Par opposition au régime constitutionnel‑pluraliste, Aron distingue trois grands types de « régimes du fil de l’épée » : 1) un type hostile au pluralisme des partis mais non à la constitutionnalité (autoritarisme traditionaliste à parti unique ou sans partis de type portugais/salazariste) ; 2) un type fasciste, hostile au parlementarisme et reposant sur un parti d’État visant à la politisation/fanatisation de la société ; 3) un type totalitaire monopartiste visant, en théorie, à l’unification de la société en une classe unique (régime communiste).
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron annonce qu’il va traiter de « trois modalités du fil de l'épée, la révolution espagnole, la révolution nationale-socialiste et la révolution russe, qui, en dépit de leurs différences, ont eu en commun d'être issues de la prise du pouvoir violente par un groupe d'hommes, minoritaires et armés. »
- Il pose ensuite la typologie générale : « Par opposition au régime constitutionnel-pluraliste, on distingue trois types de régimes. Le premier serait opposé au pluralisme des partis plutôt qu'à la constitutionnalité. Le deuxième type serait hostile au pluralisme des partis mais favorable à un parti révolutionnaire, confondu avec l'État ; c'est le cas du régime hitlérien. Enfin un troisième type serait, comme le précédent, hostile au pluralisme des partis et favorable à un parti révolutionnaire, mais l'objectif de ce parti révolutionnaire-monopolistique serait, en théorie, l'unification de la société en une classe unique. »
- Le premier type est illustré par le Portugal de Salazar : « Le régime portugais offre un exemple du premier type. Certes, Salazar n'accepte pas une constitution de type parlementaire, mais il s'efforce de limiter les pouvoirs de l'État, d'assurer l'autonomie des corps sociaux. Un régime de cet ordre tend à créer une représentation différente de la représentation parlementaire. Il exclut la rivalité des partis, la compétition permanente pour l'exercice du pouvoir, mais il affirme que les gouvernants n'ont pas et ne doivent pas avoir la toute-puissance, qu'ils sont subordonnés aux lois, à la morale, à la religion. »
- Ce premier type « se réclame d'une idéologie traditionaliste, il prétend éliminer l'agitation des partis et du parlement, sans aboutir à une confusion de la société et de l'État. Régime qui voudrait être libéral sans être démocratique, mais qui ne parvient pas à être libéral. »
- Le deuxième type, qualifié de « vulgairement fasciste », a en commun avec le premier la condamnation des idées démocratiques et parlementaires, mais vise à la politisation/fanatisation des masses et repose sur un parti d’État : « Le régime de Salazar souhaite plutôt « dépolitiser » les hommes, celui de Mussolini ou de Hitler veut les « politiser » ou les « fanatiser ». Le régime de Salazar n'a pas de parti d'État, le régime de Mussolini ou de Hitler avait un parti d'État. »
- Aron situe le régime espagnol de Franco comme intermédiaire, combinant traditionalisme et éléments fascistes (notamment le mouvement phalangiste) : « Le régime espagnol semble un intermédiaire entre le premier type et le deuxième ; comme le premier, il se réclame de la pensée traditionaliste ; il prétend maintenir le rôle de l'Église, il affirme que l'autorité vient d'en haut et ne doit pas être subordonnée aux préférences des citoyens, mais il est hostile à un État total. [...] le mouvement phalangiste qui présente des similitudes avec le mouvement fasciste italien. »
- Le troisième type – qui sera développé plus loin dans le livre – correspond aux régimes de parti révolutionnaire monopolistique visant l’unification de la société en une classe unique, c’est‑à‑dire aux régimes communistes totalitaires (même si le mot « communisme » n’est pas ici explicitement mentionné, l’allusion à la « révolution russe » et à l’« unification en une classe unique » renvoie à ce modèle).
Source Quotes
Passons à la troisième partie de ce cours, consacrée aux régimes du fil de l'épée1. Je traiterai de trois modalités du fil de l'épée, la révolution espagnole, la révolution nationale-socialiste et la révolution russe, qui, en dépit de leurs différences, ont eu en commun d'être issues de la prise du pouvoir violente par un groupe d'hommes, minoritaires et armés. Par opposition au régime constitutionnel-pluraliste, on distingue trois types de régimes.
Je traiterai de trois modalités du fil de l'épée, la révolution espagnole, la révolution nationale-socialiste et la révolution russe, qui, en dépit de leurs différences, ont eu en commun d'être issues de la prise du pouvoir violente par un groupe d'hommes, minoritaires et armés. Par opposition au régime constitutionnel-pluraliste, on distingue trois types de régimes. Le premier serait opposé au pluralisme des partis plutôt qu'à la constitutionnalité.
Par opposition au régime constitutionnel-pluraliste, on distingue trois types de régimes. Le premier serait opposé au pluralisme des partis plutôt qu'à la constitutionnalité. Le deuxième type serait hostile au pluralisme des partis mais favorable à un parti révolutionnaire, confondu avec l'État ; c'est le cas du régime hitlérien.
Le premier serait opposé au pluralisme des partis plutôt qu'à la constitutionnalité. Le deuxième type serait hostile au pluralisme des partis mais favorable à un parti révolutionnaire, confondu avec l'État ; c'est le cas du régime hitlérien. Enfin un troisième type serait, comme le précédent, hostile au pluralisme des partis et favorable à un parti révolutionnaire, mais l'objectif de ce parti révolutionnaire-monopolistique serait, en théorie, l'unification de la société en une classe unique.
