Une révolution contre un régime de parti monopolistique solidement enraciné comme l’URSS ne peut survenir que si se produit une scission au sein de la minorité privilégiée ; tant que le personnel politique et la bureaucratie restent solidaires et que le régime conserve un minimum d’adhésion nationale fondé sur la puissance et le progrès, une insurrection populaire est hautement improbable, contrairement aux cas polonais et hongrois où faisait défaut le caractère national du régime.
By Raymond Aron, from Democracy and Totalitarianism
Key Arguments
- Aron reconnaît la possibilité théorique de révolutions contre des partis uniques : « Nous connaissons des révolutions contre des régimes pluralistes ; pourquoi n'y aurait-il pas de révolution contre des régimes de parti monopolistique ? »
- Il évoque les précédents de l’Est européen : « Jusqu'à présent, à l'est de l'Europe, deux révolutions se sont produites contre des régimes de parti monopolistique ou plutôt des pseudo-régimes de parti monopolistique. Aussi bien en Pologne qu'en Hongrie, en effet, il manquait l'essentiel : le caractère national du régime lui-même. En Pologne comme en Hongrie, le régime n'aurait pu ni s'établir, ni durer sans l'Union soviétique. »
- Il insiste sur l’absence d’adhésion nationale minimale en Hongrie : « En Hongrie, le régime était dépourvu du minimum d'adhésion nationale indispensable à tout régime autoritaire de ce style. »
- Pour l’URSS, il fixe la condition d’une révolution : « Pour qu'une révolution intervienne dans un régime de parti monopolistique, solidement enraciné comme en Union soviétique, il faudrait que se produisît une scission dans la minorité privilégiée. Tant que le personnel politique et l'ensemble de la bureaucratie restent solidaires, on voit mal comment les gouvernés auraient la possibilité de se révolter. »
- Il ajoute que rien ne laisse présager une telle volonté de révolte : « Rien ne permet pour l'instant de penser qu'ils en aient le désir. Je ne dis pas que, s'il y avait des élections libres, ils voteraient pour un tel régime, mais, par définition, un régime de cet ordre ne s'est pas établi par des élections libres, au sens occidental du terme, et il ne remet pas son sort à des élections. »
- Enfin il rappelle les bases de légitimité du régime aux yeux des gouvernés : « Le régime soviétique suppose la conviction des gouvernés qu'on ne leur demandera pas leur sentiment sur les mérites de l'État. Il a donné à l'Union soviétique la grandeur, la puissance, des progrès économiques d'année en année, il faut un étrange optimisme ou un curieux pessimisme pour compter sur un bouleversement alors que le peuple russe a l'orgueil d'être aujourd'hui le deuxième pays du monde et la conviction d'être demain le premier. »
Source Quotes
J'ai laissé de côté une hypothèse dont je voudrais dire un mot pour finir, celle de la révolution. Nous connaissons des révolutions contre des régimes pluralistes ; pourquoi n'y aurait-il pas de révolution contre des régimes de parti monopolistique ? Jusqu'à présent, à l'est de l'Europe, deux révolutions se sont produites contre des régimes de parti monopolistique ou plutôt des pseudo-régimes de parti monopolistique.
Jusqu'à présent, à l'est de l'Europe, deux révolutions se sont produites contre des régimes de parti monopolistique ou plutôt des pseudo-régimes de parti monopolistique. Aussi bien en Pologne qu'en Hongrie, en effet, il manquait l'essentiel : le caractère national du régime lui-même. En Pologne comme en Hongrie, le régime n'aurait pu ni s'établir, ni durer sans l'Union soviétique.
Gomulka, et l'on dit volontiers, à Varsovie, les uns parce qu'il est communiste, les autres, en dépit du fait qu'il est communiste. En Hongrie, le régime était dépourvu du minimum d'adhésion nationale indispensable à tout régime autoritaire de ce style. Pour qu'une révolution intervienne dans un régime de parti monopolistique, solidement enraciné comme en Union soviétique, il faudrait que se produisît une scission dans la minorité privilégiée.
En Hongrie, le régime était dépourvu du minimum d'adhésion nationale indispensable à tout régime autoritaire de ce style. Pour qu'une révolution intervienne dans un régime de parti monopolistique, solidement enraciné comme en Union soviétique, il faudrait que se produisît une scission dans la minorité privilégiée. Tant que le personnel politique et l'ensemble de la bureaucratie restent solidaires, on voit mal comment les gouvernés auraient la possibilité de se révolter.
Pour qu'une révolution intervienne dans un régime de parti monopolistique, solidement enraciné comme en Union soviétique, il faudrait que se produisît une scission dans la minorité privilégiée. Tant que le personnel politique et l'ensemble de la bureaucratie restent solidaires, on voit mal comment les gouvernés auraient la possibilité de se révolter. Rien ne permet pour l'instant de penser qu'ils en aient le désir.
Je ne dis pas que, s'il y avait des élections libres, ils voteraient pour un tel régime, mais, par définition, un régime de cet ordre ne s'est pas établi par des élections libres, au sens occidental du terme, et il ne remet pas son sort à des élections. Le régime soviétique suppose la conviction des gouvernés qu'on ne leur demandera pas leur sentiment sur les mérites de l'État. Il a donné à l'Union soviétique la grandeur, la puissance, des progrès économiques d'année en année, il faut un étrange optimisme ou un curieux pessimisme pour compter sur un bouleversement alors que le peuple russe a l'orgueil d'être aujourd'hui le deuxième pays du monde et la conviction d'être demain le premier.
Le régime soviétique suppose la conviction des gouvernés qu'on ne leur demandera pas leur sentiment sur les mérites de l'État. Il a donné à l'Union soviétique la grandeur, la puissance, des progrès économiques d'année en année, il faut un étrange optimisme ou un curieux pessimisme pour compter sur un bouleversement alors que le peuple russe a l'orgueil d'être aujourd'hui le deuxième pays du monde et la conviction d'être demain le premier.
Key Concepts
- Nous connaissons des révolutions contre des régimes pluralistes ; pourquoi n'y aurait-il pas de révolution contre des régimes de parti monopolistique ?
- en Pologne qu'en Hongrie, en effet, il manquait l'essentiel : le caractère national du régime lui-même.
- En Hongrie, le régime était dépourvu du minimum d'adhésion nationale indispensable à tout régime autoritaire de ce style.
- Pour qu'une révolution intervienne dans un régime de parti monopolistique, solidement enraciné comme en Union soviétique, il faudrait que se produisît une scission dans la minorité privilégiée.
- Tant que le personnel politique et l'ensemble de la bureaucratie restent solidaires, on voit mal comment les gouvernés auraient la possibilité de se révolter.
- Le régime soviétique suppose la conviction des gouvernés qu'on ne leur demandera pas leur sentiment sur les mérites de l'État.
- il faut un étrange optimisme ou un curieux pessimisme pour compter sur un bouleversement alors que le peuple russe a l'orgueil d'être aujourd'hui le deuxième pays du monde et la conviction d'être demain le premier.
Context
Conclusion du chapitre XVII sur le devenir du régime soviétique : Aron envisage explicitement l’hypothèse d’une révolution contre un régime de parti unique et, en la confrontant aux exemples de la Pologne et de la Hongrie, argumente sur l’improbabilité d’un tel scénario en URSS tant que le noyau dirigeant reste uni et que la puissance nationale nourrit l’orgueil populaire.