L’extermination des Juifs par le régime hitlérien – décision de mettre à mort industriellement six millions de personnes en pleine guerre – constitue un phénomène terroriste sans précédent par son irrationalité au regard des objectifs militaires et par son caractère programmatique, décidé par un petit nombre de dirigeants pour assouvir une haine raciale et « refaire la carte raciale de l’Europe ».
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron rappelle que le régime hitlérien « naît d'une volonté autre que la volonté communiste » : refaire « l'unité morale de l'Allemagne » et « élargir le territoire ouvert au peuple allemand », c’est‑à‑dire faire la guerre et des conquêtes, ambitions qui ne sont « rien d’original », mais « la reprise [...] des ambitions et des illusions des Césars ».
- Après la prise du pouvoir, « l'« hitlérisation » de la vie allemande est progressive », et « la grande terreur ne se produit que pendant les dernières années de la guerre » ; Aron rejette l’idée que la guerre suffise à expliquer les phénomènes terroristes, car « les faits ne s'accordent guère avec cette explication ».
- Il identifie le phénomène central : « l'extermination de six millions de Juifs, en pleine guerre, entre 1941 et 1944 », « décidée par un homme, conseillé par un ou deux autres » ; l’entreprise est « aussi irrationnelle par rapport aux objectifs de la guerre que l'est la grande purge par rapport aux objectifs du régime soviétique ».
- Alors que l’Allemagne combat sur deux fronts, les dirigeants « ont décidé de consacrer des moyens de transports et des ressources matérielles importantes afin de mettre à mort en série, par millions, des êtres humains », sacrifiant des ressources utiles à la conduite de la guerre pour satisfaire une finalité exterminatrice.
- Aron insiste sur le caractère sans précédent : « dans l'histoire moderne, jamais un chef d'État n'a décidé, de sang-froid, d'organiser l'extermination industrielle de six millions de ses semblables » ; il interprète cette décision comme le désir d’« assouvir sa haine » et de s’assurer qu’« en tout état de cause, quelle que fût l'issue, ceux qu'il détestait ne pussent survivre ».
- Il rattache ce terrorisme à l’objectif idéologique global du parti : « refaire la carte raciale de l'Europe, d'éliminer certains peuples tenus pour inférieurs, d'assurer le triomphe de tel peuple, jugé supérieur », ce qui en fait une entreprise de réingénierie raciale à l’échelle continentale.
Source Quotes
Je ne l'affirme pas, et personne ne peut l'affirmer, mais ce qui me paraît vrai dans l'interprétation que les Soviétiques eux-mêmes donnent de ces phénomènes, c'est que, en dehors de ce qui peut être expliqué par le parti, par ses ambitions, par sa technique, par la fonction des épurations dans un régime bureaucratique, un fait non prévisible est intervenu : une personne, et le rôle qu'elle a joué, grâce au pouvoir absolu qu'elle détenait. A l'origine, historiquement, le régime hitlérien naît d'une volonté autre que la volonté communiste ; il naît de la volonté de refaire l'unité morale de l'Allemagne et, au-delà, d'élargir le territoire ouvert au peuple allemand, donc de faire la guerre et des conquêtes. Rien de tout cela n'est original, c'est la reprise, au XXe siècle, des ambitions et des illusions des Césars.
On pourrait être tenté de dire que la guerre elle-même explique les phénomènes terroristes, mais les faits ne s'accordent guère avec cette explication. Le phéromène terroriste dont le régime hitlérien nous offre l'exemple est l'extermination de six millions de Juifs, en pleine guerre, entre 1941 et 1944. Cette extermination a été décidée par un homme, conseillé par un ou deux autres ; l'entreprise elle-même est aussi irrationnelle par rapport aux objectifs de la guerre que l'est la grande purge par rapport aux objectifs du régime soviétique.
Le phéromène terroriste dont le régime hitlérien nous offre l'exemple est l'extermination de six millions de Juifs, en pleine guerre, entre 1941 et 1944. Cette extermination a été décidée par un homme, conseillé par un ou deux autres ; l'entreprise elle-même est aussi irrationnelle par rapport aux objectifs de la guerre que l'est la grande purge par rapport aux objectifs du régime soviétique. Alors que l'Allemagne se battait sur deux fronts, les dirigeants du régime ont décidé de consacrer des moyens de transports et des ressources matérielles importantes afin de mettre à mort en série, par millions, des êtres humains.
Non pas qu'il n'y ait eu déjà de grandes tueries à d'autres époques. Mais, dans l'histoire moderne, jamais un chef d'État n'a décidé, de sang-froid, d'organiser l'extermination industrielle de six millions de ses semblables. Il a sacrifié des ressources qui lui eussent été utiles dans la conduite de la guerre afin d'assouvir sa haine, afin qu'en tout état de cause, quelle que fût l'issue, ceux qu'il détestait ne pussent survivre.
Il a sacrifié des ressources qui lui eussent été utiles dans la conduite de la guerre afin d'assouvir sa haine, afin qu'en tout état de cause, quelle que fût l'issue, ceux qu'il détestait ne pussent survivre. L'objectif que se proposait le parti national-socialiste était de refaire la carte raciale de l'Europe, d'éliminer certains peuples tenus pour inférieurs, d'assurer le triomphe de tel peuple, jugé supérieur. A ce moment-là sévit une terreur plus encore imprévisible que celle qui pouvait frapper les citoyens soviétiques et dont surtout l'objectif est autre.
Key Concepts
- A l'origine, historiquement, le régime hitlérien naît d'une volonté autre que la volonté communiste ; il naît de la volonté de refaire l'unité morale de l'Allemagne et, au-delà, d'élargir le territoire ouvert au peuple allemand, donc de faire la guerre et des conquêtes.
- Le phéromène terroriste dont le régime hitlérien nous offre l'exemple est l'extermination de six millions de Juifs, en pleine guerre, entre 1941 et 1944.
- Cette extermination a été décidée par un homme, conseillé par un ou deux autres ; l'entreprise elle-même est aussi irrationnelle par rapport aux objectifs de la guerre que l'est la grande purge par rapport aux objectifs du régime soviétique.
- dans l'histoire moderne, jamais un chef d'État n'a décidé, de sang-froid, d'organiser l'extermination industrielle de six millions de ses semblables.
- L'objectif que se proposait le parti national-socialiste était de refaire la carte raciale de l'Europe, d'éliminer certains peuples tenus pour inférieurs, d'assurer le triomphe de tel peuple, jugé supérieur.
Context
Dans la seconde moitié du passage, Aron se tourne vers le cas hitlérien, en analysant l’extermination des Juifs comme la forme spécifique de terreur du régime nazi, et en la mettant en parallèle avec la grande purge soviétique du point de vue de l’irrationalité par rapport aux objectifs proclamés.