La typologie en trois types n’est ni exhaustive ni rigide : dans le monde contemporain, on observe de nombreux régimes mixtes ou équivoques, souvent issus d’un groupe armé ou d’un chef charismatique, qui ne se laissent pas aisément ranger dans les catégories autoritaire‑conservateur, fasciste ou communiste, comme le montrent les cas de l’Égypte nassérienne, de certains pays d’Amérique du Sud et de l’Argentine péroniste.
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron précise explicitement la portée de sa classification : « Cette classification des trois types ne prétend pas être exhaustive et l'on observe probablement des régimes mixtes, composites ou équivoques, qui ne rentreraient clairement dans aucune des trois catégories. »
- Il note que, la légitimité traditionnelle disparaissant et les règles pluralistes étant difficiles à appliquer, « dans le plus grand nombre des pays, il se forme des régimes qui sont définis par le fait qu'un groupe impose sa volonté aux autres » et qui peuvent n’appartenir « nettement à aucune des trois catégories, idéologiques et institutionnelles ».
- L’exemple de l’Égypte illustre ce caractère équivoque : le régime est « plutôt révolutionnaire que conservateur » car il se réclame d’une « grande tâche à accomplir, l'unité arabe », mais cette tâche est qualifiée de « mythe » ; le pouvoir est exercé par un « chef « charismatique » » ancien officier qui ne se veut pas militaire, configuration qu’Aron juge « assez bien adaptée au monde actuel ».
- Pour l’Amérique du Sud, Aron évoque « nombre de régimes » qui « ne sont ni fascistes ni conservateurs », mais résultent simplement de « la prise du pouvoir par un groupe d'hommes armés, à la faveur des circonstances », hors des cadres idéologiques des trois types.
- Le cas de l’Argentine péroniste est présenté comme particulièrement frappant : institutions « apparemment constitutionnelles‑pluralistes » mais « surtout défendues par la classe privilégiée », hostilité des masses populaires à ces institutions, et « alliance d'un chef tyrannique acclamé et des masses ouvrières », phénomène sans équivalent en Europe selon Aron.
Source Quotes
Selon cette dernière analyse, chacun de ces trois régimes se définit par une relation autre entre les diversités inévitables et l'unité nécessaire. Cette classification des trois types ne prétend pas être exhaustive et l'on observe probablement des régimes mixtes, composites ou équivoques, qui ne rentreraient clairement dans aucune des trois catégories. Dans le monde où nous vivons, la légitimité traditionnelle est en voie de disparition.
Cette classification des trois types ne prétend pas être exhaustive et l'on observe probablement des régimes mixtes, composites ou équivoques, qui ne rentreraient clairement dans aucune des trois catégories. Dans le monde où nous vivons, la légitimité traditionnelle est en voie de disparition. Les règles des régimes constitutionnels-pluralistes sont difficiles à appliquer et supposent soit une discipline nationale, soit une sagesse des partis.
Les règles des régimes constitutionnels-pluralistes sont difficiles à appliquer et supposent soit une discipline nationale, soit une sagesse des partis. Dès lors, dans le plus grand nombre des pays, il se forme des régimes qui sont définis par le fait qu'un groupe impose sa volonté aux autres ; il se peut que ce groupe n'appartienne nettement à aucune des trois catégories, idéologiques et institutionnelles, que j'ai indiquées. On peut hésiter sur la catégorie dans laquelle il convient de mettre l'actuel régime de l'Égypte, plutôt révolutionnaire que conservateur en ce sens qu'il se réclame d'une grande tâche à accomplir, l'unité arabe, mais cette idée est un mythe.
Dès lors, dans le plus grand nombre des pays, il se forme des régimes qui sont définis par le fait qu'un groupe impose sa volonté aux autres ; il se peut que ce groupe n'appartienne nettement à aucune des trois catégories, idéologiques et institutionnelles, que j'ai indiquées. On peut hésiter sur la catégorie dans laquelle il convient de mettre l'actuel régime de l'Égypte, plutôt révolutionnaire que conservateur en ce sens qu'il se réclame d'une grande tâche à accomplir, l'unité arabe, mais cette idée est un mythe. Pour l'instant, règne un chef acclamé, un chef « charismatique » pour employer le langage de Max Weber, officier qui ne se veut pas militaire.
On peut hésiter sur la catégorie dans laquelle il convient de mettre l'actuel régime de l'Égypte, plutôt révolutionnaire que conservateur en ce sens qu'il se réclame d'une grande tâche à accomplir, l'unité arabe, mais cette idée est un mythe. Pour l'instant, règne un chef acclamé, un chef « charismatique » pour employer le langage de Max Weber, officier qui ne se veut pas militaire. Civil, il se donnerait un grade militaire, comme feu Staline.
Équivoque assez bien adaptée au monde actuel. En Amérique du Sud, nombre de régimes ne sont ni fascistes ni conservateurs, ils représentent simplement la prise du pouvoir par un groupe d'hommes armés, à la faveur des circonstances. De plus, la constitution des fronts et l'attitude des masses sont autres.
De plus, la constitution des fronts et l'attitude des masses sont autres. Un cas frappant est celui de l'Argentine où les institutions, apparemment constitutionnelles-pluralistes, étaient surtout défendues par la classe privilégiée et où les masses populaires étaient réellement hostiles à ces institutions. Un chef, acclamé et tyrannique, comme le colonel Peron, y jouissait du soutien de la majorité des syndicats ouvriers, même des syndicats libres.
Key Concepts
- Cette classification des trois types ne prétend pas être exhaustive et l'on observe probablement des régimes mixtes, composites ou équivoques, qui ne rentreraient clairement dans aucune des trois catégories.
- Dans le monde où nous vivons, la légitimité traditionnelle est en voie de disparition.
- Dès lors, dans le plus grand nombre des pays, il se forme des régimes qui sont définis par le fait qu'un groupe impose sa volonté aux autres ; il se peut que ce groupe n'appartienne nettement à aucune des trois catégories, idéologiques et institutionnelles, que j'ai indiquées.
- On peut hésiter sur la catégorie dans laquelle il convient de mettre l'actuel régime de l'Égypte, plutôt révolutionnaire que conservateur en ce sens qu'il se réclame d'une grande tâche à accomplir, l'unité arabe, mais cette idée est un mythe.
- Pour l'instant, règne un chef acclamé, un chef « charismatique » pour employer le langage de Max Weber, officier qui ne se veut pas militaire.
- En Amérique du Sud, nombre de régimes ne sont ni fascistes ni conservateurs, ils représentent simplement la prise du pouvoir par un groupe d'hommes armés, à la faveur des circonstances.
- Un cas frappant est celui de l'Argentine où les institutions, apparemment constitutionnelles-pluralistes, étaient surtout défendues par la classe privilégiée et où les masses populaires étaient réellement hostiles à ces institutions.
Context
Après avoir posé un schéma typologique, Aron en souligne les limites empiriques en l’appliquant à des régimes contemporains comme l’Égypte de Nasser ou les dictatures latino‑américaines, pour montrer l’existence de formes hybrides ou non idéologiquement structurées.