La hiérarchie nobiliaire anglaise repose sur une sacralisation graduelle où le lord est quasiment roi, le roi quasiment Dieu, et Dieu lui-même est interpellé comme "mylord", ce qui montre la confusion volontaire entre pouvoir politique, aristocratie et divinité.

By Victor Hugo, from L'Homme qui rit

Key Arguments

  • La formule de clôture condense la théologie implicite du système : « Le lord est à peu près roi. » puis « Le roi est à peu près Dieu. » établissent une continuité ascendante de nature quasi sacrée entre aristocrate, souverain et divinité.
  • Cette logique se renverse ironiquement dans la langue religieuse : « Les anglais disent à Dieu mylord. », ce qui met le vocabulaire de la vassalité et de la lordship au sommet de la représentation de Dieu.
  • La phrase « La terre est une lordship. » universalise le concept de seigneurie comme principe organisateur de l’espace terrestre, comme si la création entière était structurée comme un fief.
  • L’énumération précise des titres (« Le duc est très-haut et très-puissant prince ; le marquis et le comte, très-noble et puissant seigneur ; le vicomte, noble et puissant seigneur ; le baron, véritablement seigneur. ») construit une échelle quasi liturgique de dignités.
  • La hiérarchie se matérialise par les insignes (couronnes, tortils, perles, feuilles de fraisier, fleurs-de-lys) qui sacralisent visuellement ces degrés : « Le baron pair d'Angleterre porte un tortil à six perles. » ; « Le duc-royal, un cercle de croix et de fleurs-de-lys ; le prince de Galles, une couronne pareille à celle du roi, mais non fermée. »
  • Même les appellations et prédicats (« Most honourable » vs « right honourable » ; « grâce » pour le duc, « seigneurie » pour les autres) font l’objet d’une codification quasi théologique, soulignant la sacralisation verbale des lords.
  • L’ironie réside dans le titre de la liste (« SEULES CHOSES QU'IL IMPORTE DE SAVOIR ») appliqué à des minuties héraldiques et honorifiques, ce qui dénonce le caractère idolâtre de cette sacralisation.

