La qualité d’un régime constitutionnel‑pluraliste ne se mesure ni à l’absence formelle de troubles ni à une paix politique apparente : dans l’esprit de Montesquieu, Aron défend l’idée d’une « union d’harmonie » où les conflits visibles peuvent coexister avec le bien général, et il refuse de faire de l’agitation politique un critère direct de malheur ou d’inefficacité.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Après avoir reconnu les freins multiples, Aron cite Montesquieu pour relativiser le lien entre trouble et qualité du régime : « Toutes les fois que l'on verra tout le monde tranquille dans un État qui se donne le nom de République, on peut être assuré que la liberté n'y est pas. »
  • Il souligne, via Montesquieu, la nature ambiguë de ce qu’on appelle « union » : « Ce que l'on appelle l'union dans un corps politique est une chose très équivoque ; la vraie est une union d'harmonie qui fait que toutes les panies, quelque opposées qu'elles nous paraissent, concourent au bien général de la société, comme des dissonances dans la musique concourent à l'accord total. »
  • La liberté et le bonheur politiques peuvent ainsi coexister avec des « troubles » visibles : « Il peut y avoir de l'union dans un État où l'on ne croit voir que du trouble, c'est-à-dire une harmonie d'où résulte le bonheur qui seul est la vraie paix. »
  • Aron prend ensuite ses distances avec une lecture simpliste : « Je n'oserais dire que le bonheur des citoyens se mesure à l'intensité des troubles politiques, ressentis par la cité, mais la qualité d'un régime politique ne se mesure pas non plus à la paix apparente. »
  • Cette référence sert à critiquer la tentation d’identifier mécaniquement stabilité apparente et bonne santé du régime ou, inversement, agitation et décadence.

Source Quotes

La deuxième remarque que je voudrais faire, je l'emprunte à un texte de Montesquieu. Dans Les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains : « Toutes les fois que l'on verra tout le monde tranquille dans un État qui se donne le nom de République, on peut être assuré que la liberté n'y est pas. Ce que l'on appelle l'union dans un corps politique est une chose très équivoque ; la vraie est une union d'harmonie qui fait que toutes les panies, quelque opposées qu'elles nous paraissent, concourent au bien général de la société, comme des dissonances dans la musique concourent à l'accord total.
Dans Les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains : « Toutes les fois que l'on verra tout le monde tranquille dans un État qui se donne le nom de République, on peut être assuré que la liberté n'y est pas. Ce que l'on appelle l'union dans un corps politique est une chose très équivoque ; la vraie est une union d'harmonie qui fait que toutes les panies, quelque opposées qu'elles nous paraissent, concourent au bien général de la société, comme des dissonances dans la musique concourent à l'accord total. Il peut y avoir de l'union dans un État où l'on ne croit voir que du trouble, c'est-à-dire une harmonie d'où résulte le bonheur qui seul est la vraie paix.
Ce que l'on appelle l'union dans un corps politique est une chose très équivoque ; la vraie est une union d'harmonie qui fait que toutes les panies, quelque opposées qu'elles nous paraissent, concourent au bien général de la société, comme des dissonances dans la musique concourent à l'accord total. Il peut y avoir de l'union dans un État où l'on ne croit voir que du trouble, c'est-à-dire une harmonie d'où résulte le bonheur qui seul est la vraie paix. Il en est comme des parties de cet univers éternellement lié par l'action des unes et par les réactions des autres. » Je n'oserais dire que le bonheur des citoyens se mesure à l'intensité des troubles politiques, ressentis par la cité, mais la qualité d'un régime politique ne se mesure pas non plus à la paix apparente.
Il peut y avoir de l'union dans un État où l'on ne croit voir que du trouble, c'est-à-dire une harmonie d'où résulte le bonheur qui seul est la vraie paix. Il en est comme des parties de cet univers éternellement lié par l'action des unes et par les réactions des autres. » Je n'oserais dire que le bonheur des citoyens se mesure à l'intensité des troubles politiques, ressentis par la cité, mais la qualité d'un régime politique ne se mesure pas non plus à la paix apparente. Après ces remarques préliminaires, cherchons comment ces régimes essayent d'atténuer les défauts qui les guettent, c'est-à-dire l'instabilité et l'inefficacité.

Key Concepts

  • Toutes les fois que l'on verra tout le monde tranquille dans un État qui se donne le nom de République, on peut être assuré que la liberté n'y est pas.
  • la vraie est une union d'harmonie qui fait que toutes les panies, quelque opposées qu'elles nous paraissent, concourent au bien général de la société, comme des dissonances dans la musique concourent à l'accord total.
  • Il peut y avoir de l'union dans un État où l'on ne croit voir que du trouble, c'est-à-dire une harmonie d'où résulte le bonheur qui seul est la vraie paix.
  • Je n'oserais dire que le bonheur des citoyens se mesure à l'intensité des troubles politiques, ressentis par la cité, mais la qualité d'un régime politique ne se mesure pas non plus à la paix apparente.

Context

Toujours au début du chapitre VIII, après avoir évoqué les freins et la paralysie possible, Aron introduit un long extrait de Montesquieu pour mettre en garde contre l’identification immédiate entre agitation politique et mauvais régime, et pour valoriser une conception harmonique mais conflictuelle de la République.