Pour construire une théorie des régimes politiques contemporains, la variable décisive n’est pas l’ordre administratif – largement similaire d’un régime à l’autre dans un même type de société – mais le « système politique au sens étroit », c’est‑à‑dire le mode d’organisation de la décision, des rapports gouvernés/gouvernants et de la relève des gouvernants, que Aron propose de caractériser par l’opposition entre partis multiples et parti unique.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron rappelle qu’il a d’abord distingué fonctions administrative et politique, et qu’elles sont incarnées dans deux types d’hommes et deux types d’organisations : « d'une part les fonctionnaires et la bureaucratie, de l'autre les hommes politiques et le système électoral, parlementaire ou partisan ».
  • Il affirme que ce sont les hommes politiques qui remplissent la « fonction essentielle » : « assurer l'obéissance des gouvernés aux décisions prises par les gouvernants, mettre en relations le sous-système politique avec les valeurs les plus hautes de la collectivité, valeurs que le régime prétend servir. »
  • Il écarte explicitement l’administration comme critère distinctif des régimes : « La réponse n'est pas douteuse : ce n'est pas dans l'ordre administratif que nous trouverons ce qui constitue la spécificité de chaque régime. La fonction administrative présente nécessairement de grandes similitudes de régime à régime. »
  • Il précise que, dans un certain type de société, « nombre de fonctions administratives seront les mêmes, quel que soit le régime », alors que « Le système politique, au sens étroit du terme, détermine les rapports entre gouvernés et gouvernants, fixe le mode de coopération des hommes dans la gestion des affaires publiques, oriente l'action étatique, organise la relève des gouvernants. »
  • Sur cette base, il choisit son critère : « C'est donc le système politique, au sens étroit, qui nous permettra de reconnaître les traits originaux, propres à chaque régime. Quant au critère de discrimination, je choisirai, par une décision que justifiera la suite de l'analyse, la distinction entre partis multiples et parti unique. »

Source Quotes

IV PARTIS MULTIPLES ET PARTI MONOPOLISTIQUE Nous sommes en quête d'une théorie des régimes politiques de notre époque. Par théorie, j'entends plus que la description des régimes tels qu'ils fonctionnent.
Par théorie, j'entends plus que la description des régimes tels qu'ils fonctionnent. La théorie implique la détermination des caractéristiques majeures à partir desquelles la logique interne de chaque régime peut être comprise. Dans cette recherche, nous sommes partis des fonctions au sens le plus formalisé du terme.
La fonction exécutive ou politique, au sens large et formalisé, couvre à la fois ce que les juristes appellent l'exécutif et le législatif. Ces deux sortes de fonctions sont exercées dans nos sociétés par deux types d'hommes, elles sont incarnées dans deux types d'organisations, d'une part les fonctionnaires et la bureaucratie, de l'autre les hommes politiques et le système électoral, parlementaire ou partisan. Ce sont les hommes politiques qui remplissent, dans les sociétés modernes, la fonction essentielle : assurer l'obéissance des gouvernés aux décisions prises par les gouvernants, mettre en relations le sous-système politique avec les valeurs les plus hautes de la collectivité, valeurs que le régime prétend servir.
De ces deux fonctions, de ces deux types d'hommes, de ces deux sortes d'organismes, lequel nous aidera à découvrir la variable majeure, la caractéristique maîtresse des régimes ? La réponse n'est pas douteuse : ce n'est pas dans l'ordre administratif que nous trouverons ce qui constitue la spécificité de chaque régime. La fonction administrative présente nécessairement de grandes similitudes de régime à régime.
Le système politique, au sens étroit du terme, détermine les rapports entre gouvernés et gouvernants, fixe le mode de coopération des hommes dans la gestion des affaires publiques, oriente l'action étatique, organise la relève des gouvernants. C'est donc le système politique, au sens étroit, qui nous permettra de reconnaître les traits originaux, propres à chaque régime. Quant au critère de discrimination, je choisirai, par une décision que justifiera la suite de l'analyse, la distinction entre partis multiples et parti unique. Dès lors que plusieurs partis ont légalement le droit d'exister, ils sont inévitablement en compétition pour l'exercice du pouvoir.

Key Concepts

  • Nous sommes en quête d'une théorie des régimes politiques de notre époque.
  • La théorie implique la détermination des caractéristiques majeures à partir desquelles la logique interne de chaque régime peut être comprise.
  • Ces deux sortes de fonctions sont exercées dans nos sociétés par deux types d'hommes, elles sont incarnées dans deux types d'organisations, d'une part les fonctionnaires et la bureaucratie, de l'autre les hommes politiques et le système électoral, parlementaire ou partisan.
  • La réponse n'est pas douteuse : ce n'est pas dans l'ordre administratif que nous trouverons ce qui constitue la spécificité de chaque régime.
  • C'est donc le système politique, au sens étroit, qui nous permettra de reconnaître les traits originaux, propres à chaque régime. Quant au critère de discrimination, je choisirai, par une décision que justifiera la suite de l'analyse, la distinction entre partis multiples et parti unique.

Context

Début du chapitre IV, après avoir décrit fonctions administrative et politique et leurs acteurs respectifs, Aron explicite l’objectif d’une théorie des régimes contemporains et justifie méthodologiquement le choix du système de partis (multiples vs unique) comme variable principale de discrimination.