Pour juger un régime politique, il faut tenir compte des tâches historiques qu’il a à accomplir : la IVe et la IIIe Républiques ont dû affronter des missions lourdes (reconstruction, Europe, modernisation, décolonisation), alors que la Ve laisse présager un héritage moins lourd, malgré certains legs problématiques du gaullisme.

By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism

Key Arguments

  • Aron reproche aux observateurs de juger les régimes « en faisant abstraction des tâches qu'ils ont à remplir », ce qui conduit à méconnaître la difficulté objective des contextes historiques.
  • Il énumère les tâches de la France après 1945 : relever les ruines, s’insérer dans une nouvelle conjoncture diplomatique, consentir à une Europe unie, moderniser l’économie, transformer ou abandonner l’empire, ce qui nuance le jugement sur la IVe République.
  • Il souligne que le conflit permanent entre de Gaulle et les partis a pesé sur la IVe et paralysé certaines politiques (unification européenne, décolonisation) que la Ve revendiquera ensuite comme ses titres de gloire.
  • Il affirme que « la République gaulliste ne laissera pas un héritage aussi lourd » et que « rien n'annonce le surgissement de problèmes aussi difficiles », ce qui relativise les inquiétudes sur la stabilité future.
  • Il pointe cependant comme tâche difficile la « liquidation de certains éléments du gaullisme » : habitudes d’autoritarisme, style de politique extérieure fondé sur l’éclat plutôt que sur des constructions durables, confusion entre tactique et stratégie.

Source Quotes

Personnellement, je reconnais volontiers les incertitudes de l'avenir sans les prendre au tragique. Les observateurs ont tendance à juger les régimes politiques en faisant abstraction des tâches qu'ils ont à remplir. La IVe République et même la IIIe ont eu de lourdes tâches.
La IVe République et même la IIIe ont eu de lourdes tâches. Après 1945, la France devait tout à la fois relever ses ruines, s'insérer dans une conjoncture diplomatique sans précédent, consentir à une Europe unie, moderniser son économie et transformer fondamentalement, sinon abandonner l'empire. Le conflit permanent entre le général de Gaulle et les partis, de 1946 à 1958, a pesé sur la IVe République et a été un facteur de paralysie puisque les gaullistes ne cessaient de critiquer l'œuvre d'unification europérenne et de décolonisation – œuvre qui est aujourd'hui le meilleur titre de la Ve République à la reconnaissance des Français.
Après 1945, la France devait tout à la fois relever ses ruines, s'insérer dans une conjoncture diplomatique sans précédent, consentir à une Europe unie, moderniser son économie et transformer fondamentalement, sinon abandonner l'empire. Le conflit permanent entre le général de Gaulle et les partis, de 1946 à 1958, a pesé sur la IVe République et a été un facteur de paralysie puisque les gaullistes ne cessaient de critiquer l'œuvre d'unification europérenne et de décolonisation – œuvre qui est aujourd'hui le meilleur titre de la Ve République à la reconnaissance des Français. La République gaulliste ne laissera pas un héritage aussi lourd.
Le conflit permanent entre le général de Gaulle et les partis, de 1946 à 1958, a pesé sur la IVe République et a été un facteur de paralysie puisque les gaullistes ne cessaient de critiquer l'œuvre d'unification europérenne et de décolonisation – œuvre qui est aujourd'hui le meilleur titre de la Ve République à la reconnaissance des Français. La République gaulliste ne laissera pas un héritage aussi lourd. Les principaux problèmes que la France devait résoudre après 1945 sont maintenant résolus.
Sauf accident, rien n'annonce le surgissement de problèmes aussi difficiles. Peut-être le plus difficile sera-t-il encore la liquidation de certains éléments du gaullisme : habitudes d'autoritarisme et d'arbitraire que le style du président de la République a transmises à de petits seigneurs, politique extérieure qui préfère l'éclat et les succès de théâtre aux constructions durables et qui ne parvient plus à distinguer tactique et stratégie, jeu et objectif, ou encore qui semble finalement n'avoir d'autre objectif que de s'affirmer elle-même dans un jeu à chaque instant renouvelé. La IVe République m'avait servi d'exemple de la corruption d'un régime constitutionnel-pluraliste dans la première partie de ce cours.

Key Concepts

  • Les observateurs ont tendance à juger les régimes politiques en faisant abstraction des tâches qu'ils ont à remplir.
  • Après 1945, la France devait tout à la fois relever ses ruines, s'insérer dans une conjoncture diplomatique sans précédent, consentir à une Europe unie, moderniser son économie et transformer fondamentalement, sinon abandonner l'empire.
  • Le conflit permanent entre le général de Gaulle et les partis, de 1946 à 1958, a pesé sur la IVe République et a été un facteur de paralysie puisque les gaullistes ne cessaient de critiquer l'œuvre d'unification europérenne et de décolonisation – œuvre qui est aujourd'hui le meilleur titre de la Ve République à la reconnaissance des Français.
  • La République gaulliste ne laissera pas un héritage aussi lourd.
  • Peut-être le plus difficile sera-t-il encore la liquidation de certains éléments du gaullisme : habitudes d'autoritarisme et d'arbitraire que le style du président de la République a transmises à de petits seigneurs, politique extérieure qui préfère l'éclat et les succès de théâtre aux constructions durables et qui ne parvient plus à distinguer tactique et stratégie, jeu et objectif, ou encore qui semble finalement n'avoir d'autre objectif que de s'affirmer elle-même dans un jeu à chaque instant renouvelé.

Context

Réflexion de portée plus générale dans l’Introduction sur les critères d’évaluation des régimes et sur les legs respectifs de la IVe et de la Ve République.