Le deuxième type serait hostile au pluralisme des partis mais favorable à un parti révolutionnaire, confondu avec l'État ; c'est le cas du régime hitlérien. Enfin un troisième type serait, comme le précédent, hostile au pluralisme des partis et favorable à un parti révolutionnaire, mais l'objectif de ce parti révolutionnaire-monopolistique serait, en théorie, l'unification de la société en une classe unique. Le régime portugais offre un exemple du premier type.
Enfin un troisième type serait, comme le précédent, hostile au pluralisme des partis et favorable à un parti révolutionnaire, mais l'objectif de ce parti révolutionnaire-monopolistique serait, en théorie, l'unification de la société en une classe unique. Le régime portugais offre un exemple du premier type. Certes, Salazar n'accepte pas une constitution de type parlementaire, mais il s'efforce de limiter les pouvoirs de l'État, d'assurer l'autonomie des corps sociaux.
Le régime portugais offre un exemple du premier type. Certes, Salazar n'accepte pas une constitution de type parlementaire, mais il s'efforce de limiter les pouvoirs de l'État, d'assurer l'autonomie des corps sociaux. Un régime de cet ordre tend à créer une représentation différente de la représentation parlementaire.
Un régime de cet ordre tend à créer une représentation différente de la représentation parlementaire. Il exclut la rivalité des partis, la compétition permanente pour l'exercice du pouvoir, mais il affirme que les gouvernants n'ont pas et ne doivent pas avoir la toute-puissance, qu'ils sont subordonnés aux lois, à la morale, à la religion. Il se réclame d'une idéologie traditionaliste, il prétend éliminer l'agitation des partis et du parlement, sans aboutir à une confusion de la société et de l'État.
Il se réclame d'une idéologie traditionaliste, il prétend éliminer l'agitation des partis et du parlement, sans aboutir à une confusion de la société et de l'État. Régime qui voudrait être libéral sans être démocratique, mais qui ne parvient pas à être libéral. Le deuxième type de régime, que l'on appelle vulgairement fasciste, a en commun avec le type précédent la condamnation portée sur les idées démocratiques et les pratiques parlementaires, mais on aperçoit plusieurs différences.
Le deuxième type de régime, que l'on appelle vulgairement fasciste, a en commun avec le type précédent la condamnation portée sur les idées démocratiques et les pratiques parlementaires, mais on aperçoit plusieurs différences. Le régime de Salazar souhaite plutôt « dépolitiser » les hommes, celui de Mussolini ou de Hitler veut les « politiser » ou les « fanatiser ». Le régime de Salazar n'a pas de parti d'État, le régime de Mussolini ou de Hitler avait un parti d'État. Régime espagnol, régime italien, régime allemand ont en commun la condamnation de ce qu'ils appellent les idées de 1789, démocratiques et libérales.
Ils invoquent tous trois le principe d'autorité, mais les doctrines dont ils se réclament sont diverses. Le régime espagnol semble un intermédiaire entre le premier type et le deuxième ; comme le premier, il se réclame de la pensée traditionaliste ; il prétend maintenir le rôle de l'Église, il affirme que l'autorité vient d'en haut et ne doit pas être subordonnée aux préférences des citoyens, mais il est hostile à un État total. Le régime espagnol est moins conservateur que celui de Salazar, il comporte certains éléments du fascisme moderne, ne serait-ce que le mouvement phalangiste qui présente des similitudes avec le mouvement fasciste italien.
Key Concepts
- Je traiterai de trois modalités du fil de l'épée, la révolution espagnole, la révolution nationale-socialiste et la révolution russe, qui, en dépit de leurs différences, ont eu en commun d'être issues de la prise du pouvoir violente par un groupe d'hommes, minoritaires et armés.
- Par opposition au régime constitutionnel-pluraliste, on distingue trois types de régimes.
- Le premier serait opposé au pluralisme des partis plutôt qu'à la constitutionnalité.
- Le deuxième type serait hostile au pluralisme des partis mais favorable à un parti révolutionnaire, confondu avec l'État ; c'est le cas du régime hitlérien.
- Enfin un troisième type serait, comme le précédent, hostile au pluralisme des partis et favorable à un parti révolutionnaire, mais l'objectif de ce parti révolutionnaire-monopolistique serait, en théorie, l'unification de la société en une classe unique.
- Le régime portugais offre un exemple du premier type.
- il s'efforce de limiter les pouvoirs de l'État, d'assurer l'autonomie des corps sociaux.
- Il exclut la rivalité des partis, la compétition permanente pour l'exercice du pouvoir, mais il affirme que les gouvernants n'ont pas et ne doivent pas avoir la toute-puissance, qu'ils sont subordonnés aux lois, à la morale, à la religion.
- Régime qui voudrait être libéral sans être démocratique, mais qui ne parvient pas à être libéral.
- Le régime de Salazar souhaite plutôt « dépolitiser » les hommes, celui de Mussolini ou de Hitler veut les « politiser » ou les « fanatiser ». Le régime de Salazar n'a pas de parti d'État, le régime de Mussolini ou de Hitler avait un parti d'État.
- Le régime espagnol semble un intermédiaire entre le premier type et le deuxième ; comme le premier, il se réclame de la pensée traditionaliste ; il prétend maintenir le rôle de l'Église, il affirme que l'autorité vient d'en haut et ne doit pas être subordonnée aux préférences des citoyens, mais il est hostile à un État total.
Context
Transition entre la fin de l’analyse des régimes constitutionnels (fil de soie) et l’ouverture de la troisième partie sur les régimes issus de prises de pouvoir violentes : Aron ébauche une typologie des régimes non pluralistes (autoritaire traditionaliste, fasciste, totalitaire communiste) à partir des cas portugais, espagnol, italien et allemand.