L’auto‑interprétation soviétique ne contient pas de véritable théorie de l’État et du régime politique : l’idée que le pouvoir est exercé par le prolétariat est une fiction mythologique qui masque une oligarchie de parti, et cette doctrine oscille en outre entre l’affirmation d’une homogénéité sociale et celle d’une lutte de classes intensifiée, positions logiquement incompatibles.
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron désigne comme « deuxième faiblesse de l'auto-interprétation du régime soviétique » le fait « que celle-ci ne comporte pas de théorie du régime politique tel qu'il existe en Union soviétique ».
- Il affirme que « Dire que le pouvoir est exercé par le prolétariat est une proposition manifestement dépourvue de sens. Le pouvoir n'est jamais exercé par des millions d'ouvriers dans les usines, il est évidemment exercé par une minorité d'hommes, en chair et en os, qui sont les membres du parti communiste et parmi ceux-ci l'élite des militants. »
- Il concède qu’« Il est possible que les dirigeants du parti gouvernent dans l'intérêt de la masse prolétarienne et paysanne », mais insiste sur le fait que « le régime n'est pas celui où le prolétariat lui-même est au pouvoir, sinon, je le répète, en un sens mythologique ».
- Pour éclairer cette mythologie, il propose l’analogie : « comparable à celui dans lequel, par l'intermédiaire de Louis XIV, Dieu lui-même régnait sur la France en 1700. La substitution aux hommes qui exercent le pouvoir de la puissance suprême, transcendante ou immanente, au nom de laquelle le pouvoir est exercé, est mythologique. »
- Faute de théorie explicite de l’État, « l'auto-interprétation du régime oscille entre plusieurs formules. Selon l'une, il n'y a pas pluralité de partis et d'idées parce que la société est homogène. Selon une autre, au fur et à mesure de l'édification socialiste, la lutte de classes s'intensifie. »
- Aron souligne l’incompatibilité logique : « Il faut manifestement choisir entre les deux formules ; si la société est homogène, la lutte de classes ne s'intensifie pas et si la lutte de classes s'intensifie au fur et à mesure de la construction du socialisme, alors la société n'est pas homogène et le monopole du parti et de la propagande est une forme de despotisme. »
Source Quotes
Dès lors, quand les dirigeants de l'Union soviétique présentent leur régime comme l'équivalent du socialisme conçu par Marx, celui qui doit succéder au capitalisme occidental, ils se mettent en contradiction avec le marxisme lui-même. La deuxième faiblesse de l'auto-interprétation du régime soviétique, c'est que celle-ci ne comporte pas de théorie du régime politique tel qu'il existe en Union soviétique. Dire que le pouvoir est exercé par le prolétariat est une proposition manifestement dépourvue de sens.
La deuxième faiblesse de l'auto-interprétation du régime soviétique, c'est que celle-ci ne comporte pas de théorie du régime politique tel qu'il existe en Union soviétique. Dire que le pouvoir est exercé par le prolétariat est une proposition manifestement dépourvue de sens. Le pouvoir n'est jamais exercé par des millions d'ouvriers dans les usines, il est évidemment exercé par une minorité d'hommes, en chair et en os, qui sont les membres du parti communiste et parmi ceux-ci l'élite des militants.
Dire que le pouvoir est exercé par le prolétariat est une proposition manifestement dépourvue de sens. Le pouvoir n'est jamais exercé par des millions d'ouvriers dans les usines, il est évidemment exercé par une minorité d'hommes, en chair et en os, qui sont les membres du parti communiste et parmi ceux-ci l'élite des militants. Il est possible que les dirigeants du parti gouvernent dans l'intérêt de la masse prolétarienne et paysanne, mais le régime n'est pas celui où le prolétariat lui-même est au pouvoir, sinon, je le répète, en un sens mythologique, comparable à celui dans lequel, par l'intermédiaire de Louis XIV, Dieu lui-même régnait sur la France en 1700.
Le pouvoir n'est jamais exercé par des millions d'ouvriers dans les usines, il est évidemment exercé par une minorité d'hommes, en chair et en os, qui sont les membres du parti communiste et parmi ceux-ci l'élite des militants. Il est possible que les dirigeants du parti gouvernent dans l'intérêt de la masse prolétarienne et paysanne, mais le régime n'est pas celui où le prolétariat lui-même est au pouvoir, sinon, je le répète, en un sens mythologique, comparable à celui dans lequel, par l'intermédiaire de Louis XIV, Dieu lui-même régnait sur la France en 1700. La substitution aux hommes qui exercent le pouvoir de la puissance suprême, transcendante ou immanente, au nom de laquelle le pouvoir est exercé, est mythologique.
Faute de cette théorie de l'État, l'auto-interprétation du régime oscille entre plusieurs formules. Selon l'une, il n'y a pas pluralité de partis et d'idées parce que la société est homogène. Selon une autre, au fur et à mesure de l'édification socialiste, la lutte de classes s'intensifie. Il faut manifestement choisir entre les deux formules ; si la société est homogène, la lutte de classes ne s'intensifie pas et si la lutte de classes s'intensifie au fur et à mesure de la construction du socialisme, alors la société n'est pas homogène et le monopole du parti et de la propagande est une forme de despotisme1.
Selon une autre, au fur et à mesure de l'édification socialiste, la lutte de classes s'intensifie. Il faut manifestement choisir entre les deux formules ; si la société est homogène, la lutte de classes ne s'intensifie pas et si la lutte de classes s'intensifie au fur et à mesure de la construction du socialisme, alors la société n'est pas homogène et le monopole du parti et de la propagande est une forme de despotisme1. La troisième faiblesse fondamentale de l'auto-interprétation, c'est de ne pas comporter d'explication marxiste des phénomènes totalitaires, aujourd'hui avoués par le Secrétaire général du parti lui-même.
Key Concepts
- La deuxième faiblesse de l'auto-interprétation du régime soviétique, c'est que celle-ci ne comporte pas de théorie du régime politique tel qu'il existe en Union soviétique.
- Dire que le pouvoir est exercé par le prolétariat est une proposition manifestement dépourvue de sens.
- Le pouvoir n'est jamais exercé par des millions d'ouvriers dans les usines, il est évidemment exercé par une minorité d'hommes, en chair et en os, qui sont les membres du parti communiste et parmi ceux-ci l'élite des militants.
- sinon, je le répète, en un sens mythologique, comparable à celui dans lequel, par l'intermédiaire de Louis XIV, Dieu lui-même régnait sur la France en 1700.
- Selon l'une, il n'y a pas pluralité de partis et d'idées parce que la société est homogène. Selon une autre, au fur et à mesure de l'édification socialiste, la lutte de classes s'intensifie.
- le monopole du parti et de la propagande est une forme de despotisme
Context
Suite de la critique de l’auto‑interprétation soviétique : Aron met en cause la fiction du « pouvoir du prolétariat » et montre les contradictions internes du discours officiel sur l’homogénéité sociale et la lutte de classes, pour souligner la nature oligarchique et despotique du régime réel.