La différence décisive entre régimes pluralistes occidentaux et régime soviétique ne tient pas principalement au mode de production – assez semblable du point de vue technique et juridique – mais au fait politique qu’en Occident existent des organisations autonomes multiples, alors qu’en URSS toute organisation est rattachée à l’État-parti et soumise à l’idéologie officielle.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron écarte une explication strictement marxiste par le régime économique : « Les modes de production se ressemblent ; l'organisation des usines, à un niveau donné de la technique, ne peut guère changer avec le régime. Une certaine autonomie juridique des entreprises ne peut pas ne pas se reconstituer. »
  • Il montre qu’en URSS un véritable droit des conflits économiques s’est développé (330 000 cas de conflits entre entreprises jugés en une année, plainte de l’État d’Israël contre une compagnie soviétique), ce qui atteste une autonomie juridique relative des entreprises malgré la propriété d’État.
  • Cette autonomie reste toutefois strictement encadrée : « beaucoup des décisions, prises par chaque entreprise, ne sont que l'application d'ordres administratifs, ordres du Bureau du Plan », et le droit doit discriminer ce qui relève de l’ordre administratif et ce qui procède de la décision propre de l’entreprise.
  • Pour Aron, le point décisif est politique : « dans les régimes occidentaux existe une pluralité d'organisations, indépendantes de l'État ; dans un régime soviétique, entreprises ou trusts ont un certain degré d'autonomie administrative ou juridique, mais tout groupe organisé est nécessairement rattaché à l'État et, par conséquent, soumis à l'idéologie de ce dernier. »
  • Il souligne que « aucune organisation, syndicale ou politique, en Union soviétique, n'a d'indépendance par rapport à l'État. Toute organisation professionnelle, syndicale, politique, est l'expression de l'État et du parti et, par conséquent, imprégnée de l'idéologie officielle. »

Source Quotes

Je ne reviendrai pas sur l'analyse des régimes économiques à laquelle j'ai procédé1. Les modes de production se ressemblent ; l'organisation des usines, à un niveau donné de la technique, ne peut guère changer avec le régime. Une certaine autonomie juridique des entreprises ne peut pas ne pas se reconstituer.
Les modes de production se ressemblent ; l'organisation des usines, à un niveau donné de la technique, ne peut guère changer avec le régime. Une certaine autonomie juridique des entreprises ne peut pas ne pas se reconstituer. En une seule année, les tribunaux soviétiques ont eu à juger quelque 330 000 cas de conflits entre entreprises.
Le droit soviétique exige la discrimination de ce qui résulte d'une décision administrative et ce qui est issu d'une décision propre de l'entreprise. Politiquement, ce qui est à mes yeux décisif, c'est que dans les régimes occidentaux existe une pluralité d'organisations, indépendantes de l'État ; dans un régime soviétique, entreprises ou trusts ont un certain degré d'autonomie administrative ou juridique, mais tout groupe organisé est nécessairement rattaché à l'État et, par conséquent, soumis à l'idéologie de ce dernier. Lorsque j'ai analysé les relations de classes2, j'ai montré que la société de type soviétique comportait des discriminations dans les façons de vivre, dans les niveaux de consommation, dans les styles d'existence des groupes ; la société soviétique n'est pas plus homogène qu'une société occidentale, mais aucune organisation, syndicale ou politique, en Union soviétique, n'a d'indépendance par rapport à l'État.
Politiquement, ce qui est à mes yeux décisif, c'est que dans les régimes occidentaux existe une pluralité d'organisations, indépendantes de l'État ; dans un régime soviétique, entreprises ou trusts ont un certain degré d'autonomie administrative ou juridique, mais tout groupe organisé est nécessairement rattaché à l'État et, par conséquent, soumis à l'idéologie de ce dernier. Lorsque j'ai analysé les relations de classes2, j'ai montré que la société de type soviétique comportait des discriminations dans les façons de vivre, dans les niveaux de consommation, dans les styles d'existence des groupes ; la société soviétique n'est pas plus homogène qu'une société occidentale, mais aucune organisation, syndicale ou politique, en Union soviétique, n'a d'indépendance par rapport à l'État. Toute organisation professionnelle, syndicale, politique, est l'expression de l'État et du parti et, par conséquent, imprégnée de l'idéologie officielle.
Lorsque j'ai analysé les relations de classes2, j'ai montré que la société de type soviétique comportait des discriminations dans les façons de vivre, dans les niveaux de consommation, dans les styles d'existence des groupes ; la société soviétique n'est pas plus homogène qu'une société occidentale, mais aucune organisation, syndicale ou politique, en Union soviétique, n'a d'indépendance par rapport à l'État. Toute organisation professionnelle, syndicale, politique, est l'expression de l'État et du parti et, par conséquent, imprégnée de l'idéologie officielle. En effet, l'État est inséparable du Parti comme celui-ci de son idéologie.

Key Concepts

  • Les modes de production se ressemblent ; l'organisation des usines, à un niveau donné de la technique, ne peut guère changer avec le régime.
  • Une certaine autonomie juridique des entreprises ne peut pas ne pas se reconstituer.
  • Politiquement, ce qui est à mes yeux décisif, c'est que dans les régimes occidentaux existe une pluralité d'organisations, indépendantes de l'État ; dans un régime soviétique, entreprises ou trusts ont un certain degré d'autonomie administrative ou juridique, mais tout groupe organisé est nécessairement rattaché à l'État et, par conséquent, soumis à l'idéologie de ce dernier.
  • aucune organisation, syndicale ou politique, en Union soviétique, n'a d'indépendance par rapport à l'État.
  • Toute organisation professionnelle, syndicale, politique, est l'expression de l'État et du parti et, par conséquent, imprégnée de l'idéologie officielle.

Context

En réponse à l’idée que la différence essentielle tiendrait au régime économique, Aron montre la convergence des modes de production et déplace l’accent sur la structure des organisations et leur rapport à l’État et à l’idéologie.