Les régimes constitutionnels‑pluralistes confèrent inévitablement des privilèges à la minorité gouvernante, mais ils offrent aussi, plus que tout autre type de régime connu, des garanties aux gouvernés, notamment grâce à la publicité qui limite les abus ; toutefois, ces garanties ne suffisent pas à juger la valeur globale d’un régime, et les démocraties pluralistes peuvent coexister avec des structures sociales encore très aristocratiques.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron reconnaît que « les membres de la minorité gouvernante » jouissent bien de privilèges : « Les personnalités de partis qui échouent aux élections émigrent volontiers vers une autre assemblée (où ils sont nommés par la première). En cas de malheur dans la carrière électorale, ils trouvent des “positions de repli”, des “points de chute”. Presque toutes les minorités dirigeantes, en particulier celle des démocraties pluralistes, pratiquent le compagnonnage, le syndicat de secours mutuel. »
  • Il souligne toutefois l’effet limitatif de la transparence : « Malgré tout, la publicité donnée à ces privilèges tend à limiter ceux-ci. »
  • Il insiste sur le caractère inévitable d’un certain profit : « Aussi longtemps que les hommes ne seront pas gouvernés par des saints, ceux qui participeront au gouvernement en tireront des profits. »
  • Point décisif : « Enfin, et le point est essentiel, le régime constitutionnel-pluraliste est celui qui donne le maximum de garanties aux gouvernés. » Il admet néanmoins des écarts graves (épuration de 1944‑45, maccarthysme) pour montrer que ces régimes ne sont pas parfaits.
  • Il soutient qu’« il suffit d'avoir vécu dans diverses sortes de régimes pour savoir qu'il y a une différence de nature entre les garanties accordées aux citoyens par un régime constitutionnel-pluraliste et les garanties accordées aux sujets dans les régimes non constitutionnels. »
  • Il évoque l’évolution de Mosca : après avoir mis en lumière les « turpitudes » des régimes ploutocratiques, celui‑ci a fini par constater que « le régime constitutionnel-pluraliste donnait plus de garanties aux citoyens qu'aucun régime connu dans l'histoire. »
  • Mais Aron avertit : « la variable, “garanties pour les gouvernés”, n'est pas le seul critère en fonction duquel juger les mérites des régimes. » Un régime pluraliste peut « se superposer à des sociétés où des élections, même libres, ne donnent le pouvoir qu'aux représentants de minorités privilégiées, de style aristocratique » ; la compétition entre partis « n'implique pas l'ouverture de la minorité dirigeante et risque de consacrer le pouvoir d'une minorité anachronique. »

