L’essence des régimes de parti unique, définis par l’idéologie du parti monopolistique, est d’être des régimes d’action révolutionnaire, tendus vers l’avenir, qui ne peuvent respecter pleinement la légalité, la modération et les intérêts de tous les groupes comme le font les régimes de partis multiples, et qui réservent en fait à l’égard des non‑membres du parti des possibilités d’action presque illimitées.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Dans un régime de parti unique, l’État est « défini par l'idéologie du parti monopolistique » et « c'est de ne pas accepter toutes les idées, de soustraire nombre d'idées partisanes à la discussion ouverte », ce qui l’éloigne structurellement du pluralisme et de la liberté de discussion.
  • Même si l’on peut « concevoir un régime de parti unique où l'exercice du pouvoir est soumis à des règles ou à des lois », Aron souligne qu’« au moins à l'égard de ceux qui n'appartiennent pas au parti monopolistique, l'État partisan se réserve des possibilités d'action presque illimitées », ce qui marque un écart fondamental avec les limites juridiques de l’autorité dans les régimes pluralistes.
  • La justification même du monopole – « l'ampleur des transformations révolutionnaires que l'on veut accomplir » – rend contradictoire l’exigence de modération et de légalité : « comment demander que l'exercice du pouvoir soit modéré et légal ? On a réservé le monopole de l'activité politique à un parti, précisément parce que l'on n'était pas satisfait de la réalité. »
  • Aron caractérise le parti unique comme un « parti d'action ou mieux un parti révolutionnaire » ; ces régimes « sont tendus vers l'avenir et trouvent leur suprême raison d'être non pas dans ce qui a été ou dans ce qui est, mais dans ce qui sera. Régimes révolutionnaires, ils comportent un élément de violence. »
  • Il en conclut qu’« on ne saurait exiger d'eux ce qui constitue l'essence des régimes de partis multiples, le respect de la légalité et de la modération, le respect des intérêts et des croyances de tous les groupes », marquant l’opposition structurelle entre les deux types de régimes.

Source Quotes

selon les régimes de parti unique. Mais l'essence d'un régime de parti unique où l'État est défini par l'idéologie du parti monopolistique, c'est de ne pas accepter toutes les idées, de soustraire nombre d'idées partisanes à la discussion ouverte. La logique d'un régime de cet ordre n'est pas que l'exercice du pouvoir soit légal et modéré.
La logique d'un régime de cet ordre n'est pas que l'exercice du pouvoir soit légal et modéré. On peut concevoir un régime de parti unique où l'exercice du pouvoir est soumis à des règles ou à des lois. Au moins à l'égard de ceux qui n'appartiennent pas au parti monopolistique, l'État partisan se réserve des possibilités d'action presque illimitées.
On peut concevoir un régime de parti unique où l'exercice du pouvoir est soumis à des règles ou à des lois. Au moins à l'égard de ceux qui n'appartiennent pas au parti monopolistique, l'État partisan se réserve des possibilités d'action presque illimitées. Au reste, dans la mesure où la justification du monopole, c'est l'ampleur des transformations révolutionnaires que l'on veut accomplir, comment demander que l'exercice du pouvoir soit modéré et légal ?
Au moins à l'égard de ceux qui n'appartiennent pas au parti monopolistique, l'État partisan se réserve des possibilités d'action presque illimitées. Au reste, dans la mesure où la justification du monopole, c'est l'ampleur des transformations révolutionnaires que l'on veut accomplir, comment demander que l'exercice du pouvoir soit modéré et légal ? On a réservé le monopole de l'activité politique à un parti, précisément parce que l'on n'était pas satisfait de la réalité.
Le parti unique est, en son fond, un parti d'action ou mieux un parti révolutionnaire. Les régimes de parti unique sont tendus vers l'avenir et trouvent leur suprême raison d'être non pas dans ce qui a été ou dans ce qui est, mais dans ce qui sera. Régimes révolutionnaires, ils comportent un élément de violence. On ne saurait exiger d'eux ce qui constitue l'essence des régimes de partis multiples, le respect de la légalité et de la modération, le respect des intérêts et des croyances de tous les groupes.

Key Concepts

  • l'essence d'un régime de parti unique où l'État est défini par l'idéologie du parti monopolistique, c'est de ne pas accepter toutes les idées, de soustraire nombre d'idées partisanes à la discussion ouverte.
  • On peut concevoir un régime de parti unique où l'exercice du pouvoir est soumis à des règles ou à des lois.
  • Au moins à l'égard de ceux qui n'appartiennent pas au parti monopolistique, l'État partisan se réserve des possibilités d'action presque illimitées.
  • dans la mesure où la justification du monopole, c'est l'ampleur des transformations révolutionnaires que l'on veut accomplir, comment demander que l'exercice du pouvoir soit modéré et légal ?
  • Les régimes de parti unique sont tendus vers l'avenir et trouvent leur suprême raison d'être non pas dans ce qui a été ou dans ce qui est, mais dans ce qui sera. Régimes révolutionnaires, ils comportent un élément de violence.

Context

Début du passage : après avoir défini plus haut le régime de parti monopolistique par le monopole de l’activité politique et l’idéologie d’État, Aron en dégage la logique propre (révolutionnaire, future‑orientée, violente) en contraste direct avec l’essence légaliste et modérée des régimes de partis multiples.