Pour Aron, une théorie adéquate du régime soviétique doit être complexe et multicausale : elle doit articuler la découverte par les bolcheviks d’une technique originale d’industrialisation avec l’existence d’un absolutisme bureaucratique rappelant les despotismes orientaux, les survivances d’une origine révolutionnaire (volonté de changement, expansion et monopole idéologique) et l’usage des moyens modernes de persuasion et d’action psychologique, combinaison qui constitue l’originalité du despotisme soviétique par rapport aux despotismes du passé.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron conclut sa revue des théories en affirmant : « Une théorie du régime soviétique doit être complexe ; les différents aspects de ce régime ne s'expliquent ni par un schéma unique ni par une seule cause. » Il rejette donc toute explication unidimensionnelle.
  • Il reconnaît aux bolcheviks « le mérite de découvrir une technique d'industrialisation, inconnue avant eux, dont ils n'avaient pas une claire conscience à l'avance. Cette technique a été mise en œuvre par un régime politique qui est une combinaison du pouvoir absolu d'un ou de quelques hommes, et d'une bureaucratie nombreuse qui exerce l'ensemble des fonctions de direction technique, économique, administrative et idéologique dans la société. »
  • Il qualifie cette structure d’« absolutisme bureaucratique » et note qu’elle « ne peut pas ne pas rappeler les absolutismes bureaucratiques du passé. Nombre des empires asiatiques ont comporté des institutions analogues. »
  • Mais il ajoute que « ce régime comporte aussi des survivances de ses origines révolutionnaires. Ce qui lui donne un caractère contradictoire et passionnant, c'est que l'absolutisme bureaucratique n'exclut pas la volonté révolutionnaire. Il reste animé par la volonté d'expansion, d'idéologie et de puissance, il conserve un monopole idéologique, il impose une orthodoxie à tous les citoyens. »
  • Aron souligne que, contrairement aux despotismes anciens, « Les despotismes du passé se réclamaient d'une religion, le despotisme soviétique se réclame d'une idéologie, d'origine occidentale, qui se veut rationnelle et qui porte sur la réalité elle-même. »
  • Il insiste sur l’« originalité de la synthèse » : « aux traits ordinaires des despotismes bureaucratiques s'ajoutent la volonté de changement du parti révolutionnaire et une idéologie d'inspiration rationaliste qui constitue par elle-même une critique de la réalité. »
  • Enfin, « la société industrielle moderne a donné au régime soviétique des moyens d'action dont aucun despotisme du passé n'avait disposé, le monopole des moyens de persuasion et des techniques nouvelles d'action psychologique. »
  • Aron distingue aussi l’URSS des despotismes asiatiques en rappelant que « Le despotisme asiatique ne comportait pas la création d'un homme nouveau et l'attente de la fin de la préhistoire. » : la visée anthropologique et eschatologique du communisme est une nouveauté.