Source Quotes

Non que les membres de la minorité gouvernante ne jouissent pas de privilèges. Les personnalités de partis qui échouent aux élections émigrent volontiers vers une autre assemblée (où ils sont nommés par la première). En cas de malheur dans la carrière électorale, ils trouvent des « positions de repli », des « points de chute ». Presque toutes les minorités dirigeantes, en particulier celle des démocraties pluralistes, pratiquent le compagnonnage, le syndicat de secours mutuel. Malgré tout, la publicité donnée à ces privilèges tend à limiter ceux-ci.
Presque toutes les minorités dirigeantes, en particulier celle des démocraties pluralistes, pratiquent le compagnonnage, le syndicat de secours mutuel. Malgré tout, la publicité donnée à ces privilèges tend à limiter ceux-ci. Aussi longtemps que les hommes ne seront pas gouvernés par des saints, ceux qui participeront au gouvernement en tireront des profits.
Malgré tout, la publicité donnée à ces privilèges tend à limiter ceux-ci. Aussi longtemps que les hommes ne seront pas gouvernés par des saints, ceux qui participeront au gouvernement en tireront des profits. Enfin, et le point est essentiel, le régime constitutionnel-pluraliste est celui qui donne le maximum de garanties aux gouvernés.
Aussi longtemps que les hommes ne seront pas gouvernés par des saints, ceux qui participeront au gouvernement en tireront des profits. Enfin, et le point est essentiel, le régime constitutionnel-pluraliste est celui qui donne le maximum de garanties aux gouvernés. Non qu'il exclue persécutions et injustices ; en France, l'épuration de 1944-1945, le maccarthysme aux États-Unis ont donné la preuve que les régimes constitutionnels-pluralistes ne respectent pas toujours les principes dont ils se réclament.
Non qu'il exclue persécutions et injustices ; en France, l'épuration de 1944-1945, le maccarthysme aux États-Unis ont donné la preuve que les régimes constitutionnels-pluralistes ne respectent pas toujours les principes dont ils se réclament. (Mais le régime n'était pas encore établi en 1944-45 et le maccarthysme a comporté plus de persécutions sociales qu'étatiques.) Tout compte fait, il suffit d'avoir vécu dans diverses sortes de régimes pour savoir qu'il y a une différence de nature entre les garanties accordées aux citoyens par un régime constitutionnel-pluraliste et les garanties accordées aux sujets dans les régimes non constitutionnels. Le sociologue italien Mosca avait passé la plus grande partie de sa vie à expliquer les turpitudes des régimes démocratiques qu'il appelait ploutocratiques.
Il avait mis au jour le système de privilèges, d'intérêts particuliers qui se dissimulent sous les grands mots. Vers la fin de sa vie, il a constaté, avec un mélange d'ironie et d'amertume, que le régime constitutionnel-pluraliste donnait plus de garanties aux citoyens qu'aucun régime connu dans l'histoire. Mais attention : je dis garanties pour les gouvernés.
Mais attention : je dis garanties pour les gouvernés. La variable, « garanties pour les gouvernés », n'est pas le seul critère en fonction duquel juger les mérites des régimes. Les régimes constitutionnels-pluralistes peuvent se superposer à des sociétés où des élections, même libres, ne donnent le pouvoir qu'aux représentants de minorités privilégiées, de style aristocratique.
Les régimes constitutionnels-pluralistes peuvent se superposer à des sociétés où des élections, même libres, ne donnent le pouvoir qu'aux représentants de minorités privilégiées, de style aristocratique. Un régime de compétition entre partis n'implique pas l'ouverture de la minorité dirigeante et risque de consacrer le pouvoir d'une minorité anachronique. Ce que révèle l'expérience européenne depuis un siècle, c'est la transformation du régime dans un sens donné, du suffrage censitaire au suffrage universel, des parlements aristocratiques aux parlements peuplés d'élus du suffrage universel, notables, professionnels de la politique, meneurs de masses.

Key Concepts

  • Les personnalités de partis qui échouent aux élections émigrent volontiers vers une autre assemblée (où ils sont nommés par la première). En cas de malheur dans la carrière électorale, ils trouvent des « positions de repli », des « points de chute ». Presque toutes les minorités dirigeantes, en particulier celle des démocraties pluralistes, pratiquent le compagnonnage, le syndicat de secours mutuel.
  • Malgré tout, la publicité donnée à ces privilèges tend à limiter ceux-ci.
  • Aussi longtemps que les hommes ne seront pas gouvernés par des saints, ceux qui participeront au gouvernement en tireront des profits.
  • Enfin, et le point est essentiel, le régime constitutionnel-pluraliste est celui qui donne le maximum de garanties aux gouvernés.
  • il suffit d'avoir vécu dans diverses sortes de régimes pour savoir qu'il y a une différence de nature entre les garanties accordées aux citoyens par un régime constitutionnel-pluraliste et les garanties accordées aux sujets dans les régimes non constitutionnels.
  • le régime constitutionnel-pluraliste donnait plus de garanties aux citoyens qu'aucun régime connu dans l'histoire.
  • la variable, « garanties pour les gouvernés », n'est pas le seul critère en fonction duquel juger les mérites des régimes.
  • Un régime de compétition entre partis n'implique pas l'ouverture de la minorité dirigeante et risque de consacrer le pouvoir d'une minorité anachronique.

Context

Traitement des troisième et quatrième questions annoncées : privilèges de la minorité gouvernante et garanties pour les gouvernés, avec une mise en perspective critique des limites de ce critère.