La « philosophie machiavélienne » moderne, qui réduit l’essence de la politique à la seule lutte pour le pouvoir et l’efficacité des moyens, prétend fonder une sociologie parfaitement objective dépourvue de référence à toute finalité humaine, mais elle reste en réalité une philosophie implicite, cynique, du non‑sens, tout aussi discutable et indémontrable que les philosophies finalistes qu’elle croit remplacer.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron décrit cette dernière étape de la dissolution de la philosophie politique classique : « Nous arrivons à ce que l'on appelle aujourd'hui la philosophie machiavélienne, dernière étape de la dissolution de la philosophie classique ou de la conception morale de la politique. »
  • Dans cette perspective, « le mérite d'une formule politique ne tient pas à sa valeur ou à sa vérité, mais à son efficacité. Les idées ne sont que des armes, des moyens de combat employés par des hommes, par définition engagés dans la bataille ; or, dans une bataille, on ne peut avoir d'autre fin que de remporter la victoire. »
  • Cette interprétation semble « fonder une sociologie parfaitement objective, puisque nous avons commencé par en éliminer toute référence à ce qui pourrait valoir universellement, toute référence à une finalité de la nature humaine ».
  • Aron soutient pourtant qu’« en fait, cette sociologie prétendument objective implique une philosophie tout aussi discutable que la philosophie finaliste de la nature humaine dont nous sommes partis » : elle « pose une philosophie de non-sens au lieu de poser une philosophie du sens, elle pose que le sens de la politique c'est la lutte et non pas la recherche d'une autorité justifiée ».
  • Il insiste que « la négation du sens n'est pas plus objectivement ou scientifiquement démontrée que l'affirmation. Décréter que l'homme est une passion inutile n'est pas moins philosophique que prêter à l'existence humaine une signification. »

Source Quotes

A ce moment, la politique de fait se réduit à une bataille entre des hommes pour le pouvoir et les profits, et la science de la politique devient, selon l'expression d'un sociologue américain : qui reçoit quoi ? quand ? comment ? (en anglais : Who gets what ? how ? when ?). Nous arrivons à ce que l'on appelle aujourd'hui la philosophie machiavélienne, dernière étape de la dissolution de la philosophie classique ou de la conception morale de la politique. A l'intérieur d'une telle philosophie, il subsiste des idées et des justifications, mais elles sont au service de la volonté de puissance.
A l'intérieur d'une telle philosophie, il subsiste des idées et des justifications, mais elles sont au service de la volonté de puissance. Le mérite d'une formule politique ne tient pas à sa valeur ou à sa vérité, mais à son efficacité. Les idées ne sont que des armes, des moyens de combat employés par des hommes, par définition engagés dans la bataille ; or, dans une bataille, on ne peut avoir d'autre fin que de remporter la victoire.
Le mérite d'une formule politique ne tient pas à sa valeur ou à sa vérité, mais à son efficacité. Les idées ne sont que des armes, des moyens de combat employés par des hommes, par définition engagés dans la bataille ; or, dans une bataille, on ne peut avoir d'autre fin que de remporter la victoire. Une telle interprétation de la politique semble fonder une sociologie parfaitement objective, puisque nous avons commencé par en éliminer toute référence à ce qui pourrait valoir universellement, toute référence à une finalité de la nature humaine.
Les idées ne sont que des armes, des moyens de combat employés par des hommes, par définition engagés dans la bataille ; or, dans une bataille, on ne peut avoir d'autre fin que de remporter la victoire. Une telle interprétation de la politique semble fonder une sociologie parfaitement objective, puisque nous avons commencé par en éliminer toute référence à ce qui pourrait valoir universellement, toute référence à une finalité de la nature humaine. En fait, cette sociologie prétendument objective implique une philosophie tout aussi discutable que la philosophie finaliste de la nature humaine dont nous sommes partis.
Une telle interprétation de la politique semble fonder une sociologie parfaitement objective, puisque nous avons commencé par en éliminer toute référence à ce qui pourrait valoir universellement, toute référence à une finalité de la nature humaine. En fait, cette sociologie prétendument objective implique une philosophie tout aussi discutable que la philosophie finaliste de la nature humaine dont nous sommes partis. Cette philosophie cynique de la politique, sous couleur de s'opposer à toute philosophie, pose une certaine philosophie.
En fait, cette sociologie prétendument objective implique une philosophie tout aussi discutable que la philosophie finaliste de la nature humaine dont nous sommes partis. Cette philosophie cynique de la politique, sous couleur de s'opposer à toute philosophie, pose une certaine philosophie. Elle pose une philosophie de non-sens au lieu de poser une philosophie du sens, elle pose que le sens de la politique c'est la lutte et non pas la recherche d'une autorité justifiée.
Cette philosophie cynique de la politique, sous couleur de s'opposer à toute philosophie, pose une certaine philosophie. Elle pose une philosophie de non-sens au lieu de poser une philosophie du sens, elle pose que le sens de la politique c'est la lutte et non pas la recherche d'une autorité justifiée. Mais la négation du sens n'est pas plus objectivement ou scientifiquement démontrée que l'affirmation.
Elle pose une philosophie de non-sens au lieu de poser une philosophie du sens, elle pose que le sens de la politique c'est la lutte et non pas la recherche d'une autorité justifiée. Mais la négation du sens n'est pas plus objectivement ou scientifiquement démontrée que l'affirmation. Décréter que l'homme est une passion inutile n'est pas moins philosophique que prêter à l'existence humaine une signification. La sociologie politique, telle que je voudrais la pratiquer, ne sera pas liée à la conception finaliste de la nature humaine qui implique la détermination du régime le meilleur en fonction de la vocation de l'homme, mais elle ne sera pas liée non plus à la philosophie machiavélienne ou historiciste.

Key Concepts

  • Nous arrivons à ce que l'on appelle aujourd'hui la philosophie machiavélienne, dernière étape de la dissolution de la philosophie classique ou de la conception morale de la politique.
  • Le mérite d'une formule politique ne tient pas à sa valeur ou à sa vérité, mais à son efficacité.
  • Les idées ne sont que des armes, des moyens de combat employés par des hommes, par définition engagés dans la bataille ; or, dans une bataille, on ne peut avoir d'autre fin que de remporter la victoire.
  • Une telle interprétation de la politique semble fonder une sociologie parfaitement objective, puisque nous avons commencé par en éliminer toute référence à ce qui pourrait valoir universellement, toute référence à une finalité de la nature humaine.
  • En fait, cette sociologie prétendument objective implique une philosophie tout aussi discutable que la philosophie finaliste de la nature humaine dont nous sommes partis.
  • Cette philosophie cynique de la politique, sous couleur de s'opposer à toute philosophie, pose une certaine philosophie.
  • Elle pose une philosophie de non-sens au lieu de poser une philosophie du sens, elle pose que le sens de la politique c'est la lutte et non pas la recherche d'une autorité justifiée.
  • Mais la négation du sens n'est pas plus objectivement ou scientifiquement démontrée que l'affirmation. Décréter que l'homme est une passion inutile n'est pas moins philosophique que prêter à l'existence humaine une signification.

Context

Après avoir exposé la conception paretienne et machiavélienne de la politique, Aron la soumet à une critique épistémologique et philosophique, montrant que le prétendu réalisme cynique n’échappe pas aux présupposés métaphysiques et axiologiques.