Source Quotes

Quelles conclusions tirer de cette revue des théories ? Une théorie du régime soviétique doit être complexe ; les différents aspects de ce régime ne s'expliquent ni par un schéma unique ni par une seule cause. Les bolcheviks ont eu le mérite de découvrir une technique d'industrialisation, inconnue avant eux, dont ils n'avaient pas une claire conscience à l'avance.
Une théorie du régime soviétique doit être complexe ; les différents aspects de ce régime ne s'expliquent ni par un schéma unique ni par une seule cause. Les bolcheviks ont eu le mérite de découvrir une technique d'industrialisation, inconnue avant eux, dont ils n'avaient pas une claire conscience à l'avance. Cette technique a été mise en œuvre par un régime politique qui est une combinaison du pouvoir absolu d'un ou de quelques hommes, et d'une bureaucratie nombreuse qui exerce l'ensemble des fonctions de direction technique, économique, administrative et idéologique dans la société.
Les bolcheviks ont eu le mérite de découvrir une technique d'industrialisation, inconnue avant eux, dont ils n'avaient pas une claire conscience à l'avance. Cette technique a été mise en œuvre par un régime politique qui est une combinaison du pouvoir absolu d'un ou de quelques hommes, et d'une bureaucratie nombreuse qui exerce l'ensemble des fonctions de direction technique, économique, administrative et idéologique dans la société. Cet absolutisme bureaucratique ne peut pas ne pas rappeler les absolutismes bureaucratiques du passé.
Cette technique a été mise en œuvre par un régime politique qui est une combinaison du pouvoir absolu d'un ou de quelques hommes, et d'une bureaucratie nombreuse qui exerce l'ensemble des fonctions de direction technique, économique, administrative et idéologique dans la société. Cet absolutisme bureaucratique ne peut pas ne pas rappeler les absolutismes bureaucratiques du passé. Nombre des empires asiatiques ont comporté des institutions analogues.
Nombre des empires asiatiques ont comporté des institutions analogues. Mais ce régime comporte aussi des survivances de ses origines révolutionnaires. Ce qui lui donne un caractère contradictoire et passionnant, c'est que l'absolutisme bureaucratique n'exclut pas la volonté révolutionnaire.
Mais ce régime comporte aussi des survivances de ses origines révolutionnaires. Ce qui lui donne un caractère contradictoire et passionnant, c'est que l'absolutisme bureaucratique n'exclut pas la volonté révolutionnaire. Il reste animé par la volonté d'expansion, d'idéologie et de puissance, il conserve un monopole idéologique, il impose une orthodoxie à tous les citoyens.
Il reste animé par la volonté d'expansion, d'idéologie et de puissance, il conserve un monopole idéologique, il impose une orthodoxie à tous les citoyens. Les despotismes du passé se réclamaient d'une religion, le despotisme soviétique se réclame d'une idéologie, d'origine occidentale, qui se veut rationnelle et qui porte sur la réalité elle-même. Ainsi se découvre l'originalité de la synthèse : aux traits ordinaires des despotismes bureaucratiques s'ajoutent la volonté de changement du parti révolutionnaire et une idéologie d'inspiration rationaliste qui constitue par elle-même une critique de la réalité.
Les despotismes du passé se réclamaient d'une religion, le despotisme soviétique se réclame d'une idéologie, d'origine occidentale, qui se veut rationnelle et qui porte sur la réalité elle-même. Ainsi se découvre l'originalité de la synthèse : aux traits ordinaires des despotismes bureaucratiques s'ajoutent la volonté de changement du parti révolutionnaire et une idéologie d'inspiration rationaliste qui constitue par elle-même une critique de la réalité. Enfin, la société industrielle moderne a donné au régime soviétique des moyens d'action dont aucun despotisme du passé n'avait disposé, le monopole des moyens de persuasion et des techniques nouvelles d'action psychologique.
Ainsi se découvre l'originalité de la synthèse : aux traits ordinaires des despotismes bureaucratiques s'ajoutent la volonté de changement du parti révolutionnaire et une idéologie d'inspiration rationaliste qui constitue par elle-même une critique de la réalité. Enfin, la société industrielle moderne a donné au régime soviétique des moyens d'action dont aucun despotisme du passé n'avait disposé, le monopole des moyens de persuasion et des techniques nouvelles d'action psychologique. Le despotisme asiatique ne comportait pas la création d'un homme nouveau et l'attente de la fin de la préhistoire.
Enfin, la société industrielle moderne a donné au régime soviétique des moyens d'action dont aucun despotisme du passé n'avait disposé, le monopole des moyens de persuasion et des techniques nouvelles d'action psychologique. Le despotisme asiatique ne comportait pas la création d'un homme nouveau et l'attente de la fin de la préhistoire. 1 Une autre formule, à la mode en 1965, est celle de l'État du peuple entier.

Key Concepts

  • Une théorie du régime soviétique doit être complexe ; les différents aspects de ce régime ne s'expliquent ni par un schéma unique ni par une seule cause.
  • Les bolcheviks ont eu le mérite de découvrir une technique d'industrialisation, inconnue avant eux, dont ils n'avaient pas une claire conscience à l'avance.
  • Cette technique a été mise en œuvre par un régime politique qui est une combinaison du pouvoir absolu d'un ou de quelques hommes, et d'une bureaucratie nombreuse qui exerce l'ensemble des fonctions de direction technique, économique, administrative et idéologique dans la société.
  • Cet absolutisme bureaucratique ne peut pas ne pas rappeler les absolutismes bureaucratiques du passé.
  • Mais ce régime comporte aussi des survivances de ses origines révolutionnaires.
  • Ce qui lui donne un caractère contradictoire et passionnant, c'est que l'absolutisme bureaucratique n'exclut pas la volonté révolutionnaire.
  • Les despotismes du passé se réclamaient d'une religion, le despotisme soviétique se réclame d'une idéologie, d'origine occidentale, qui se veut rationnelle et qui porte sur la réalité elle-même.
  • Ainsi se découvre l'originalité de la synthèse : aux traits ordinaires des despotismes bureaucratiques s'ajoutent la volonté de changement du parti révolutionnaire et une idéologie d'inspiration rationaliste qui constitue par elle-même une critique de la réalité.
  • Enfin, la société industrielle moderne a donné au régime soviétique des moyens d'action dont aucun despotisme du passé n'avait disposé, le monopole des moyens de persuasion et des techniques nouvelles d'action psychologique.
  • Le despotisme asiatique ne comportait pas la création d'un homme nouveau et l'attente de la fin de la préhistoire.

Context

Conclusion du chapitre XVI sur les théories du régime soviétique : après avoir passé en revue et critiqué différents modèles marxistes et néo‑marxistes, Aron propose sa propre vue synthétique du régime soviétique comme combinaison originale d’absolutisme bureaucratique, d’héritage révolutionnaire et d’idéologie rationaliste dans une société industrielle.