
- Dans un régime de parti unique, l'État est partisan, inséparable du parti qui a le monopole de l'activité politique légitime. Si, au lieu d'un État de partis existe un État partisan, l'État sera obligé de limiter la liberté de discussion politique.
Context
À la fin du passage, Aron tire les implications institutionnelles et idéologiques du monopole partisan : fusion État‑parti, transformation de la neutralité laïque de l’État en engagement idéologique exclusif, et corrélativement, limitation structurelle de la liberté de discussion politique, ce qui prépare son analyse ultérieure de l’idéologie et de la terreur dans les régimes totalitaires.