Source Quotes

« SEULES CHOSES QU'IL IMPORTE DE SAVOIR : » Le baron pair d'Angleterre porte un tortil à six perles. » La couronne commence au vicomte. » Le vicomte porte une couronne de perles sans nombre ; le comte une couronne de perles sur pointes entremêlées de feuilles de fraisier plus basses ; le marquis, perles et feuilles d'égale hauteur ; le duc, fleurons sans perles ; le duc-royal, un cercle de croix et de fleurs-de-lys ; le prince de Galles, une couronne pareille à celle du roi, mais non fermée. » Le duc est très-haut et très-puissant prince ; le marquis et le comte, très-noble et puissant seigneur ; le vicomte, noble et puissant seigneur ; le baron, véritablement seigneur. » Le duc est grâce ; les autres pairs sont seigneurie. » Les lords sont inviolables. » Les pairs sont chambre et cour, concilium et curia, législature et justice. » “Most honourable” est plus que “right honourable”. » Les lords pairs sont qualifiés “lords de droit” ; les lords non pairs sont “lords de courtoisie” ; il n'y a de lords que ceux qui sont pairs. » Le lord ne prête jamais serment, ni au roi, ni en justice. Sa parole suffit.
Tout autre Anglais n'en peut avoir que quatre. » Un lord peut avoir huit tonneaux de vin sans payer de droits. » Le lord est seul exempt de se présenter devant le shérif de circuit. » Le lord ne peut être taxé pour la milice. » Quand il plaît à un lord, il lève un régiment et le donne au roi ; ainsi font Leurs Grâces le duc d'Athol, le duc de Hamilton, et le duc de Northumberland. » Le lord ne relève que des lords. » Dans les procès d'intérêt civil, il peut demander son renvoi de la cause, s'il n'y a pas au moins un chevalier parmi les juges. » Le lord nomme ses chapelains. » Un baron nomme trois chapelains ; un vicomte, quatre ; un comte et un marquis, cinq ; un duc, six. » Le lord ne peut être mis à la question, même pour haute trahison. » Le lord ne peut être marqué à la main. » Le lord est clerc, même ne sachant pas lire. Il sait de droit. » Un duc se fait accompagner par un dais partout où le roi n'est pas ; un vicomte a un dais dans sa maison ; un baron a un couvercle d'essai et se le fait tenir sous la coupe pendant qu'il boit ; une baronne a le droit de se faire porter la queue par un homme en présence d'une vicomtesse. » Quatre-vingt-six lords, ou fils aînés de lords, président aux quatre-vingt-six tables, de cinq cents couverts chacune, qui sont servies chaque jour à Sa Majesté dans son palais aux frais du pays environnant la résidence royale. » Un roturier qui frappe un lord a le poing coupé. » Le lord est à peu près roi. » Le roi est à peu près Dieu. » La terre est une lordship. » Les anglais disent à Dieu mylord. » Vis-à-vis cette inscription, on en lisait une deuxième, écrite de la même façon, et que voici : « SATISFACTIONS QUI DOIVENT SUFFIRE À CEUX QUI N'ONT RIEN : » Henri Auverquerque, comte de Grantham, qui siège à la chambre des lords entre le comte de Jersey et le comte de Greenwich, a cent mille livres sterling de rente. C'est à Sa Seigneurie qu'appartient le palais Grantham-Terrace, bâti tout en marbre, et célèbre par ce qu'on appelle le labyrintne des corridors, qui est une curiosité où il y a le corridor incarnat en marbre de Sarancolin, le corridor brun en lumachelle d'Astracan, le corridor blanc en marbre de Lani, le corridor noir en marbre d'Alabanda, le corridor gris en marbre de Staremma, le corridor jaune en marbre de Hesse, le corridor vert en marbre du Tyrol, le corridor rouge mi-parti griotte de Bohême et lumachelle de Cordoue, le corridor bleu en turquin de Gênes, le corridor violet en granit de Catalogne, le corridor deuil, veiné blanc et noir, en schiste de Murviedro, le corridor rose en cipolin des Alpes, le corridor perle en lumachelle de Nonette, et le corridor de toutes couleurs, dit corridor courtisan, en brèche arlequine19. » Richard Lowther, vicomte Lonsdale, a Lowther, dans le Westmoreland, qui est d'un abord fastueux et dont le perron semble inviter les rois à entrer. » Richard, comte de Scarborough, vicomte et baron Lumley, vicomte de Waterford en Irlande, lord-lieutenant et vice-amiral du comté de Northumberland, et de Durham, ville et comté, a la double châtellenie de Stansted, l'antique et la moderne, où l'on admire une superbe grille en demi-cercle entourant un bassin avec jet d'eau incomparable.

Key Concepts

  • » Le baron pair d'Angleterre porte un tortil à six perles.
  • » Le vicomte porte une couronne de perles sans nombre ; le comte une couronne de perles sur pointes entremêlées de feuilles de fraisier plus basses ; le marquis, perles et feuilles d'égale hauteur ; le duc, fleurons sans perles ; le duc-royal, un cercle de croix et de fleurs-de-lys ; le prince de Galles, une couronne pareille à celle du roi, mais non fermée.
  • » Le duc est très-haut et très-puissant prince ; le marquis et le comte, très-noble et puissant seigneur ; le vicomte, noble et puissant seigneur ; le baron, véritablement seigneur.
  • » “Most honourable” est plus que “right honourable”.
  • » Le lord est à peu près roi.
  • » Le roi est à peu près Dieu.
  • » La terre est une lordship.
  • » Les anglais disent à Dieu mylord.

Context

Toujours dans la même inscription satirique, après avoir détaillé les insignes et titres des pairs, le narrateur culmine dans une série de formules aphoristiques qui font apparaître le culte des lords comme une quasi-religion, où l’imaginaire féodal envahit jusqu’à la manière de nommer Dieu.