L’antithèse entre régime constitutionnel‑pluraliste et régime de parti monopolistique se décline en quatre couples conceptuels — concurrence/monopole, constitution/révolution, pluralisme des groupes sociaux/absolutisme bureaucratique, État des partis/État partisan (laïc/idéologique) — mais l’analogie économique concurrence/monopole doit être maniée avec prudence car la concurrence politique est toujours oligopolistique et peut devenir moins « démocratique » à mesure qu’elle est mieux organisée.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron énonce explicitement les quatre antithèses : « L'antithèse du régime constitutionnel-pluraliste et du régime monopolistique peut être exprimée de quatre manières différentes : antithèse de la concurrence et monopole, de la constitution et de la révolution, du pluralisme des groupes sociaux et de l'absolutisme bureaucratique, enfin de l'État de partis et de l'État partisan (cette dernière antithèse peut être traduite par État laïc – État idéologique). »
  • Il justifie la transposition de la concurrence économique au politique tout en annonçant des réserves : « L'opposition de la concurrence et du monopole est empruntée au vocabulaire de l'économie politique. Cette transposition me paraît légitime, mais elle appelle certaines réserves. »
  • Il souligne que la politique porte aussi sur la répartition de biens rares (fonctions de pouvoir) : « Dans l'ordre politique comme dans l'ordre économique se pose un problème de la répartition de biens rares. Tout le monde ne peut pas devenir député ou ministre. La concurrence pour les biens politiques peut être comparée à la concurrence pour les richesses. »
  • Cependant, il nie l’existence d’une véritable concurrence libérale en politique : « Cependant le rapprochement n'est pas rigoureusement valable. Il n'y a pas, au sens strict du terme, de concurrence libérale en politique. Un économiste dirait que la concurrence politique est toujours oligopolistique. »
  • Il montre que la bonne organisation de la concurrence tend à la réduire au duopole et à limiter le choix du citoyen : « Un petit nombre d'individus ou de groupes sont en concurrence pour obtenir les biens dont le principal est la participation au pouvoir. La politique la mieux organisée ramène l'oligopole au duopole, à la rivalité de deux partis. Mieux la concurrence est organisée, moins, d'une certaine façon, elle est démocratique, moins le simple citoyen a de choix. En cas de duopole il faut voter pour l'un ou pour l'autre. »
  • À l’inverse, il note que la concurrence la moins organisée maximise le choix mais au prix de l’absence de décision collective, illustrée par le cas français : « La concurrence la moins organisée, celle du régime français, est, en un sens, une perfection de la démocratie, si celle-ci consiste à donner au plus grand nombre d'individus le maximum de choix. Il y a tant de choix possibles qu'il n'en sort plus de décision collective. »
  • Enfin, il insiste sur l’importance de la structure interne des partis (duopole ou oligopole internes) qui complète ou rectifie la structure de concurrence entre partis : « De nouveau, à l'intérieur des partis, on observe une concurrence, duopole ou oligopole, et la structure intérieure aux partis complète et souvent rectifie la structure du régime définie par les relations entre partis. A une extrémité, le parti est incarné dans un homme tout-puissant, à l'autre extrémité fonctionne une concurrence aussi libre que possible. »

Source Quotes

Je dégagerai d'abord le sens de l'opposition entre les deux sortes de régimes, puis j'essaierai de situer cette opposition dans l'histoire ; en d'autres termes, l'analyse sera d'abord statique, puis dynamique. L'antithèse du régime constitutionnel-pluraliste et du régime monopolistique peut être exprimée de quatre manières différentes : antithèse de la concurrence et monopole, de la constitution et de la révolution, du pluralisme des groupes sociaux et de l'absolutisme bureaucratique, enfin de l'État de partis et de l'État partisan (cette dernière antithèse peut être traduite par État laïc – État idéologique). L'opposition de la concurrence et du monopole est empruntée au vocabulaire de l'économie politique.
L'antithèse du régime constitutionnel-pluraliste et du régime monopolistique peut être exprimée de quatre manières différentes : antithèse de la concurrence et monopole, de la constitution et de la révolution, du pluralisme des groupes sociaux et de l'absolutisme bureaucratique, enfin de l'État de partis et de l'État partisan (cette dernière antithèse peut être traduite par État laïc – État idéologique). L'opposition de la concurrence et du monopole est empruntée au vocabulaire de l'économie politique. Cette transposition me paraît légitime, mais elle appelle certaines réserves. Dans l'ordre politique comme dans l'ordre économique se pose un problème de la répartition de biens rares.
Il n'y a pas, au sens strict du terme, de concurrence libérale en politique. Un économiste dirait que la concurrence politique est toujours oligopolistique. Un petit nombre d'individus ou de groupes sont en concurrence pour obtenir les biens dont le principal est la participation au pouvoir.
Un petit nombre d'individus ou de groupes sont en concurrence pour obtenir les biens dont le principal est la participation au pouvoir. La politique la mieux organisée ramène l'oligopole au duopole, à la rivalité de deux partis. Mieux la concurrence est organisée, moins, d'une certaine façon, elle est démocratique, moins le simple citoyen a de choix.
La politique la mieux organisée ramène l'oligopole au duopole, à la rivalité de deux partis. Mieux la concurrence est organisée, moins, d'une certaine façon, elle est démocratique, moins le simple citoyen a de choix. En cas de duopole il faut voter pour l'un ou pour l'autre.

Key Concepts

  • L'antithèse du régime constitutionnel-pluraliste et du régime monopolistique peut être exprimée de quatre manières différentes : antithèse de la concurrence et monopole, de la constitution et de la révolution, du pluralisme des groupes sociaux et de l'absolutisme bureaucratique, enfin de l'État de partis et de l'État partisan (cette dernière antithèse peut être traduite par État laïc – État idéologique).
  • L'opposition de la concurrence et du monopole est empruntée au vocabulaire de l'économie politique. Cette transposition me paraît légitime, mais elle appelle certaines réserves.
  • Un économiste dirait que la concurrence politique est toujours oligopolistique.
  • La politique la mieux organisée ramène l'oligopole au duopole, à la rivalité de deux partis.
  • Mieux la concurrence est organisée, moins, d'une certaine façon, elle est démocratique, moins le simple citoyen a de choix.

Context

Ouverture du chapitre XVIII : Aron annonce une analyse d’ensemble de l’opposition entre régimes constitutionnel‑pluralistes et régimes de parti monopolistique et introduit quatre couples conceptuels pour formuler cette antithèse, en commençant par l’analogie concurrence/monopole et en en discutant les limites.