La République de Weimar constitue, pour Aron, un « cas idéal » de corruption d’un régime constitutionnel‑pluraliste : un régime récent, sans prestige, symbolisant la défaite, confronté à une crise économique extrême qui nourrit simultanément une opposition révolutionnaire de droite (national‑socialiste) et de gauche (communiste), jusqu’à former au parlement une majorité hostile au régime lui‑même.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron présente Weimar comme « le plus « bel exemple » de corruption de régime constitutionnel-pluraliste, celui de la république de Weimar. Je dis le plus bel exemple au sens où l'on dit « un beau crime ». Les différents facteurs sont presque tous présents, à l'état d'accomplissement parfait. »
  • Il insiste sur la force conjointe des deux oppositions : « Dans la république de Weimar, ces deux écoles de révolutionnaires, de droite et de gauche, étaient vigoureuses, elles mobilisaient des masses. Nationaux-socialistes et communistes étaient d'accord pour combattre le système existant. »
  • Il explique la vigueur de l’opposition de droite par des facteurs symboliques : « parce que le régime constitutionnel-pluraliste était de date récente, ne jouissait d'aucun prestige et symbolisait la défaite. Le révolutionnaire de droite exploite le ressentiment ou l'enthousiasme national. »
  • Il rattache la force des révolutionnaires de gauche à la crise économique : « parce que l'économie était frappée par une crise exceptionnellement sévère » ; il rappelle l’ampleur du chômage (« six millions d'ouvriers étaient sans travail ») et l’incompréhensible laisser‑faire des dirigeants capitalistes de 1929.
  • Il en conclut qu’à ce moment‑là, « le régime constitutionnel-pluraliste perdait le soutien nécessaire des masses populaires, incapable d'assurer, aux yeux des uns, l'unité de la nation, aux yeux des autres, le minimum de bien-être, de prospérité, faute duquel aucune société moderne n'est possible. »

Source Quotes

Lorsque la structure du parlement est telle que les gouvernants sont constamment obligés d'obtenir l'assentiment d'adversaires, le problème sur le terrain est comme oublié et l'attention se concentre sur le seul problème de la majorité. Pour terminer, je voudrais prendre un exemple particulier de corruption, le plus « bel exemple » de corruption de régime constitutionnel-pluraliste, celui de la république de Weimar. Je dis le plus bel exemple au sens où l'on dit « un beau crime ».
Je dis le plus bel exemple au sens où l'on dit « un beau crime ». Les différents facteurs sont presque tous présents, à l'état d'accomplissement parfait. On suit au moins une des modalités idéales de la décomposition d'un régime parlementaire.
Aux yeux des révolutionnaires de gauche, il est le mal parce qu'il incarne l'oligarchie capitaliste camouflée ; aux yeux des révolutionnaires de droite, parce qu'il provoque la décomposition sociale et donne une chance aux révolutionnaires de gauche. Dans la république de Weimar, ces deux écoles de révolutionnaires, de droite et de gauche, étaient vigoureuses, elles mobilisaient des masses. Nationaux-socialistes et communistes étaient d'accord pour combattre le système existant. L'opposition de droite était forte, dans la république de Weimar, parce que le régime constitutionnel-pluraliste était de date récente, ne jouissait d'aucun prestige et symbolisait la défaite.
Nationaux-socialistes et communistes étaient d'accord pour combattre le système existant. L'opposition de droite était forte, dans la république de Weimar, parce que le régime constitutionnel-pluraliste était de date récente, ne jouissait d'aucun prestige et symbolisait la défaite. Le révolutionnaire de droite exploite le ressentiment ou l'enthousiasme national.
Pour qu'il puisse recruter des cohortes nombreuses au nom du mot d'ordre « unité de la nation », il faut que cette unité paraisse affaiblie ou que le destin de la collectivité paraisse en danger. Les révolutionnaires de gauche, dans la république de Weimar, étaient forts parce que l'économie était frappée par une crise exceptionnellement sévère. A distance d'une génération, on a peine à comprendre comment les dirigeants du monde capitaliste ont pu laisser la crise de 1929 se développer jusqu'au point où six millions d'ouvriers étaient sans travail.
Les révolutionnaires de gauche, dans la république de Weimar, étaient forts parce que l'économie était frappée par une crise exceptionnellement sévère. A distance d'une génération, on a peine à comprendre comment les dirigeants du monde capitaliste ont pu laisser la crise de 1929 se développer jusqu'au point où six millions d'ouvriers étaient sans travail. A ce moment-là, le régime constitutionnel-pluraliste perdait le soutien nécessaire des masses populaires, incapable d'assurer, aux yeux des uns, l'unité de la nation, aux yeux des autres, le minimum de bien-être, de prospérité, faute duquel aucune société moderne n'est possible.
A distance d'une génération, on a peine à comprendre comment les dirigeants du monde capitaliste ont pu laisser la crise de 1929 se développer jusqu'au point où six millions d'ouvriers étaient sans travail. A ce moment-là, le régime constitutionnel-pluraliste perdait le soutien nécessaire des masses populaires, incapable d'assurer, aux yeux des uns, l'unité de la nation, aux yeux des autres, le minimum de bien-être, de prospérité, faute duquel aucune société moderne n'est possible. Telles étaient les données fondamentales ; que fallait-il de plus pour que le régime constitutionnel-pluraliste fût emporté ?

Key Concepts

  • Pour terminer, je voudrais prendre un exemple particulier de corruption, le plus « bel exemple » de corruption de régime constitutionnel-pluraliste, celui de la république de Weimar.
  • Les différents facteurs sont presque tous présents, à l'état d'accomplissement parfait.
  • Dans la république de Weimar, ces deux écoles de révolutionnaires, de droite et de gauche, étaient vigoureuses, elles mobilisaient des masses. Nationaux-socialistes et communistes étaient d'accord pour combattre le système existant.
  • L'opposition de droite était forte, dans la république de Weimar, parce que le régime constitutionnel-pluraliste était de date récente, ne jouissait d'aucun prestige et symbolisait la défaite.
  • Les révolutionnaires de gauche, dans la république de Weimar, étaient forts parce que l'économie était frappée par une crise exceptionnellement sévère.
  • six millions d'ouvriers étaient sans travail.
  • le régime constitutionnel-pluraliste perdait le soutien nécessaire des masses populaires, incapable d'assurer, aux yeux des uns, l'unité de la nation, aux yeux des autres, le minimum de bien-être, de prospérité, faute duquel aucune société moderne n'est possible.

Context

Début de l’étude de Weimar comme « modalité idéale » de décomposition d’un régime pluraliste, à la fin de la section sur la corruption du principe.